Brève –et personnelle– histoire contemporaine du vin de France


 

Introduction, où il est prouvé que le rock et le vin ne sont pas nés au même endroit.

 

J’ai été fan de rock avant de m’intéresser au vin. Je vivais dans une ville de Normandie, en France, à la fin des années soixante-dix, et j’avais déjà compris que j’étais né au mauvais endroit et au mauvais moment pour vivre cette passion du rock autrement que comme un fan nostalgique. La période clé où la culture rock a explosée, c’était entre 1965 et 1970 à Londres et en Californie. J’avais onze ans en 1969, beaucoup trop jeune pour aller danser dans la boue de Woodstock au son des riffs déchirants de la Fender de Jimi Hendrix.
J’ai eu beaucoup plus de chance avec le vin, seconde passion que j’ai pu suivre comme journaliste, critique puis patron du principal magazine spécialisé français au moment le plus exceptionnel de son histoire pourtant millénaire et dans le pays comptant depuis toujours les vignobles, les domaines et les vins les plus illustres de la planète. Avec Michel Bettane rencontré en novembre 1988 aux Hospices de Beaune et avec qui j’avais dégusté chaque cru de la vente (j’ai su un an plus tard qu’il avait apprécié mon jugement lorsque je fus embauché comme rédacteur en chef de la Revue du vin de France, célèbre RVF dont il était le critique vedette), nous avons pu vivre une expérience exceptionnelle, qu’aucun autre grand dégustateur mondial n’a pu partager aussi intimement. Celle de vivre au jour le jour dans tous les grands vignobles français et auprès des meilleurs vignerons (et parfois aussi avec d’autres producteurs moins doués) la plus formidable révolution qualitative qu’ai connu le monde du vin depuis son origine.

Partageant souvent les doutes et les espoirs d’une génération brillante de vignerons de notre âge, dégustant avec eux leurs vins à la barrique, discutant des choix d’encépagements, de méthode culturale, de vinification ou d’élevage. Bien sûr, les commentaires et les notations que nous établissions s’adressaient à un public d’amateurs de plus en plus nombreux et prêts à découvrir de nouvelles stars du vin, mais nous savions pertinemment que nos premiers lecteurs étaient ces vignerons eux-mêmes, qui avaient absolument besoin du regard sincère et franc que nous portions à leur travail.
Michel Bettane, avec qui je dégustais chaque matin des dizaines de vins anonymes ou célèbres, m’impressionnait par l’honnêteté et la précision de son jugement sur chacun de ces vins, manifestant toujours une incroyable indépendance à l’égard de la réputation du cru et encore plus souvent des relations amicales qu’il pouvait entretenir avec tel ou tel producteur. Il avait conservé dans cette mission de critique et d’observateur du vignoble, les principes qu’il avait appris en enseignant le français, le latin et le grec à ses élèves des classes préparatoires aux grandes écoles au cours d’une première vie de professeur. Porter une attention bienveillante, mais ultra exigeante au travail de ceux qu’il jugeait les plus doués des vignerons français. Travaillant depuis un quart de siècle avec lui, j’ai conservé et cultivé ces principes. On juge mieux les vins en suivant et en comprenant le travail quotidien du vigneron.

suivre

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