Bourgogne, quelles caves visiter ?

0

Un grand talus de calcaire s’étire sur plus de soixante kilomètres de Dijon à Santenay. Au milieu court une petite route surnommée les Champs Elysées tant elle brille de noms prestigieux. Ses clos et grands crus de légende se laissent pourtant volontiers approcher, ouvrant leurs maisons et leurs impressionnantes caves cisterciennes où se tient toujours prêt pour le visiteur un verre ou un tastevin, et quelques belles histoires.

L’imagination au terroir

Sur la terre nuitonne, jumelée avec la Lune, notre imaginaire décolle ici pour explorer les mystères de la vigne.Maquettes, manipulations ludiques (à l’atelier de remuage, par exemple), immersion dans une bulle géante révèlent “la magie des bulles”. Et pour nous conter la “sacrée vigne” de Bourgogne, tout un ballet d’outils se met en mouvement et s’illumine. L’atterrissage se fait en douceur, verre en main, autour de premiers et grands crus. Sur place, boutique des domaines et maisons Boisset.

L’Imaginarium.
Avenue du Jura, 21700 Nuits-Saint-Georges

De la cave au grenier

Dans leur village d’enfance, à deux pas du mythique château du clos Vougeot, Nathalie Boisset et son frère Jean-Charles ont créé une maison d’un genre nouveau, habillée de velours par Jacques Garcia. D’une pièce à l’autre, on déambule librement et, selon l’humeur, on s’installe dans la bibliothèque, le boudoir, le cabinet de curiosités, pour savourer un vougeot premier cru Le Clos Blanc de Vougeot du domaine de la Vougeraie ou un crémant de Bourgogne JCB de Jean-Charles Boisset. Dans la cave au confort feutré, le vin fait goûter ses secrets entre comparaisons des climats de Vougeot et mariages gourmands.

La Maison Vougeot.
1, rue du Vieux Château, 21640 Vougeot

Franchir la porte d’Or

Porte d’Or de la côte de Nuits, à son extrémité nord, Marsannay offre une excellente entrée en matière. En particulier son château, propriété d’Olivier Halley, l’un des grands mécènes fondateurs de l’association des Climats de Bourgogne. Ici, une série de monolithes – coupes verticales sur 1,20 m des premiers crus potentiels – livre une pédagogie efficace des sols. Après la visite des caves cisterciennes, les climats du château (Les Longeroies, Clos de Jeu, etc.) se dégustent avec vue sur les vignes. Et « parce qu’avec le vin tout finit par un banquet », Sylvain Pabion, régisseur, lance au printemps des repas au domaine.

Château de Marsannay.
2, rue des Vignes, 21160 Marsannay-la-Côte

« Veloutée, chaude et sucrée »

Le cassis est l’autre grain star de la Bourgogne. Introduite dans la région par les moines de Cîteaux, popularisée par le chanoine Kir dans les années 1950, cette petite baie gorgée d’anecdotes révèle toutes ses facettes dans le musée que lui consacre la maison Védrenne. En fin de parcours, un bar à crèmes, liqueurs et sirops donne toute sa saveur à ce commentaire de la duchesse de Clermont-Tonnerre (Almanach des bonnes choses de France, 1920) : « Excellente liqueur veloutée, chaude et sucrée qui après une coulée de volcanique bourgogne, mettra dans le palais une note de douceur comme un trille mineur terminant une fugue de Bach. » C’est joli.

Le Cassissium.
8, passage des Frères Montgolfier, 21700 Nuits-Saint-Georges

Un dimanche à la maison

Quand l’un des maîtres de la côte de Nuits, Jean-Louis Trapet, cultive le sens de l’hospitalité, cela donne une superbe maison d’hôtes. Au coeur du village de Gevrey, l’amateur pose ses bagages et s’attable devant un bon feu de cheminée ou dans le jardin. Froids “comme dans les vignes” (jambon persillé dijonnais, fromages de chèvre) ou chauds “comme un dimanche” (avec l’indispensable boeuf bourguignon), les repas résonnent parfaitement avec les nectars maison, bourgognes (villages, premiers et grands crus) et vins d’Alsace, la famille possédant un vignoble à Riquewihr.

La Maison Trapet.
4, rue du Chêne, 21220 Gevrey-Chambertin

Le vin en pleines pages

Plus de deux mille titres, souvent disponibles en plusieurs langues, ont trouvé place dans la librairie vouée au vin et à sa culture située en face des Hospices de Beaune. Des ouvrages qui vivent en parfait voisinage avec les bouteilles, près de 700 références, de Bourgogne et d’ailleurs. Un rayon rassemble aussi tout ce qu’il faut pour une dégustation optimale (tire-bouchons, carafes, verres, etc.), un autre est réservé aux cartes viticoles. De quoi rêver, flâner, déguster et réviser ses classiques entre deux visites. La boutique modèle.

Athenaeum de la vigne et du vin.
5, rue de l’Hôtel Dieu, 21200 Beaune

Beaune à ne pas rater

S’il est un lieu où le bourgogne fait “sensation”, c’est dans les caves de la maison Bouchard Aîné et Fils. D’abord, tendre l’oreille. Le bruit sec des sécateurs, le crépitement des sarments, le doux murmure de la fermentation recréent la petite musique du vin. Puis l’étonnante gamme de nuances que prennent au fil du temps les rouges et les blancs se parcourt du regard. Le flair s’aiguise au-dessus des bocaux aux arômes et les textures défi lent sur la Rampe du toucher. Ce parcours des cinq sens s’achève avec une exposition de menus imaginés par des chefs du monde entier autour des crus de la maison.

Bouchard Aîné et Fils.
4, boulevard Maréchal Foch – Hôtel du Conseiller du Roy,
21200 Beaune

Tours et trésors

Bernard Bouchard, arrière-petit-fils du fondateur de la maison Bouchard Père et Fils, achète le site de l’ancien château de Beaune en 1820, forteresse royale du XVe siècle bâtie sur les remparts. Grâce à des murs de sept mètres d’épaisseur, des millions de bouteilles reposent dans des conditions parfaites d’élevage et de vieillissement, dont une collection inégalée de près de 2 000 fl acons préphylloxériques (meursault-charmes 1846, beaune-grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865, etc.). Un trésor enfoui sous l’une des anciennes tours de défense.

Bouchard Père et Fils.
15, rue du Château, 21200 Beaune

Haut talent

Tout près de la mythique montage de Corton qui fait la charnière entre la côte de Nuits et celle de Beaune, ce domaine des Hautes-Côtes a gardé son âme familiale depuis sa création au XIXe siècle. Aujourd’hui Frédéric Féry, cinquième génération, continue la belle histoire et veille avec talent sur sa palette de crus, une vingtaine s’égrenant sur une quinzaine d’hectares, de Gevrey-Chambertin à Chassagne-Montrachet. Aimant faire partager le goût de cette terre « où les gens ont du coeur et le sens de l’effort », il a installé deux gîtes douillets non loin des vignes et de la cave. Une famille épatante.

Domaine Jean Féry et Fils.
1, route de Marey, 21420 Échevronne

Les grands ducs

Entre les Hospices et la collégiale Notre-Dame, un lacis de caves s’étend sur près d’un hectare. C’est ici que vieillirent les vins de Philippe le Hardi ou de Jean sans Peur, au plus fort du duché de Bourgogne, et ceux de la cour de France (sous Louis XI). Sur rendez-vous, la maison Joseph Drouhin, propriétaire des lieux depuis plus d’un siècle, ouvre à l’amateur les portes de cet univers de roc brut duquel s’élèvent des arches d’une hauteur surprenante. Dans l’ancienne cuverie trône un impressionnant pressoir à perroquet datant de 1570, l’un des deux seuls de cette époque – avec celui du clos de Vougeot – encore en état de fonctionnement. Utilisé pour les grandes occasions.

OEnothèque Joseph Drouhin.
1, place du Général Leclerc, 21200 Beaune

L’étape obligatoire

Arpenter à pied, avec un sommelier, les vignes des
prestigieux grands crus du domaine, décliner in situ les
terroirs de Puligny-Montrachet, voilà une excellente mise en bouche avant de rejoindre La Table d’Olivier Leflaive. Ici, les vins ont trouvé en Lionel Freitas un parfait chef d’orchestre qui, des déjeuners dégustation aux dîners à la carte, fait jouer formidablement ensemble l’assiette et le verre. Le santenay blanc 2014 sonne juste avec le pâté en croûte maison, l’accord du puligny-montrachet premier cru Champ Canet 2013 et du dos de lieu jaune rôti va droit aux papilles. Une partition très au point.

Olivier Leflaive.
10, place du Monument, 21190 Puligny-Montrachet

Meursault en version château

Sous ses airs paisibles, cette élégante bâtisse de pierres blanches bien calée entre grands arbres, pelouses et vignes est l’un des domaines les plus fréquentés en Côte-d’Or. Et l’un des premiers à avoir ouvert ses portes au public dans les années 1970, peu après le tournage de La Grande Vadrouille qui attira le monde entier à Meursault. Avec ses superbes doubles voûtes, la cave construite il y a 900 ans fait l’objet d’une visite guidée qui se clôt dans les caveaux de dégustation, à côté de l’ancienne cuverie où se tient chaque année la fameuse Paulée.

Château de Meursault.
5, rue du Moulin Foulot, 21190 Meursault

Sous les pavés de Beaune

Cinq kilomètres de caves se cachent dans les entrailles de cette illustre maison beaunoise. Installées depuis 1780 dans l’ancien couvent des Visitandines, elles sont accessibles par l’ancienne chapelle. Sous les voûtes, les couloirs jalonnés de bornes audio et vidéo et d’une dizaine de points de dégustation invitent à déambuler, librement ou avec un sommelier, parmi les foudres et plus de trois millions de bouteilles alignées au cordeau, certaines plus que centenaires. Au fond d’une galerie, le moine emblématique de la maison, sculpté en 1943, veille sur ce patrimoine. Toucher sa barbe porterait bonheur. Faites-le.

Patriarche Père et Fils.
5-7, rue du Collège,
21200 Beaune

L’aligoté, le retour

Si les trois cépages bourguignons sont cultivés sur ses différents terroirs de la côte chalonnaise, c’est le plus méconnu que la maison Chanzy aime à faire vibrer à Bouzeron, son fief historique. Cultivé de manière raisonnée, bercé lors des fermentations par les notes de Mozart, l’aligoté livre ses plus belles expressions au clos de la Fortune, unique monopole de la jeune AOC bouzeron. Au printemps, les Escapades viticoles avec pause gourmande dans les vignes ne manquent pas de faire un détour par ce fleuron qui jouit d’une situation exceptionnelle au coeur du plus beau coteau de l’appellation.

Maison Chanzy.
1, rue de la Fontaine, 71150 Bouzeron

Un clos très ouvert

Ouvrir les yeux, sentir, toucher pour s’immerger dans une Bourgogne viticole discrète, sinon secrète, c’est ce que propose le nouveau parcours de visite libre libre de cette maison emblématique de la côte chalonnaise. En guise de mise en bouche, deux courts-métrages retracent la saga d’une famille de visionnaires, débutée en 1875. Une Table des textures et terroirs, installée dans les jardins du clos, invite ensuite à goûter et toucher les différents sols. La découverte se poursuit à la cave (dégustation sur fût), à l’espace d’exposition d’objets publicitaires et d’affiches d’époque, et s’achève autour de quatre crus emblématiques de la maison.

Antonin Rodet.
55, Grande Rue, 71640 Mercurey

Les charmes de Chamirey

Au coeur des vignes de Mercurey, les hôtes de la famille Devillard peuvent s’installer dans une authentique maison vigneronne du XIXe siècle en pierre de Bourgogne. La terrasse orientée plein ouest offre une vue plongeante sur les parcelles du premier cru Clos du Roi que l’on peut arpenter à pied, sur réservation. Le cadre parfait pour prendre ses repas ou savourer les meilleurs mercureys et climats environnants. Comme le veut la tradition locale, on peut aussi recevoir ses amis dans le cellier semi-enterré, pour une dégustation des beaux vins de la famille ou un dîner à la lueur du rat-de-cave.

Les Maisons de Chamirey.
20, place des Noyers, 71640 Mercurey

Cet article est tiré du numéro #15 du magazine En Magnum

Print Friendly, PDF & Email

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.