Ce portrait de Marie Courselle, au long d’une journée de vendanges bordelaises à Château Thieuley, a été
écrit par sa sœur Sylvie, qui est aussi sa première fan (c’est elle qui le dit). Il raconte une journée type de vendanges, quand tout se passe bien. Quand tout ne se passe pas si bien, il paraît que c’est inracontable.
La récolte des raisins blancs dure 10 à 12 jours suivant les années, le climat et le reste. Celle des raisins rouges prend à peu près autant de temps.


« Généralement, pendant les vendanges de nos raisins blancs, son réveil sonne à 3 h du matin. L’équipe de nuit
au chai, c’est elle, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, nos gars font assez d’heures pendant les vendanges
(et en plus les heures sup’ ne sont plus défiscalisées alors, mine de rien, on compte un peu). Ensuite, elle aime
la tranquillité du chai durant la nuit. Généralement, la machine commence à récolter vers 4 h. Sans trop entrer
dans les détails techniques, il faut que les raisins soient frais en température, donc on arrête souvent la récolte
à 10 h du matin. Mais en attendant les premières bennes, elle a du boulot. Elle doit mettre en route les pressoirs dans lesquels nos raisins de la veille ont macéré une vingtaine d’heures, surveiller le pressurage, gérer l’arrivée
de la vendange. Quand il n’y a pas un petit soutirage à faire… Bref, on a beau être au milieu de la nuit, pas une minute pour se rendormir.

La première équipe du chai arrive vers 6 h, le pressoir est presque terminé. Il faut le nettoyer avant de le remplir
à nouveau. Marie prend son petit-déjeuner vers 8 h, en le regardant à peine, le visage un peu cerné. Son téléphone sonne sans arrêt. Quelles parcelles on fait maintenant ? Quelle cuve doit-on remplir ? La benne a une fuite, que
fait-on ? Le compresseur affiche « attention maintenance », qui faut-il appeler ? Toutes ces plus ou moins grosses difficultés, c’est à elle de les gérer. Marie reste dans les chais toute la matinée. Observer, déléguer, anticiper, goûter, elle a appris. En fin de matinée, elle déguste toutes les cuves de jus ou moût en fermentation et analyse. Puis vient l’heure du déjeuner en famille. Marie-Joelle s’affaire pour nous mitonner des bons petits plats bien consistants, Francis
(qui dirigeait le domaine afin que ses filles ne prennent la relève, NDLR) demande : « Alors, ca pèse combien ce matin ? ». Le repas se déroule plus ou moins calmement selon les jours, avec en fond sonore
le bruit de la machine qui rentre, une fois bien nettoyée.

A 12 h 30, Marie va faire une indispensable sieste. Vu la fatigue qui s’accumule pendant les vendanges,
elle n’a pas de mal à trouver le sommeil, et si jamais c’était le cas, elle a la faculté de s’endormir n’importe où,
à n’importe quelle heure. Heureusement, parce que les vendanges ne sont pas un sprint mais plutôt une course
de fond. Elle consacre ensuite son après-midi à goûter scrupuleusement les baies de raisin dans les vignes et parfois à les prélever afin de valider son jugement gustatif. Cela en vue d’établir le programme de récolte des jours suivants. Telle parcelle avec telle parcelle ? Ce serait bien. Mais non, cette parcelle n’est pas mûre… En fin d’après-midi, après un passage furtif au bureau, retour dans les chais pour le bilan de la journée écoulée et de ce qui reste
à faire. Une petite journée se termine vers 18 h, une journée plus chargée vers 22 ou 23 h. Mais dans ce cas, c’est sans Marie car on lui impose de se coucher à 21 h au plus tard. Six heures après, c’est reparti pour un tour.
»

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