Le grand cru Corton dans son état actuel est certainement celui dont la délimitation définitive a demandé le plus de temps. L’État a pratiquement attendu un demi-siècle après la création des appellations d’origine contrôlée pour le délimiter avec précision. Il a fallu en effet tenir compte d’usages commerciaux très compliqués et qui ont profité du long silence du législateur pour se compliquer encore davantage.

En effet, à l’origine, le nom de Corton provient d’un petit bois qui coiffe, entre Aloxe-Corton et Ladoix- Serrigny, un majestueux coteau lisse et uniforme vu de loin, mais en réalité fort accidenté et très diversifié.

La popularité du nom de l’empereur Charlemagne, qui effectivement eut en sa possession très jeune et très peu de temps un petit clos à cheval sur Aloxe-Corton et Pernand-Vergelesses, donna l’idée de l’appliquer à toutes les vignes voisines pour former le lieu-dit Charlemagne. Le même nom magique décupla au XIXe siècle le renom de Corton, grâce à l’astuce commerciale des négociants qui regroupèrent les deux noms pour distinguer les vins blancs des vins rouges.

Aujourd’hui, toutes les vignes de la colline, jusqu’au point bas de pente où apparaissent des terres d’alluvions, ont droit à l’appellation premier ou grand cru. Leur originalité tient à la superposition de deux types de calcaires jurassiques, plus ou moins riches en marnes. Le plus jeune des deux se trouve en milieu et bas de pente. Il est riche en oolithes (calcaires de fossiles marins) et en chailloux (ou chaillots), à savoir des calcaires à silex, plus siliceux. Le plus ancien et le plus riche en marnes couvre la partie supérieure.

Dans les deux cas, une oxydation plus ou moins marquée du fer contenu dans le sol change sa couleur apparente, qui va du blanc légèrement ocre au rouge ou au rouge-brun.

Par empirisme, les vignerons locaux ont toujours pensé que les sols les plus clairs convenaient au raisin blanc et les sols rouges au raisin rouge et force est de leur donner raison.

Le plus compliqué dans cette marquèterie géologique est que, dans les limites étroites de chaque lieu-dit, des différences de couleur faciles à voir, dues à ces différentes veines interdisent de faire le même type de vin et rendent souvent inexactes ou abusives les généralisations si prisées des amateurs et, même, des experts.

Dans l’étude des différents climats du grand cru, nous avons décidé de suivre la courbe du coteau depuis le nord (côté Ladoix), jusqu’au sud (côté Pernand), mais en respectant la hiérarchie établie en 1855 dans sa célèbre monographie sur les vins de Bourgogne par le docteur Lavalle, d’abord parce qu’il savait de quoi il parlait, ensuite pour son intérêt historique.
Nous avons naturellement ajouté à leur place géographique les lieux-dits qu’il ne mentionne pas, mais qu’on trouve sur les étiquettes aujourd’hui et qui ont été intégrées dans le grand cru Corton.

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