NOUS VIVONS DEPUIS DEUX ANS une situation sanitaire, économique et simplement humaine à la fois pénible et inédite. Il en est ainsi pour tout un chacun et, évidemment, les vignerons ne sont pas épargnés par les conséquences de la pandémie. Simultanément, les effets du réchauffement climatique, prédits par certains depuis plusieurs décennies, se font sentir aujourd’hui avec une acuité bien réelle. Ouragans, inondations, incendies, sécheresses et, désormais, « dômes de chaleur » sont devenus des épisodes courants dans des régions que l’on qualifiait jusqu’à présent de tempérées. Pour le vignoble, ces bouleversements climatiques ont des effets très significatifs. Les gelées de printemps n’ont, par exemple, jamais été rares. Autrefois, elles intervenaient la plupart du temps dans une période où le débourrement(1) de la vigne ne s’était pas encore produit. Aujourd’hui, hivers doux et printemps prématurés provoquent une sortie précoce des bourgeons qui grillent littéralement au cours d’une nuit ou d’une aurore glaciale. De la même manière, les épisodes de chaleur suivis de pluies orageuses, entraînant des attaques de mildiou ou de pourriture, les sécheresses provoquant un stress hydrique de la vigne, les étés et arrière-saisons avec des températures élevées, qui font monter le degré des vins et baisser leurs acidités naturelles, sont autant de phénomènes devenus courants auxquels nos vignerons d’avant (pour qui le problème majeur était plutôt le manque de maturité du raisin) n’étaient pas habitués.

Ce tableau pas folichon de la situation actuelle ne saurait pourtant faire oublier un autre constat, tout aussi solide et sacrément paradoxal : on n’a jamais fait dans l’histoire contemporaine autant de bons vins qu’aujourd’hui. Et on n’a jamais fait aussi bien, partout et à tous les prix. Depuis 2015, nous avons droit à une succession de millésimes souvent mémorables et toujours intéressants. La progression technique du vignoble est partagée par tous les types de producteurs, grands et petits, vignerons, négociants, caves coopératives et la prise en compte des impératifs environnementaux, du respect du terroir et de la plante n’est plus un vain mot, c’est une évolution significative et globale. Au final, ce qui fait la différence aujourd’hui entre un vin qu’on oublie et un dont on se souvient, c’est la sensibilité de celui qui l’a créé, sa prise de risques ou tout simplement la poursuite obstinée d’une vision idéale et personnelle du vin. Qu’il s’agisse d’un cru de garde issu d’un terroir prestigieux ou d’une bouteille de pur plaisir réinterprétant sans y toucher les codes de sa catégorie importe peu. Ce qui compte, c’est l’émotion, et celle-ci est provoquée par le créateur du vin.

Le monde change, le monde du vin aussi. Le Nouveau Bettane+Desseauve, créé l’an dernier, éclaire cette nouvelle donne. Moins encyclopédique, plus sélectif ; mettant en avant ces « génies » du vin qui apportent une vision nouvelle et régénérée de notre passion commune ; consacrant ceux qui demeurent des références absolues du vignoble ; dénichant sans relâche les nouveaux talents et les émotions inédites. Un palmarès d’une année pas comme les autres, qu’on peut dévorer depuis la première page jusqu’à la dernière ou picorer à loisir au gré de ses envies et de ses interrogations. Bonne lecture.

Michel Bettane et Thierry Desseauve

Le Nouveau Bettane+Desseauve est disponible sur notre site ici, en libraire et en Point Relais.

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