Retrouvez notre grand dossier primeurs 2020 avec l’ensemble de nos notes ce vendredi 7 mai sur notre site.

 

Dégustation : Jiayin Liu, Michel Bettane, Louis-Victor Charvet, Thierry Desseauve et Denis Hervier

Il est indispensable pour prendre la mesure d’un nouveau millésime à Bordeaux, avant de consulter l’abondante documentation sur les conditions climatiques de sa naissance, y compris pour ceux qui comme nous sont présents pendant les vendanges et ont goûté les raisins, de tout avoir dégusté, sans préjugé. Ce que notre petite équipe a fait pendant quinze jours, revenant à plusieurs reprises sur les échantillons du même château en raison des innombrables variations de qualité, ou de service, inévitables dans des vins aussi jeunes. Sans parler des caprices de la météo qui alternent désormais chaleur inédite et de refroidissements brutaux, avec les conséquences malheureuses sur notre perception des échantillons. Il nous a fallu souvent déguster deux ou trois échantillons, parfois même cinq, avant de pouvoir saisir parfaitement leur rapport au millésime et au terroir. Avec cette année une difficulté supplémentaire, la multiplication des verres non neutres, malgré tous les efforts de nettoyage et de rinçage. J’avoue notre étonnement devant tous les commentaires de dégustation d’échantillons envoyés à des milliers de kilomètres de distance, pandémie oblige, ou plutôt commerce exige, et commentés en vidéo conférence et en temps réel, qui ne semblent en aucune façon reproduire la fragilité qu’on constate sur place, au point même de naissance du vin. Ceci-dit, ou regretté, 2020 sera globalement un très beau, peut-être même un grand millésime, voire un très grand millésime selon la nature des sols, de leur travail et surtout d’heureuses évolutions liées au cycle végétatif de la vigne.

La chaleur de mars et d’avril a favorisé une très grande précocité, supérieure de deux semaines à la moyenne. La fin du printemps fut plus froide et plus humide, avec inévitablement la crainte d’un développement du mildiou, vigoureux en juin et juillet. Deux mois de chaleur sèche ont rétabli des conditions favorables et même surprenantes pour de nombreux producteurs qui n’en n’espéraient pas tant. Fin août, les raisins blancs atteignaient une excellente maturité et il ne fallait pas trop attendre pour les vendanger. Pour les rouges, les merlots étaient remarquables un peu partout vers le 10 septembre, tout comme les cabernets francs. Une période plus instable dans la seconde moitié de septembre a parfois perturbé le cycle des cabernets-sauvignons, d’autant plus que sur les sols de graves peu argileuses, ils avaient plus souffert du manque d’eau de l’été. Situation contraire sur les graves argileuses où, jusqu’au 30 septembre, leur état sanitaire ne s’est pas détérioré. Les baies étaient petites, avec des peaux épaisses, plus de pépins que d’habitude, et parfaitement mûres, sans les excès de sucre de l’année 2018. De façon générale les merlots culminent à 14° et les cabernets à 13°, avec des teneurs globales de 13°, 13,5° sans la moindre chaptalisation. Les indices tanniques sont parmi les plus élevés de l’histoire, avec des acidités qui se sont globalement bien maintenues, bénéficiant des rendements modérés, souvent inférieurs à 40 hl/ha. Analytiquement, ces vins sont promis à une grande garde. Et qualitativement ? Les vins semblent plus concentrés en milieu de bouche que les 2019, peut-être même encore plus qu’en 2018 mais certainement moins chaleureux. Ce sont les fins de bouche qui impressionnent le plus, par leur longueur et leur fraîcheur mentholée qui relèvent davantage du caractère océanique qu’on apprécie tant dans les vins de Gironde.

Les deux rives ont connu des réussites comparables, avec une mention spéciale pour les vins de Saint-Estèphe et de Léognan, sur la Rive gauche, et la côte de Saint-Émilion sur la Rive droite, particulièrement en limite de Castillon. Les vins liquoreux ont eu moins de chance. Le botrytis ne se développait pas début septembre en raison du manque d’humidité. Pour ceux qui attendaient, les pluies de la seconde moitié de septembre délavaient les raisins. Il y eut une petite fenêtre très heureuse avec le retour du soleil début octobre, et ceux qui avaient la chance d’avoir leurs raisins à point ont rentré des vendanges fort convenables mais très limitées en rendement, de l’ordre de 6 à 8 hl/ha.

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