Les réactions n’ont pas tardé après que le tribunal correctionnel de Dijon a rendu son verdict dans ce qui est devenu « l’affaire Giboulot ». Le soutien au vigneron travaillant en biodynamie ne se dément pas et il a d’ailleurs annoncé son intention de faire appel (lire ici ). Du côté de l’interprofession bourguignonne, on a pris acte de la décision de justice sans la commenter. Le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) considère que « cette affaire est désormais close » et préfère se concentrer sur la lutte contre la flavescence dorée, « enjeu majeur pour le vignoble bourguignon. » La mobilisation des professionnels en 2013 a permis d’établir un état des lieux précis de la maladie. « Dès lors, la filière, toutes sensibilités confondues, n’a cessé d’échanger et de travailler à l’établissement d’un plan de lutte 2014 concerté et ajusté à chaque situation. »

Si la volonté de l’ensemble des acteurs impliqués est de réduire au minimum le nombre de traitements insecticides, ainsi que la surface concernée, le BIVB rappelle qu’à ce jour « il n’existe, hélas, aucune alternative pour lutter contre cette maladie très épidémique et mortelle pour la vigne. » Il précise aussi que la lutte est loin reposer uniquement sur l’emploi de produits phytosanitaires, mais s’appuie sur trois autres piliers (prospection, arrachage des pieds malades, traitement à l’eau chaude des plants de vigne) dont le principal est bien la surveillance du vignoble. « La guerre contre cette maladie ne se gagne pas en une seule bataille, elle nécessite un engagement prolongé de tous. L’expérience nous l’a prouvé, les vignobles où la mobilisation s’est relâchée ont vu la maladie revenir en force. Dans ce domaine, la Bourgogne souhaite conserver un comportement exemplaire. »


Une responsabilité également prônée de façon plus alarmiste par la Fédération française des pépiniéristes viticoles (FFPV) qui estime que si le tribunal a bien reconnu Monsieur Giboulot coupable, « cette condamnation légère n’a pas pris en compte la gravité de la situation. » Pour les pépiniéristes, face à une maladie mortelle de la vigne, c’est l’irresponsabilité qui a été cautionnée. « L’impunité (ou presque) d’un viticulteur qui refuse de traiter ses vignes contre la cicadelle de la flavescence dorée crée un précédent qui risque, en se propageant, d’exposer l’ensemble de la filière viticole à un risque sanitaire grave. » Représentant près de 40 % de l’offre européenne, la pépinière viticole française est la plus importante au monde. En première ligne dans la lutte contre la maladie, elle souhaite que pépiniéristes et vignerons fassent front « ensemble » et déclare urgent « pour la défense de toute la filière de la vigne et du vin » de protéger l’outil de production par un contrôle renforcé des vignobles.

Dans les pépinières viticoles et les vignes mères de porte-greffe ou de greffons, la lutte contre la cicadelle est obligatoire sur tout le territoire national depuis 1988 et, tous les ans, 100 % des vignes-mères sont prospectées. Dès janvier, la FFPV demandait à la viticulture et aux pouvoirs publics de s’assurer de l’efficacité des produits, de renforcer la lutte contre les vignes abandonnées et de « veiller au bon positionnement des insecticides. » Le nouvel arrêté relatif à la lutte contre la flavescence dorée de la vigne généralisait le principe de précaution en renforçant le recours au traitement à l’eau chaude, loin de faire l’unanimité chez les pépiniéristes qui ont toujours souligné le danger de la systématisation de cette technique. Il a depuis été nuancé par l’introduction de la notion de risque (en lire plus ici). Déjà acteurs majeurs de la recherche contre la maladie, les pépiniéristes sont demandeurs de plus de travaux, comme l’ensemble des acteurs de la filière. Le mérite de l’affaire Giboulot est d’avoir mis en lumière la position des uns et des autres.

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