Après Podere Il Carnasciale et son vin il-caberlot qui a remporté le Grand Prix du jury, ce dernier a décidé de récompenser l’Espagne et le molino-real de Telmo Rodriguez dans la catégorie des vins blancs. Produit dans la région de Málaga, la philosophie du vigneron ibérique est de restaurer le patrimoine exceptionnel des grands vignobles espagnols. Le vin est subtil et frais, débarrassé des vieux réflexes oxydatifs et lourds des malagas d’autrefois.

TROIS QUESTIONS À TELMO RODRIGUEZ :

À quand remonte vos premiers pas de viticulteur ?

J’ai débuté en 1989 et à Málaga l’aventure a commencé en 1996. Ces crus sont des vins historiques tombés dans l’oubli avec le temps. C’était un rêve de refaire du vin dans cette région autrefois réputée. Alexandre Dumas parlait déjà des vins de Málaga dans Le comte de Monte-Cristo. Un malaga est au muscat ce qu’un montrachet est au chardonnay (dit-il en plaisantant). Plus sérieusement, Málaga est un terroir de quintessence pour le muscat. C’est montagneux avec des sols de schistes.

Est-ce plus difficile de faire du vin dans cette région plutôt qu’une autre ?

Ce n’était pas facile puisqu’on a commencé à l’aveugle. C’était un challenge. Nous sommes arrivé ici avec beaucoup de curiosité et d’ambition. C’est une aventure, j’ai essayé de venir ici non pas en tant qu’œnologue, mais plus en tant qu’archéologue. Mon équipe et moi avons du respect pour ce vignoble qui se situe entre 600 et 900 mètres d’altitude, nous respectons les méthodes traditionnelles et laissons la montagne s’exprimer.

Justement, de quelles méthodes s’agît-il ?

On a toujours séché le raisin ici. Il était nécessaire de comprendre comment y arriver et le faire de la meilleure façon possible. Le sol schisteux emmagasine de la chaleur (deux fois plus que le calcaire) et apporte l’eau nécessaire au raisin. Les schistes donneront au vin des arômes de terre brulée. Après les vendanges, on met les raisins sur des paseros (séchoirs). Comme autrefois, on travaille le séchage des grappes à la main sur une durée de deux à trois semaines selon le millésime. L’œnologie est délaissée pour privilégier l’authenticité. On essaie de pousser le vieillissement le plus longtemps possible, les barriques sont suivies une par une et nous sommes toujours à la limite de la catastrophe. On peut faire un mountain wine (historiquement appelé comme cela) extraordinaire comme un vin désastreux. Ces vins sont taillés pour la garde, mais sont malheureusement bus trop jeunes.

Propos recueillis par Pierre Grenié
Photo : Compañia de vinos Telmo Rodriguez S.L.

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