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Avec son mètre 95, son regard acier et ses épaules de… rugbyman, pas de doute, l’ancien capitaine du Stade Français en impose. D’autant qu’il possède 400 ha de vignes dans le Languedoc, d’autres dans le Roussillon, que 200 personnes travaillent à ses côtés et qu’il exporte son vin dans 100 pays dans le monde. Villemajou, Cigalus, Laville-Bertou, Aigues-Vives, Hospitalet, Sauvageonne, Soujeole, Domaine de l’Aigle, par ici la success story. Rencontre avec une force très tranquille qu’aucun placage n’arrête.

À 22 ans, vous aviez déjà une vie de fou, vigneron la semaine, rugbyman le dimanche.
Oui. J’avais cet âge quand mon père est décédé accidentellement en 1987 et que j’ai dû reprendre les 60 ha du domaine de Villemajou. Pendant dix ans, j’ai mené de front ma carrière sportive et ma carrière professionnelle. Je vivais comme un moine. Le plus dur était de gérer la fatigue physique.

Un conseil aux gens fatigués ?
Je dis qu’il faut chercher ses limites. Et une fois qu’on les a trouvées, on se rend compte qu’on a des ressources insoupçonnées. C’est le silence qui me ressource. J’ai besoin de calme et de silence.

Avez-vous encore peur ?
La peur n’évite pas le danger. Plus le temps passe, plus on gagne en sérénité. Au fil de ses accomplissements, on repousse ses peurs, ses angoisses et ses limites. Il faut prendre des risques, il faut vivre, vibrer, il faut se mettre en danger. Par exemple, quand j’ai racheté l’Hospitalet en 2002, j’ai fait un chèque plus gros que mon chiffre d’affaires. On ne dort pas très bien pendant quelques nuits. Après, on s’habitue. C’est un parcours initiatique. Et c’est passionnant. Le vin est un terrain de jeu mondial en perpétuelle effervescence. Notre région est en plein développement, il faut avoir une volonté de missionnaire.

Ça donne quoi, Gérard Bertrand en colère ?
C’est assez rare. Généralement, un regard intense suffit.

Mais, par exemple, la cuvée Naturae a été critiquée sur les blogs parce qu’elle était sans soufre mais pas bio. Comment vous l’avez pris ?
Dans l’ensemble, Naturae a reçu des commentaires très positifs. Après, il y en a qui ont fait des jeux de mots. je ne vais pas leur donner plus d’importance qu’ils n’en ont. Je préfère ceux qui prennent le temps de découvrir les vins et de poser des questions plutôt que ceux qui font des jeux de mots. Les jeux de mots, moi, je les garde pour mes potes. Naturae n’est pas bio, mais je ne désespère pas de le faire dans un futur proche. D’ailleurs, cette année, on fait des essais sur une petite partie de la gamme pour voir si on a les mêmes résultats. Il ne faut pas oublier qu’on est les leaders des vins bios. On a 200 ha en biodynamie sur nos propres domaines. Donc, on n’a pas trop de leçons à recevoir.

Vous écoutez toujours Rihanna ?
Ah oui, oui, elle est formidable, elle a une voix et une énergie que j’adore. Et quand elle chante et qu’elle danse, tout est accordé. L’expression corporelle de la danse peut changer les gens, je trouve ça énigmatique et touchant. Et puis j’aime bien la personnalité derrière l’artiste. Parce qu’il n’y a pas que la technique qui compte. C’est comme dans le vin. L’ important, c’est l’émotion qu’on veut transmettre, pas la technique.

Le vin et vous – l’anecdote honteuse :
Vous savez, j’ai joué au rugby jusqu’à l’âge de 31 ans donc il y a prescription sur les 3e mi-temps. Mais toutes les conneries à faire, je les ai faites. On buvait beaucoup, ça oui. On faisait quelques mélanges : mes vins, du rouge, du blanc, du rosé et des bulles. Dans un saladier, vous savez, comme dans les mariages. Mais on se faisait ramener.

Cet interview a été publié le 1er décembre sous une forme différente dans Mes Dimanches Vin, le supplément mensuel du Journal du Dimanche.

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