Le domaine Jean-Luc Colombo vient de fêter ses Automnales (les 7e) doublé de son trentième anniversaire. Des sommeliers américains étaient de la party pour défier leurs confrères français dans un concours qui a vu triompher…

Les Indiens de Cornas, ce sont les Colombo. Jean-Luc, le grand chef, a créé le domaine car il ne voulait pas se contenter de son travail d’œnologue-conseil dans le Rhône. Au départ avec une seule parcelle, celle emblématique des Ruchets, des vieilles vignes de syrah plantées sur le coteau granitique de Cornas. Un grand chef ne serait rien sans une grande squaw et c’est avec son épouse Anne qu’il s’est lancé dans l’aventure du labo en 1984 puis du domaine en 1987. Ils ont été rejoints par leur fille Laure en 2010. Pour les trente ans du domaine, ils ont organisé trois jours de grand pow-wow. Vendredi et samedi, tout le monde était le bienvenu sous le gigantesque tipi installé devant la nouvelle cuverie inaugurée juste avant les vendanges. Dimanche était réservé aux professionnels avec une épreuve de connaissance et de dégustation pour vingt jeunes sommeliers et un dîner de gala.

« Yankees come home »
L’idée originale des Colombo est d’avoir invité de vrais cow-boys « made in USA » à cette journée de festivité. Le marché américain a toujours représenté un débouché important pour les vins Colombo. La famille a un partenariat de longue date avec son distributeur américain Palm Bay. Elle a donc fait venir l’équipe de son importateur, charge à eux de prendre dans leurs bagages quelques-unes des plus fines gâchettes de la jeune sommellerie américaine. Ils étaient neuf à avoir traversé l’Atlantique pour faire la fête, découvrir les vignes de Cornas et s’opposer amicalement à leurs pairs français pour le Trophée Colombo du Goût. Le samedi soir une fête sympathique avait lieu dans la nouvelle cuverie dans laquelle avait été dressé un gigantesque drapeau américain. Une fanfare des Beaux-Arts mettait le feu sur la piste tandis que des chefs renommés mettaient les cochons sur les braises. Mais il fallait être frais le lendemain matin, notamment pour aller voir la mythique parcelle du Vallon de l’Aigle, soit quelques terrasses noyées dans la forêt, en haut de coteau. L’occasion de sortir le cheval pour montrer le travail de labour, pas évident compte-tenu de la toponymie du lieu, et de goûter le 2015 de ce vin confidentiel. Un travail remarquable de vinification car la cuvée du Vallon de l’Aigle est d’une délicatesse infinie, même sur un millésime chaud. Michel Bettane, qui faisait partie du jury du Trophée, parle de « La Mouline de Cornas » (pour faire écho à la fameuse cuvée de Guigal en côte-rôtie).

L’après-midi venu, nos joyeux yankees et leurs collègues français ont planché sur trois épreuves : un questionnaire, une dégustation à l’aveugle et un test où il fallait deviner le millésime de neuf vins de trois domaines mythiques. Le domaine Colombo a évidemment fait déguster ses Ruchets, tandis que Paul Hobbs, représenté par sa fille Agustina, proposait la cuvée de pinot noir portant son nom et que le PDG d’Opus One, David Pearson, présentait trois millésimes du fameux blend californien fondé par Philippe de Rothschild et Robert Mondavi. Il a rappelé le concept d’Opus One qui, dans sa conception initiale, se voulait être la parfaite synthèse du meilleur de Bordeaux et du meilleur de la Californie. N’importe qui, après l’avoir écouté, était convaincu qu’Opus One est un grand vin, ce qu’il est, et que David Pearson est un grand professionnel.

Erik Segelbaum versus Mehdi Benhamida
Suite à ces épreuves, le meilleur sommelier de chaque nation a été désigné pour la finale devant des amis vignerons comme Jean-Jacques Dubourdieu ou Philippe Guigal. Erik Segelbaum, qui dirige le département vin des restaurants du groupe Starr à Philadelphie, a affronté Mehdi Benhamida qui travaille à la Villa Florentine à Lyon. Dans un premier temps, ils ont décanté un vin de manière spectaculaire avec un choix de plusieurs carafes Riedel. Segelbaum, avec son sens du look, a fait preuve d’un sens du show très américain. Il a joué avec les différentes carafes pour finir par… servir son collègue, qui avait déjà terminé. La deuxième épreuve était un choix d’accord mets-vins sur une recette de la bostonienne Barbara Lynch : un suprême de volaille de Bresse en croûte de pain, petits légumes et truffe noire. Il fallait choisir entre les cornas Terres Brûlées 2014 ou Ruchets 2007, ou un Saint-Péray 2016, La Belle de Mai. Segelbaum a dégainé le premier avec Les Ruchets, qu’il adore. Benhaminda a préféré la jeunesse de Terres Brûlées. Paolo Basso, meilleur sommelier du monde, a expliqué qu’il fallait choisir le vin rouge le plus simple sur un plat complexe, donc Terres Brûlées. Mais la chef française Dominique Crenn, installée à San Francisco depuis trente ans, s’en est mêlée en disant qu’avec un tel plat le blanc s’imposait. La vérité était surtout que les saveurs très variées du plat rendaient l’accord compliqué.

And the winner is
…Erik Segelbaum ! Sa prestance et sa façon très cool d’affirmer ses choix en faisait un excellent lauréat, même si son concurrent, qui a du s’exprimer en anglais, n’a pas démérité. On ne serait pas surpris d’entendre parler à l’avenir du jeune Segelbaum qui ferait aimer le vin à l’Américain le plus puritain. Au final, tout le monde a surtout passé un excellent moment pendant ces festivités très intelligemment organisées. Car s’il s’agit avant tout d’un événement festif, c’est aussi un excellent outil de communication. On parie que les neuf sommeliers américains garderont un excellent souvenir de leur passage à Cornas, et qu’ils serviront avec plaisir les vins du domaine Colombo. Et on se dit que si tous les domaines français faisaient un travail de communication et de réception aussi abouti avec leurs ambassadeurs étrangers, le vignoble français aurait moins de souci à se faire pour ses parts de marché.

Légende photo : Erik Segelbaum au milieu de la fête. (photo Bethany Burke)

Par Gilles Durand-Daguin

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