Bourgignons

C’est par un temps froid et sec sous un soleil discret que je suis arrivé au Bastion des Hospices de Beaune, ce bel immeuble du 15e siècle qui est le cadre habituel du dîner de gala de la prestigieuse vente des Hospices de Beaune. Le hasard a voulu que je me trouve, ce dimanche 9 février, à la première Paulée de Beaune au cœur d’un marathon gastronomique et élitique dont j’ignorais l’existence quelques jours auparavant.

C’est le professeur Jacky Rigaux, grand défenseur des vins de terroir, qui m’en a parlé la première fois. Je l’avais contacté pour une interview et comme je partais pour la Bourgogne pour visiter une amie, j’avais l’espoir de pouvoir le rencontrer personnellement. Au téléphone, il m’explique qu’il allait présider la première Paulée de Beaune et m’invite à le rejoindre là bas. Il a juste le temps de me préciser qu’il s’agit d’une sorte de repas traditionnel, avant de raccrocher.

Journaliste brésilienne en France, je me suis précipitée sur internet afin de pallier mon ignorance en la matière. J’essaye toutes les traductions et approximations phonétiques possibles, à commencer par «poulet de Beaune», avant de me rendre compte que cette volaille n’est pas vraiment une spécialité locale, au contraire de sa voisine de Bresse. Quelques minutes plus tard, me voilà renseignée sur le sujet.

La paulée est un repas festif organisé traditionnellement pour clôturer les vendanges. En France, la plus célèbre et ancienne est la Paulée de Mersault qui réunit chaque année dans le château de Meursault les principaux vignerons de l’appellation, leurs clients et des amateurs venus du monde entier. La tradition veut que chaque vigneron amène ses meilleures bouteilles pour partager avec les convives.

En ce qui me concerne, j’ai vu défiler à ma table quelques quarante bouteilles, dont des vins étrangers. J’ai eu la chance d’être assise à la même table que Jacky Rigaux et à côté de Michel Smolarek, président des Sommeliers de Bourgogne, qui prenaient le temps de me donner quelques détails forts intéressants sur les principaux vins qu’on dégustait.

Des vins de Bourgogne, notre table a particulièrement apprécié le très bon clos-de-la-chatenière 2011 de Henry Lamy (saint-aubin 1er cru), le vigne-de-l’enfant-jésus 1999 de Bouchard Père et Fils (beaune 1er cru), le clos-des-mouches 2011 et les-montrevenots 2011 d’Aleth Girardin, les-corvées 2009 du domaine Chevalier (ladoix 1er cru), aux-cheseaux 1999, du domaine Arlaud (morey-saint-denis 1er Cru), le clos-des-chouchereaux 2004, de Louis Jadot; et l’élégant batard-montrachet 2011, du domaine Duvernay.

Environ 120 personnes ont participés à ce premier rendez-vous à Beaune. Les invités entonnaient les « chansons à boire » lancées par Les Joyeux Bourguignons avec enthousiasme tandis que l’artiste Christian Legal s’amusait à imiter quelques personnalités du monde politique et sportif. Le déjeuner a commencé vers 13 h 30 et les moins courageux, dont je faisais partie, ont quitté la table vers 17 h.

La confrérie de Saint-Denis, crée il y a environ 1 an, a profité de l’occasion pour introniser trois personnalités bourguignonnes : le président du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB), Claude Chevalier, le président de l’ESAT (Etablissements et Services d’Aide par le Travail ) régional, Alain Guiot et Marc Gantier, du restaurant Caveaux des Arches.

André Deyrieux, responsable de Wine Tourism France, a remis le prix de l’œnotourisme de l’année aux Automnales de Pommard, manifestation œno-ludique créée pour promouvoir les vins de l’appellation. La Paulée de Beaune a été clôturée par une présentation de vols de rapaces, proposée par l’association Les Chouettes du cœur.

Le président de la toute jeune Association de la Paulée de Beaune, Pierre-Olivier Coron, m’a expliqué qu’il a voulu créer cette manifestation car il lui semblait « inimaginable de ne pas avoir un évènement convivial, ouvert à tous autour des climats de Beaune ». Selon lui, la prochaine Paulée se tiendra en octobre et une autre manifestation sera créée en février ou mars sur le thème du printemps qui arrive.

Cette première Paulée de Beaune n’a certainement pas le même glamour que sa cousine de Meursault, mais ce n’était pas non plus l’objectif. « L’intérêt est de rassembler autour d’une expérience festive les personnes qui ont envie de glorifier le vin », affirmait Jacky Rigaux à Beaune.

Ana Carolina Dani

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