Aujourd’hui, pour beaucoup d’amateurs et de professionnels le grand cru Clos de la Roche est associé au domaine Ponsot qui en est le plus important producteur actuel et qui, par le style abouti de ses vins souvent étiquetés vieilles vignes, par son rayonnement international et sa conviction que ce terroir est encore supérieur à celui du Chambertin, en est le principal ambassadeur. Il doit ce statut en partie à des vignes qui ont été achetées au domaine Rémy.
Cette famille disposait il y a encore deux générations d’un des plus beaux patrimoines de la partie nord de la côte de Nuits avec d’importantes parcelles sur trois grands crus (Chambertin, Clos de la Roche, Latricières- Chambertin) et quelques parcelles remarquables en premier cru comme les Combottes en Gevrey-Chambertin, jouxtant le Latricières-Chambertin, le vrai Derrière la Grange à Chambolle-Musigny, juste au-dessus des Gruenchers, en piémont de Bonnes Mares. Au cours de différentes successions et en raison de discordes familiales (hélas fréquentes dans ces pays de vignes prestigieuses), les parcelles ont été divisées et vendues, heureusement à des viticulteurs de grand talent comme Laurent Ponsot (Clos de la Roche), Lalou-Bize Leroy (Clos de la Roche, Chambertin, Latricières-Chambertin, Combottes, Fremières), Jean Pierre et Yves Confuron (Derrière la Grange), Feuillet- Duband (Chambertin et Latricières-Chambertin). Aujourd’hui, la seule à revendiquer et à illustrer le nom de Rémy est Chantal Rémy qui conserve pour son fils un tout petit domaine mais toujours sur les mêmes grands crus. Un petit tiers d’hectare de Latricières, un sixième d’hectare de Chambertin et surtout un tiers d’hectare de Clos de la Roche (0,50 ha jusqu’il y a peu) au cœur même du cru. Rappelons que le Clos de la Roche s’est constitué grand cru en deux épisodes et certainement pas sans combats internes. En effet, le lieu-dit véritable ne couvre que 4,5 ha avec, ici ou là, la trace de murs, mais pas clos de tous les côtés, en plein milieu de côte, visiblement planté sur la roche mère.

En 1936, on lui a joint quelques rangées voisines puis, dans un second temps, au milieu des années 1960, dans la volonté d’unir en grand cru toute une ligne de coteau commençant au clos de Tart, on lui a donné sa surface actuelle d’environ 16,5 ha (qui n’en était pourtant que 14 en 2008). Pour y parvenir, on a agrandi le clos dans son haut sur les lieux-dits Genavrières et Monts-Luisants, mais seulement sur une partie de ces deux « climats » selon des critères assez mystérieux. Au cœur, on a ajouté Fremières et Froichots, ce qui au vu de la topographie semble parfaitement acceptable, mais aussi dans le bas, tout contre la route des crus sur un terroir au sol plus gras et moins noble (du moins à l’œil) nommé (bien nommé même, diraient certains) Mochamps. On le voit donc, rien de prédestiné divinement, mais une vraie construction humaine.
Les quelques rangées de Chantal Rémy jouxtent la vigne du domaine Leroy et sont voisines des Clos de la Roche d’origine comme ceux de Ponsot, Raphet, Feuillet-Duband et aussi, pour partie, Rousseau. Ce sont des vieilles vignes de plus de 60 ans d’âge, travaillées au cheval, évidemment sans utilisation d’herbicides. Elles ont tout, en principe, pour exprimer le style le plus original du cru, tendu comme un latricières-chambertin, mais avec un micro-climat un peu plus chaud. Sur ce secteur, le vin n’animalise pas comme sur la partie Mochamps. Le vin est vinifié de façon très classique, en grande partie égrappé, sans excès d’extraction, par Chantal Rozier-Rémy aidée de son mari et de son fils. Terminons en disant qu’elle a reconstitué un petit bijou de cuvée, tout autour de sa maison au cœur de Morey, qu’elle nomme Clos des Rosiers. A la production de tout ce petit domaine (1,5 h en tout), elle ajoute une petite activité de négoce en attendant l’opportunité pour son fils d’acheter ou de louer quelques autres vignes du secteur, ce qui serait largement mérité.


Dégustation


 

2013

Robe légère, nez précis, délicat, peu développé, presque des notes de bonbon anglais, ensemble assez moelleux en milieu de bouche, mais évidemment encore trop marqué par des notes d’élevage. Il ne semble pas aussi accompli que le 2012 mais il devrait montrer toute la tension du terroir dans deux ans.

2012

Perfection d’expression du terroir, du cépage et du millésime : toutes les qualités de texture et de raffinement aromatique qu’on espère et une profondeur étonnante pour le millésime. Un grand classique de côte de Nuits en préparation. Toutes nos félicitations au producteur et aux heureux possesseurs.
Apogée vers 2024.

2011

Robe rubis sans excès, petite note sensuelle s’ajoutant aux arômes précis de fleurs et d’épices douces, ensemble frais, fin, complexe, moins unitaire que le 2012, mais très racé dans un style d’une discrétion classique parfois oubliée chez certains.
Apogée après 2021.

2010

Pas très riche en couleur, mais plus puissant, plus charpenté, plus autoritaire que les deux millésimes plus jeunes, de la tension et de la noblesse, mais il faut attendre.
Apogée vers 2025.


 

2009

Puissant, mais sur la réduction au nez avec des notes animales qui s’apaisent si l’on fait beaucoup tourner le verre. Moins d’unité de construction aromatique et aussi de structure que le 2010. En revanche, il ne manque ni de chair, ni de caractère. L’année le marque encore plus que le terroir.

2008

Encore un exemple de l’excellence de ce millésime méconnu : parfum d’une race magnifique, parfait équilibre en bouche entre tous les constituants ; caractère minéral de terroir très marqué, finale complexe, déjà savoureuse mais qui demande encore au moins cinq ans de garde pour s’épanouir comme elle le mérite. Grand vin d’amateur.

2007

Beaucoup de parfum comme souvent avec les 2007 avec un début d’évolution tertiaire vers la fougère, le lichen, le sous-bois, le mousseron, mais avec toute la délicatesse des notes florales qui ont précédé. Tannin fin, fin de bouche raffinée et pure, un vin d’une exemplaire élégance qu’on peut commencer à boire.

2006

Moins évolué que 2007, plus tendu, plus complexe au développement à l’air et plus classique que ce qu’on attend d’un clos-de-la-roche sur le plan d’une tension qu’on doit pour une fois qualifier de minérale. Ce n’est pas généreux, et cela ne plaira pas à tout le monde, mais c’est très racé et loin d’être en phase terminale.


 

2005

Très généreux, épicé, long en bouche, mais avec des nuances « cuites » qui ne plairont pas aux amateurs de vins parfaitement nets et frais. Tout en puissance, mais sans la pureté d’un 2012 ou d’un 2008, plus révélateurs du caractère original du terroir. L’évolution nette vers la truffe à l’aération le réservera au gibier à plume de type grouse ou perdreau.

2002

Arômes classiques de pinot noir fin (entre épices douces, réglisse, musc, violette et départ de truffe noire). Un vin aérien au contraire des 2005 et 2009 plus terriens, tout en pureté et en délicatesse dans l’esprit du 2012 en un rien moins complet. Prêt à boire. Un archétype du caractère du Clos de la Roche au cœur du terroir.

1998

Un peu de sécheresse dans le tannin et moins complet que le 2002, mais il y a de beaux restes.


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