Propriétaire de Château Haut-Brion, de Château La Mission Haut-Brion et de Château Quintus, la société familiale Domaine Clarence Dillon avait lancé en mai 2013 un défi à caractère historique qui vient d’être relevé. Il s’agissait de trouver une mention écrite concernant le vin de Haut-Brion qui soit antérieure à celle figurant dans le livre de cave du roi Charles II d’Angleterre et datant de 1660. Le challenge a réuni de nombreux participants et deux mentions plus anciennes ont surgi du début du XVIe siècle. Le texte le plus ancien a été découvert aux Archives départementales de la Gironde.

C’est un acte notarié daté du 21 janvier 1521 qui concerne une vente de rente perpétuelle en vin entre Jean de Monque, écuyer et seigneur de ce lieu de Monque, et Guilhem de Mailhois, bourgeois, marchand et sergent de Bordeaux. Cette vente est consentie pour un montant de 400 francs bordelais (soit l’équivalent d’un pouvoir d’achat actuel de plus de 50 000 euros). En remboursement de ce prêt, Jean de Monque s’engage à livrer, chaque année « quatre pipes de vin (…) du lieu appelé Aubrion », c’est-à-dire huit barriques, ou 1 800 litres.

« Quatre pipes de vin, seront du cru des vignes appartenant audit de Monque du lieu appelé Aubrion, appartenant audit vendeur. Lesquelles sont sises derrière son bourdieu assis audit lieu appelé
du Brion, en la paroisse Saint-Martin de Pessac, ensemble des vignes de Pins Bouquet, de la Gravette et de Cantegrit, le tout appartenant audit seigneur de Monque, assis en Graves de Bordeaux
et si cas était que ne vint aucuns fruits de raisins qui fussent pour satisfaire lesdites quatre pipes
de vin de rente, bon, pur et net et marchand, le dit vendeur sera tenu lui en bailler d’autres aussi bon provenu du cru desdites vignes dessus déclarées.
»
(Archives Départementales de la Gironde – 3E 6533 – 24 janvier 1521)


Ainsi, plus de trois siècles avant d’être classé en 1855 au rang de premier grand cru, le vin de Haut-Brion est déjà rattaché à ce terme si particulier de “cru”. C’est aussi le cas pour la seconde très ancienne mention retrouvée à l’occasion de ce challenge, un acte qui porte sur une vente de vin passée devant notaire royal à Bordeaux en 1526. Esclarmonde de Lagarde, Bordelaise, vend à Pierre Gassies et Pierre Mulle, probablement marchands, « deux tonneaux de vin clairet ou rouge du cru du Haulbrion en Graves » (Archives Départementales de la Gironde – 3E 9802 – 1er septembre 1526).

A cette date, la vendange de l’année n’est pas encore faite et la qualité de la récolte n’est pas certaine. Si elle est bonne, le vin sera naturellement concentré, avec une robe rouge, si elle est très moyenne, la robe sera rose foncé (clairet). Dans cette transaction de nature commerciale, la désignation du produit s’est simplifiée. On parle de vin du cru du Haulbrion, sans référence aux vignes et à leur propriétaire. Dès 1526, la fusion entre le nom du cru, ou terroir, et celle du vin qui y est élaboré semble faite. Cette désignation est très semblable à celle de “vino de Hobbriono” qui figurera 134 ans plus tard dans le livre de cave du roi d’Angleterre.

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