J’ai un souvenir très marquant!  
 
Un des plus grands vieux bourgognes jamais dégusté par moi provient des réserves de la maison Louis Jadot,
plus exactement du très vieux stock de la famille Champy ou Laligant-Chameroy (je ne me souviens plus), et c’est une bouteille fabuleuse à plus d’un titre. Il s’agissait d’une romanée 1865 ouverte il y a quelques années pour un grand dîner historique avec d’autres vins du XIXe siècle. Or, en 1865, si je ne me trompe pas, la romanée Liger-Belair n’existait pas encore commercialement et il s’agissait probablement d’une romanée-conti.
La famille Duvault-Blochet (les ancêtres des Villaine) n’en était pas encore propriétaire (elle sera achetée par Jacques-Marie Duvault en 1869) et le vin a sans doute été vinifié et élevé par les Rochechouard, héritiers d’Ouvrard, fameux banquier de Napoléon, qui possédaient aussi le Chambertin, tout le Clos de Vougeot et bien d’autres grands terroirs. Mais ce même Duvault –Blochet, dans un petit texte très instructif qui raconte son
demi-siècle de vendanges et qui sert toujours de bréviaire à Aubert de Villaine, affirme que 1865 est le plus grand millésime qu’il ait jamais vinifié. Je n’ai jamais pu déguster ses gaudichots, mais ce romanée produit par un voisin et concurrent était une bouteille d’une finesse de parfum encore envoutante et d’une délicatesse qui rappelle à tous la vraie nature du pinot noir. J’ai éprouvé une immense émotion à boire ce vin issu d’un millésime de légende,
dans un terroir de légende, et de vignes françaises non greffées, avec une parfaite certitude sur son authenticité
et la qualité de sa conservation en cave et de la partager avec Jacques Lardière, Pierre-Henry Gagey et son
regretté père André, et de quelques autres amateurs chevronnés aussi chanceux que moi. Mais je retiendrai surtout qu’en 1865 la Bourgogne avait  définitivement fixé le type de vin rouge que nous continuons à aimer et admirer, sans être sûr que les millésimes produits aujourd’hui vieilliront aussi bien et aussi longtemps.
 
La photo provient du site officiel du Domaine de la Romanée-Conti.

5 COMMENTAIRES

  1. Michel,

    Heureux que tu puisses partager cette émotion de dégustation avec une Romanée 1865, émotion que j’ai eue par deux fois avec la même bouteille.
    En dehors de celà, je crois qu’il faut rendre à César ce qui est à César, au risque d’écorner un petit peu la belle histoire que tu nous as contée.
    En effet, ce que tu appelles “La Romanée Liger-Belair”, plus couramment appelée “La Romanée” existe commercialement depuis au moins 1827. Nous la vendons sous ce nom depuis au moins cette période et est bien différencée de son illustre voisine, “Romanée Conti” depuis cette époque, comme l’attestent nos différentes archives et tarifs du XIXe siècle.
    Si cette Romanée 1865 était une “Romanée Conti”, tu te doutes bien que nos amis négociants bourguignons l’auraient appelée “Romanée Conti” et n’auraient pas circoncis le nom de son extrémité si flatteuse.
    Il s’agit donc bien d’une “Romanée Liger-Belair 1865” que tu as bue, puisque les vins étaient vendus jusqu’au début du XXe siècle tant en fûts qu’en bouteilles, cuvée que l’on peut aussi retrouver dans les caves profondes de la maison Bouchard Père et fils.
    Désolé d’avoir un peu atténué ton rêve !
    Bien à toi
    Louis-Michel Liger-Belair

  2. Cher Michel,
    Arrêtez de nous faire saliver avec cette bouteille mythique !
    Cela s’apparente à de la torture, d’ailleurs j’envisage de porter plainte au motif de “cruauté mentale“

    Avec toute ma sympathie

    Alain

  3. Merci cher Louis Michel de ces précisions. Dont acte mais cela pourrait aussi être une Romanée Conti sans Conti pour ne pas faire concurrence avec les mises du domaine s’il y en avait. Les deux vins se ressemblent assez naturellement pour créer la confusion! Et le style de ce 1865 ressemble fort aux 1865 de Bouchard , même type de saveur et parfum de raisin entier et même élégance, dans un équilibre assez proche de ce que l’on fait aujourd’hui mais nos vins et nos bouchons tiendront-ils aussi bien? MB

  4. Ah , j’oubliais, aucun doute sur l’origine d’une sublime Tache 1911 Liger Belair dégustée récemment en champagne, vraie Tache d’origine, vignes françaises et tout le toutim, d’un raffinement inoui de texture et de saveur! Mêmes conclusions que pour la Romanée , quelle leçon!

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