Un jardin à déguster

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©Yann Monel

Propriété dont l’histoire remonte à 1729, le château Larrivet Haut-Brion appartient à la famille Gervoson depuis 1987. C’est là que dans un esprit familial, Philippe et Christine ont élevé leurs vins – avec le concours des œnologues Michel Rolland puis Stéphane Derenoncourt – en même temps leurs trois filles, Emilie, Charlotte et Valentine. Si ces “Demoiselles de Larrivet” ont inspiré l’une des étiquettes du château (c’est le nom du second vin), elles sont aussi à l’origine de la création d’une rose, « fleur délicate et odorante » imaginée par le pépiniériste Meilland Richardier. Un premier hommage au jardin qui a inspiré à Emilie Gervoson, l’aînée de cette féminine fratrie, un projet paysager d’envergure lancé il y a trois ans avec la scénographe et paysagiste Soline Portmann. Il mêle, dans un bel esprit de continuité, l’amour du vin, de la nature et de la transmission.



Installé en lieu et place d’une ancienne prairie composée de graminées et de fleurs vivaces, ce jardin ponctué de piquets en acacia rappelant la structure de la vigne et organisé selon l’encépagement de la propriété (85 % des cépages sont consacrés à la production des rouges et 15 % à celle des blancs) met notamment à l’honneur des essences végétales naturellement présentes dans le parc du château (sauges, thyms, scabieuses, achillées, etc.). Le souhait d’Emilie étant que le visiteur puisse déguster cette promenade « comme l’on déguste un bon vin », chaque caractéristique des millésimes de Larrivet Haut-Brion trouve ici sa traduction végétale. Avec pour maîtres mots l’équilibre et la complexité, les 4 000 m² du Jardin d’Ivresse accueillent et mettent en scène 7 500 végétaux illustrant les vins blancs et 15 000 vivaces et graminées évoquant les rouges.

Ce foisonnement fait le bonheur des oiseaux migrateurs et du microcosme pollinisateur qui trouvent là, au même titre que le promeneur, un véritable havre de paix. Comme lors de la dégustation d’un vin, l’éveil des sens commence avec les yeux. Des essences à fleur d’eau (la propriété tient son nom du cours d’eau qui la traverse, le Larrivet) à celles situées à la lisière des bois, ce lieu à part ne cesse de dialoguer avec la vigne et les vins de la propriété par son découpage et ses camaïeux opalin et carmin. Au printemps, ses teintes fraîches rappellent celles des vins blancs, « anis, vert amande, or. » Puis, les couleurs du paysage prennent les nuances rubis des vins rouges, framboise l’été et cassis ces temps-ci. Vivante proposition que le temps ne cessera de modifier et bonifier, l’endroit offre à l’amateur, de vin comme de jardin, un bel aperçu de l’art de l’assemblage.

De gauche à droite, Echinacea purpurea ‘Hot Lava’, Kniphofia ‘Percy’s Pride’ et Sanguisorba officinalis ‘Tanna’. Photos : Yann Monel.
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