À quoi sert une note donnée à un vin ? La réponse paraît évidente : évaluer, hiérarchiser, conseiller. Ce triptyque de bon sens nous parait s’être évanoui au cours de ces dernières années où les notations de nos confrères français et surtout internationaux se sont spectaculairement resserrées. D’abord dans les dix derniers points de l’échelle sur 100 qui est désormais généralisée, puis très souvent désormais entre 95 et 100. Chacun en convient, la qualité globale des grands vins n’a cessé de progresser depuis quarante ans, mais regrouper dans les dégustations primeurs une centaine de crus entre cinq ou six points ne nous parait ni refléter le potentiel de garde et d’ambition de l’ensemble de ces crus, ni surtout donner des indications claires pour un marché des primeurs dont chaque professionnel reconnaît qu’il cherche son second souffle.
En qualité de rédacteur en chef et de directeur de l’expertise Bettane+Desseauve, l’une de mes principales missions est de veiller à ce que notre prescription demeure forte et incontournable. C’est l’héritage que m’ont confié Michel Bettane et Thierry Desseauve, et avec eux, toute une entreprise dont la bonne santé repose peu ou prou sur la vitalité de cette mission. Je peux dire sans me tromper que son succès repose sur deux fondamentaux : la pertinence de notre information et son partage le plus large. Oui, c’est vrai, en moyenne, nos notes pour le millésime 2020, que nous jugeons excellent, seront plus basses que celles attribuées par la plupart des experts admis et reconnus, qu’ils soient français, européens, chinois ou américains. Certains s’amuseront en pensant qu’on s’époumone une fois de plus, depuis une chaise imaginaire d’arbitre, à distribuer les mauvais points. Les uns nous accorderont leur confiance, les autres refermeront ce dossier. Rien de plus normal, le critique admet la critique. Tout cela, nous le comprenons parfaitement et nous l’acceptons.
Nous pensons que cette réduction de l’échelle de notation utilisée pour juger de la qualité d’un vin fait perdre toute efficacité à la mission de prescription. D’un côté, la tentation de donner plus de visibilité à notre propre expertise est grande. Dans un contexte où la presse spécialisée souffre, difficile de résister. De l’autre, le consommateur nous attend. Demandons à une jeune consommatrice ou à un jeune consommateur de faire son choix parmi cent vins séparés seulement de deux points dans leur note et voyons s’ils s’en sortent. Chez Bettane+Desseauve, en matière d’expertise, nous n’avons qu’un seul objectif : la défense de la qualité et la défense du consommateur. Nous le savons, cet héritage, laissé par Raymond Baudouin, fondateur de La Revue du vin de France, est exigeant. Il implique des choix forts et nécessite une hiérarchie claire (mais jamais figée) entre les vins soumis à notre jugement. C’est ce que nous avons essayé de faire avec ce formidable millésime 2020. Avec ce dossier primeurs, nous inaugurons une échelle de notes plus large, capable de révéler de manière évidente les différences entre tous ces crus recommandables.
Nous ne cessons de répéter que jamais Bordeaux n’a produit d’aussi grands vins. Dans ses principes fondateurs, notre notation se devait d’être à la hauteur de ce qui fait la diversité et la richesse de ce vignoble plus difficile à appréhender qu’on ne le croit parfois. Après tout, le monde entier nous l’envie. À nous d’en être digne.

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