Le cocktail provient d’un Français inventif et d’Américains fous de vin, tous convaincus du potentiel du Beaujolais. Le résultat est là, dans un verre de gamay noir aux arômes frais et juteux. Sur l’étiquette, un bonnet rouge dans le tableau de Delacroix “La Liberté guidant le peuple”. Et, derrière ce message révolutionnaire, un vin de marque lancé à l’automne outre-Atlantique et qui fait ses premiers pas en France et en Europe. L’idée : changer l’image du Beaujolais et tirer la région vers un nouvel avenir.

“Plutôt que l’achat d’un domaine, ce modèle semblait plus progressiste et plus durable à la fois pour les investisseurs et pour les partenaires”, explique Manoel Bouchet, cofondateur de Bonnet Rouge et cogérant de RMD Conseils, à Beaune. Les raisins sont achetés à des producteurs et les vins sont vinifiés dans une cave temporaire, à Lancié, sous la houlette de C.P. Lin. Ce flying winemaker néozélandais fait des ravages dans le Nouveau Monde avec ses pinots noirs et pas seulement.

Avec Bonnet Rouge, les créateurs souhaitent participer au renouveau de l’appellation : “C’est pourquoi nous avons choisi l’option beaujolais-villages, même si cela reste un frein évident en France, en Europe et en Asie. Nous voulons démontrer ici le potentiel et le rapport qualité-prix de l’alliance du gamay et des terroirs du Beaujolais, la Bourgogne du sud et la Bourgogne australe.”

Même pas peur des Américains !

Le mot révolution est venu naturellement. « Les Américains financent ce qui est le plus difficile à financer, à savoir l’amorçage, poursuit le co-fondateur. L’équation financière n’est pas totalement résolue, mais c’est beaucoup plus confortable pour les producteurs qui sont réglés en temps et en heure. »

Deux vins phares sont sur le marché, le gamay noir aux alentours de 15 euros et la cuvée Marianne, un assemblage de beaujolais-villages, à 20 euros. Cher ? Oui, c’est osé et pourquoi pas ?

Pour le Beaujolais, tout cela est une excellente nouvelle. Jusqu’au prix. Loin de réagir comme l’avait fait en son temps Aimé Guibert face à « l’invasion » de Mondavi dans ses friches languedociennes, Jean Bourjade, délégué général d’Inter-Beaujolais, accueille la nouvelle avec joie.

« Le projet est innovant et original. Le vignoble a besoin de sang neuf et tant mieux si des nouveaux talents, qui ont une vision globale du marché, s’intéressent au potentiel de la région. Quant aux prix, bravo car la région a bien besoin – face aux efforts accomplis ces dernières années et à ses difficiles conditions de production – de passer au cran supérieur. J’espère que ça va marcher et que ça déclenchera des vocations. »

Vive les cépages

Les investisseurs extérieurs sont jusqu’ici des voisins de Bourgogne (Joseph Drouhin, Albert Bichot et Bouchard Père et fils qui ont franchi le pas comme Louis Jadot et Louis Latour), des investisseurs parisiens (Château du Moulin-à-Vent, Château des Bachelards) ou encore, depuis la semaine dernière, du Rhône avec la maison Trénel acquise par MMC (holding de Michel Chapoutier).

Autre point positif, selon Jean Bourjade, la mise en avant du cépage sur lequel l’interprofession lutte depuis plusieurs années avec les forces vives de l’Internationale du gamay.

Finalement, même dans le Beaujolais le couple cépages – appellations aura eu le dernier mot, malgré de longues années d’insistance – on se souvient des réticences début 2000 des Bourguignons à mettre pinot noir sur l’étiquette et la valse-hésitation de Cahors avant d’hurler haut et fort la qualité de son malbec.

Au fait, il y aura aussi un régnié produit par Bonnet Rouge, un coup de coeur : “Nous avons choisi de l’isoler et de le commercialiser aussi. Comme quoi nous ne nions ni l’appellation ni les crus”, conclut Manoel Bouchet.

En tout, 60 000 bouteilles ont été produites en 2013 et autant en 2014. La phase deux du projet (si la phase un est consolidée) prévoit 144 000 bouteilles.


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