Dans la juste lutte que mène l’État contre la dette publique, d’une part, et contre l’alcoolisme, d’autre part, il y a 2 à 300 millions d’euros à gratter. C’est un bon tuyau, Monsieur mon Président, lisez, vous allez comprendre.

Pour l’alcoolisme, l’État du moment a largement délégué la lutte à des lobbies prohibitionnistes richement dotés par le Ministère de la Santé et, plus discrètement, (sans doute, peut-être, c’est pas sûr, mais le doute est là, bien présent et la question se pose) par l’industrie pharmaceutique. Heureusement que l’État fait pas pareil avec la dette, on serait mal. Les coups assénés par ces lobbies sur la tête du vin faisant les affaires de ladite industrie, puisque que grâce aux premiers les Français sont devenus champions du monde de la conso d’anxiolytiques fabriqués par la seconde. Bon, et croyez-vous que ces lobbies parviennent à des résultats ? Ben non. Le trésor alloué ne sert qu’à entretenir des cohortes d’avocats chargés d’attaquer tous azimuts ceux qui parlent de vin, à partir d’arguments imbéciles amalgamant le travail des journalistes à celui des publicitaires, ce qui est quand même très exagéré, et ça encombre des tribunaux qui ont d’autres chats à fouetter. Dans un grand pays très atteint par le fléau alcoolique, au point que l’espérance de vie des hommes est plus faible là qu’au Bangla-Desh, l’autorité locale a décidé de favoriser la viticulture et la consommation de vin pour éradiquer celle de la… vodka. Oui, c’est en Russie que ça se passe et il n’y a pas de quoi rire. Medvedev et Poutine ont compris des trucs que, visiblement, notre président n’a pas encore intégrés. Dans cette préoccupation mondiale, la France fait figure de cancre à bonnet d’âne, une fois de plus.

Notre président aurait une bonne idée en consacrant les crédits alloués aux bandits prohibitionnistes, toutes ces associations inutiles, à une vraie politique de défense et d’illustration de notre trésor culturel, le vin, ses pratiques, ses gens, ses paysages, son infinie diversité, ses intelligences. Comme le dit justement Jean-Michel Peyronnet, promoteur du projet Edonys TV et bête noire du CSA, la lutte contre l’alcoolisme passe par l’éducation du vin et sa consommation pour le plaisir, la découverte, la curiosité, si loin des beuveries. Maintenant, on dit binge-drinking, mais ça fait pareil que beuverie. D’une main, Juppé et Le Maire, deux ministres du moment, ont signé le Manifeste de Vin & Société, bravo, beau geste. De l’autre, Edonys TV s’est encore fait claquer la gueule, par le Conseil d’État, cette fois. Preuve, s’il en fallait une, que les autorités de notre République ne sont pas bien en phase avec les réalités du monde qu’elles sont censées gouverner. Il se passe avec le vin, et la télé du vin, ce qu’il se passait au début des années 80 avec les radios « libres », on va voir Peyronnet, en capitaine d’un cargo hérissé d’antennes, émettre depuis les eaux internationales. Pas sûr qu’il ait le pied si marin que ça.
Monsieur mon Président, sur les 2 à 300 millions boulottés par les associations anti-vin, vous récupérez la moitié pour la dette et vous consacrez l’autre moitié à la promotion du vin sur le territoire national. Avec la progression de la consommation, vous récupérez plein de TVA dans des délais rapprochés, la dette diminue, la vie est belle, on récupère le AAA, vous êtes un héros mondial.
C’est un bon deal, non ? Il aurait le mérite de vous réconcilier avec plein de Français, la filière, c’est 350 000 personnes dotées d’une carte d’électeur. Pensez-y, Monsieur mon Président, pensez-y. Plus que quinze jours pour me promettre des trucs.

Nicolas de Rouyn

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