Frédéric Panaïotis, chef de caves de la Maison Ruinart, ouvre un débat sur le développement durable d’un très net «La vigne n’est pas tout ». L’intégralité de son texte est à lire ci-dessous, pour le commenter et répondre à ses questions, c’est un tout petit peu plus bas ou directement sur son compte Twitter, @CarnetsRuinart.

« Parce que le développement durable est un sujet important pour nous, producteurs de vin, je voulais en dire
un mot avec un préalable qui, à mon sens, fait toute la différence. Le développement durable rapporté à nos métiers dépasse largement le cadre du “bio” et du “nature” ; il dépasse le cadre de la viticulture tout court. Certes, elle est
en bonne place dans le développement de nos bonnes pratiques, car c’est notre environnement premier de travail, la source de nos produits. Mais il faut prendre un peu de recul, beaucoup même. Si on se réfère à une étude sur
la filière champagne et le développement durable menée par le CIVC, récemment remise à jour, les chiffres sur l’empreinte carbone de notre filière sont assez édifiants. La viticulture seule n’en représente que 11 %, en voisinage du fret (8 %) ou des intrants (les produits que nous utilisons). Les vinifications ne représentent, elles, que 7 %.
En revanche, les déplacements comptent pour 17 % dans ce bilan carbone, et les emballages (bouteilles, coffrets, cartons) pour 34 %. Le calcul est simple, si nous voulons faire baisser significativement notre impact carbone, il sera bien plus facile de s’améliorer de 20 % sur les emballages que de 50 % sur la viticulture pure. Qui plus est, progresser sur les emballages me semble plus facilement réalisable sur le court terme.

Attention (je sens que certains froncent déjà les sourcils), il ne s’agit pas de laisser tomber la vigne pour autant.
Tout ce qui peut entrer dans le cadre de meilleures pratiques en viticulture nous est cher, et beaucoup d’expérimentations et d’analyses sont faites pour y parvenir. À ce titre, je vous donne un exemple, totalement lié
à la vigne : l’utilisation des piquets, et leur bilan carbone selon qu’ils sont en acier ou en bois. Comme ça, tout de go, on aurait envie de dire “bois”. Mais en fait ça se discute. En effet, en fonction de l’origine du bois et de ce qu’on en fait en fin de cycle, son impact carbone peut être moins bon (comme meilleur) que celui de l’acier. Et en optimisant son choix (origine forêt durable française, valorisation énergétique), son bilan peut même être négatif, c’est-à-dire plus de CO2 consommé que produit. Ce qui me permet de pousser mon raisonnement plus avant encore.
La question du développement durable dans notre filière doit se concevoir d’un point de vue global, mais ce dernier exemple illustre la complexité du dossier dès lors qu’on rentre dans le détail. Il convient donc, à mon sens, de garder la tête froide, et d’analyser tous les points du mieux possible, afin de ne pas se planter. Bien sûr, si l’on veut être vraiment efficace à terme, il faut que les efforts viennent de toute la profession, et pas seulement d’une poignée de producteurs, même si ceux-ci peuvent avoir un rôle d’éclaireurs.

Pour terminer, et pour parler un peu de nous, l’année 2012 aura été pour Ruinart un peu contrastée du point de vue environnemental, à l’instar du millésime. Depuis notre certification en 2007, nous suivons un certain nombre de paramètres liés à l’environnement de manière très précise. Nous avons consommé 22 % d’eau en plus par rapport à 2011, mais cela provient de l’aménagement du jardin anglais de la Maison Ruinart, les plantations requérant un arrosage conséquent. Nous avons aussi consommé un tout petit peu plus d’énergie qu’en 2011 (3%, surtout du gaz pour le chauffage en raison d’un hiver plus rude). Mais par rapport à 2009, notre consommation globale a baissé de 40 %. Nous utilisons aujourd’hui environ 1,2 KWh par bouteille produite, une valeur remarquable. Autre point très positif, la gestion des déchets, recyclés ou valorisés à 100 %. C’était un objectif pour la Maison, et il a été tenu.
En 2013, nous allons continuer nos efforts partout où nous le pouvons, en maintenant un cap fort sur la gestion des déchets, la consommation d’eau et d’énergie ainsi que la qualité des effluents. Dans le même temps, je veux bien vous entendre sur cette thématique du développement durable. Notre point de vue vous parait-il plus clair ?
Êtes-vous d’accord (ou pas) ? Avez-vous des suggestions ? Le développement durable fait-il partie des sujets
que vous abordez fréquemment avec d’autres membres de la profession ? A très vite. »

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1 COMMENTAIRE

  1. citoyen engagé dans les développements durables depuis 20 ans et chef d’entreprise ( chimie pour le bouchon de liège) j’ai été attiré par le titre..et déçu par le contenu de l’article!
    Les constats et les actions menées sont dans le domaine environnemental, qui n’est qu’une partie d’une politique de développement durable. L’histoire de votre entreprise, donc sa culture, vos choix économiques et sociaux, vos éventuels engagements sociétaux dans votre territoire sont autant de facteurs d’une performance globale. A réduire le développement durable à l’environnement nous passons à côté d’autres grands enjeux de notre société et de réponses explicites et équilibrées.
    Ceci étant dit bravo pour ce que vous faites.
    Alex Receveau

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