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Juste pour voir, nous avons demandé à Ophélie Neiman aka Miss Gou Glou, blogueuse, journaliste, auteure de passer à la question six fiers représentants du vignoble français. Bravo, les gars, vous vous en êtes bien sortis.

De son château Léoville-Poyferré, 2e grand cru classé à Saint-Julien, Didier Cuvelier a quasiment doublé la taille du vignoble depuis 1979 pour atteindre 80 ha. Surtout, il a hissé la qualité de son vin au fil des ans et lui a rendu une réputation à la hauteur de son statut. Il possède également le Château Le-Crock à Saint-Estèphe qui reste pimpant. Retour sur un parcours serein.

Vous est-il arrivé de penser que ce que vous faisiez, ce n’était pas bon ?
Oui, quand j’avais des mauvaises notes en dégustation. De toute façon, j’ai commencé par n’avoir que des mauvaises notes, surtout sur les millésimes anciens. Ma famille était persuadée que Léoville-Poyferré était super, mais dans les années 70, les vins n’étaient quand même pas de très haut niveau. Donc ça vous motive, on se retrousse les manches et on travaille.

De quoi êtes-vous le plus fier ?
D’avoir aussi restauré les bâtiments. J’adore ça, moi, faire des travaux. Dans une autre vie, j’aurais aimé être architecte. Je travaille avec deux d’entre eux et ça me passionne. L’idée de créer, d’améliorer, la beauté du paysage, poser des lignes…

Vous pourriez poser un enduit sur la façade de ma maison ?
Non, en fait je ne suis pas très bricoleur. Ma femme l’est beaucoup plus.

Qu’est-ce que vous avez raté ?
Disons que certains millésimes m’ont laissé de mauvais souvenirs. 1988, par exemple. Un cadre qui m’avait convaincu de ramasser plus tôt. Il m’avait pris la tête. Et j’avais ramassé trop tôt.

C’est quoi la différence entre Léoville-Poyferré, Léoville-Barton et Léoville-Las-Cases ?
Ah. On a des styles complètement différents. Nous à Poyferré, à la différence de Las-Cases, nous ne sommes pas du tout d’un seul tenant. Nous avons la chance d’avoir des groupes de parcelles à différents endroits sur tous les types de sol de Saint-Julien. Et je pense que pour la complexité du vin, c’est fabuleux.

Vous êtes le meilleur alors ?
Euh, chacun ses supporters, hein. Moi, de toutes façons, j’aime bien les trois vins. Je n’ai pas de préféré.

Au fait, comment va Le-Crock ?
J’ai confié la vinification à une jeune femme œnologue depuis 2000 et elle me le féminise un peu, elle me fait des beaux vins. Sentimentalement, on a toujours aimé Le-Crock. C’est plus… c’est un château magique, en haut d’une colline. On a toujours beaucoup rigolé là-bas. Mon frère, mes deux sœurs et moi nous nous y sommes mariés. Chaque fête est systématiquement une réussite. C’est un endroit très positif, voilà. J’aime les maisons positives.

Le vin et vous – l’anecdote honteuse :
J’ai souvent bu de grands vins avec des nourritures épouvantables. C’est mon côté lillois, on n’est pas du tout obsédé par la nourriture, contrairement aux Bordelais.

Donc un Léoville-Poyferré avec un kébab, ça ne vous choque pas ?
Non, rien ne me choque.

En fait, vous l’avez déjà fait…
En fait, oui.

Cet interview a été publié le 1er décembre sous une forme différente dans Mes Dimanches Vin, le supplément mensuel du Journal du Dimanche.

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