Brêve – et personnelle – histoire contemporaine du vin de France


 

Chapitre six, dans lequel le Professeur Bettane mouille sa chemise pour la gloire du pinot noir.

 

Côté présent, à une époque où la grande majorité des vignerons ne s’intéressait que très peu à la façon de travailler dans les autres vignobles et limitait souvent son expérience de dégustation d’autres vins à une séance annuelle avec ceux de leurs collègues du même village, Michel Bettane, lui, voyageait et discutait technique et style avec les plus grands vignerons de France. Professeur de formation, prolixe et passionné, il échangeait et dégustait sans cesse avec de jeunes vignerons avides d’apprendre à qui il transmettait son expérience et les leçons qu’il avait recueillies auprès des grands maîtres d’alors. Pour moi, journaliste de formation et de conviction, tourné d’abord vers l’information de nos lecteurs amateurs de vins, cette approche était étonnante. Au téléphone ou sur place, Michel passait une grande partie de son temps à faire progresser les vignerons. Certains ne comprenaient pas cette approche, d’autant plus qu’elle était totalement désintéressée (3) ; en outre, nous écrivions ce que nous pensions dans les colonnes du magazine, bousculant les mentalités souvent très conservatrices de beaucoup de producteurs, mais plus encore des représentants de syndicats et de l’interprofession viticole qui assumaient pourtant le rôle de « gouvernement » du vignoble bourguignon. Ceux-là nous reprochaient sans cesse d’attaquer la Bourgogne en son ensemble (quand nous en étions amoureux fous), nous menaçant parfois d’attaquer notre journal en justice, si bien que j’ai dû apprendre à devenir polémiste et même parfois avocat en plus de mon rôle de critique.

Aiguillonnés ainsi par Michel, ce fut une poignée de jeunes vignerons, idéalistes et passionnés, qui firent bouger les choses. Inspirés par quelques rares grands aînés (les Leroy, Gouges, Joseph Roty, les pères Ramonet, Lafon, etc.) et parfois guidés dans leurs choix à la vigne comme au chai par un œnologue aux idées aussi novatrices que brouillonnes, Guy Acad. Les Roumier, Pernin-Rossin, Dugat-Py, la famille entière Confuron (le père Jacky et ses deux fils Yves et Jean-Pierre, qui outre leur domaine de Vosne-Romanée, dirigent aujourd’hui les vinifications du domaine de Courcel à Pommard pour le premier et de la maison Chanson à Beaune pour le second) et beaucoup d’autres se mirent à produire des vins intenses et subtils, incomparablement parfumés et faits pour la garde, mais déjà délicieux lorsqu’on les dégustait à même le fût. Parmi eux, une figure émergeait, Denis Mortet, certainement le meilleur vigneron de Gevrey-Chambertin et l’un des hommes les plus exigeants par rapport à son travail qu’il m’ait été donné de rencontrer. C’est cette exigence, devenue obsessionnelle, qui le poussa à mettre fin à ses jours un matin de janvier 2006. Les vins de Denis témoignent encore aujourd’hui du talent exceptionnel d’un homme qui fit beaucoup pour le renouveau de la Bourgogne.

 

(3)L’un des grands regrets de ma vie professionnelle est de ne pas avoir réagi, y compris juridiquement, auprès de l’éditeur et de l’auteur d’un ouvrage appelé « Noble Rot » qui expliquait que si Robert Parker et Michel Bettane étaient les deux critiques de vin les plus respectés et influents, les « nombreux contrats de consulting auprès de vignerons célèbres » pris par Michel Bettane rendaient son jugement plus discutable. Le journaliste américain qui avait écrit cela n’avait évidemment pas pris la peine de nous contacter ni même de vérifier cette information totalement fausse : Michel n’a jamais touché un centime pour les conseils qu’il a pu donner effectivement, à de très nombreux producteurs.
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crédits photo d’ouverture : http://www.redsimonsays.com/

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour, j’imagine que ce court texte n’a pas été écrit par Michel Bettane tant il est peu conforme à la réalité historique et surtout emprunt d’une immodestie qui relève d’une absence étonnante de retenue.
    Si la revue des vins de France – et pas seulement Michel Bettane – a contribué à mettre en évidence des vignerons talentueux et des pratiques viticoles et œnologiques en mutation, il est parfaitement erronné d’écrire que ce dynamisme est né d’une synergie organisée par un seul journaliste protée. Ces raccourcis aussi réducteurs que méprisants pour une profession qui a su progresser par le jeu du renouvellement des générations et de formations initiales plus solides ne méritent pas de rester sur un site aussi lu.
    Un soupçon d’auto évaluation juste, un peu de modestie mêlée à un rien de finesse et… Le rôle de Michel Bettane comme denicheur de talents et bon dégustateur n’en sera que plus évident. Mais de grâce qu’il ne se pique pas d’imaginer qu’il a pu – ne serait ce qu’un peu – se substituer aux producteurs…

    Cordialement,

    Patrick Essa

    • Cher Essa Patrick, est-ce l’âge qui vient, la vue qui baisse, ou simplement une lecture un peu rapide de cet article? Premier point, il est signé Thierry Desseauve -et évidemment pas Michel Bettane. Il porte le titre général de “brève et personnelle histoire du vin” ce qui devrait vous indiquer qu’il s’agit de mon regard, et je suppose que la plupart de mes lecteurs y auront vu, contrairement à vous, la part de second degré qu’il y a dans ces petits récits de souvenirs. La photo qui illustre le papier -ce bon vieux tableau noir- aurait du vous mettre sur la voie, mais passons… Mais venons en au fond de l’histoire : où ai-je écrit que Bettane a révolutionné le monde du vin? J’ai beau me relire, je ne trouve pas. Je souligne en revanche le rôle d’aiguillon, tant à l’époque il m’avait surpris, moi qui était issu de l’école classique du journalisme où l’on professe volontiers la mise à distance nécessaire entre le sujet et le médiateur. Mais tous comptes faits, je confirme que ce rôle a été significatif et finalement, à sa dimension et avec ses limites, bénéfique à ce monde viticole. Et rassurez vous, notre ego est suffisamment solide et équilibré pour être heureux de ce que nous faisons et d’avoir toujours autant de bonheur à apprécier les grands vins et à admirer ceux qui les ont faits sans imaginer un instant que nous y sommes pour quelque chose! TD

  2. Au moins on se régale à vous lire tous les deux et les amateurs de vin ne peuvent que s’en réjouir. Il me semble par contre beaucoup plus grave qu’un imbécile aux Etats-Unis ait pu débiter de telles âneries et autres accusations gratuites sans devoir en subir les conséquences.

    Mes cordiales salutations à tous les deux/trois

  3. Decidement votre jeu de duettiste est si bien rodé que l’on en arrive à faire émerger une signature interchangeable. Le rôle que vous vous auto attribuez est évidemment très en retrait de vos ambitions, ne serait-ce qu’en raison de vos compétences. Écrire et évaluer un vin n’ont jamais permis d’en assurer la naissance et encore moins d’en définir les horizons. Être à l’origine de belles découvertes et d’une mise en évidence des belles cuvées est en soi assez noble pour ne pas vous faire imaginer que les producteurs suivent avec acuité vos “recommandations”. J’ai de la peine à imaginer que vous ne compreniez pas avec plus de finesse votre rôle, pourtant aussi intéressant que nécessaire. Il serait bon de corriger ces mots peu habiles Monsieur Dessauve car ils ne rendent pas grâce au travail que vous réalisez.
    Patrick Essa

  4. J’en profite pour informer nos lecteurs que ce grand courageux de vigneron bloggueur. critique donneur de leçon et j’en passe non seulement n’accepte pas les dégustations comparatives à l’aveugle, ce qui fait qu’il ne figure pas dans notre guide, mais aussi interdit de cave ceux qu’il juge incapables de comprendre la valeur de ses vins. Je suis bien placé pour le savoir! Nous ne lui interdisons pas pour autant l’accès à nos colonnes! Michel .Bettane.

  5. Je n’interdis rien Michel Bettane. Vous êtes le bienvenu au domaine comme l’ensemble des journalistes que j’ai reçu cette année: Allen Meadows, Olivier Poels, Antoine Gerbelle, Sarah Marsh, Neal Martin, Bill Nanson, Laurent Gotti, ViniferMundi entres autres.
    De plus vous êtes entièrement libre d’acheter mes vins pour les déguster au milieu des autres. En aveugle ou pas. Et puis vous les dégustez avec ma femme au moins une fois tous les deux ans en moyenne lors des primeurs… Bordelais, où nous sommes!
    Je n’envoie que très peu d’échantillons et préfère la dégustation in situ car il m’est loisible de définir comment et dans quelles conditions mes vins sont appréhendés. Je vous attends donc – avec TD – mais je doute fort que cela soit pour les années à venir…
    Par ailleurs, quel est l’intérêt d’être dans tous les guides? Les amateurs passionnés achetant en général les deux titres les plus lus, ils peuvent croiser les informations et ne s’en privent pas. Humain.

    Patrick Essa

  6. J’ai pourtant bien été interdit de cave par vous il y a quelques années, après une première visite qui semble-t-il ne vous avait pas donné le sentiment que je serais en mesure d’apprécier la qualité de votre travail. Je vois que vous avez changé, tant mieux! Denis Hervier a en charge votre secteur et c’est à lui désormais de venir. Pour ma part après ce gros revirement je ne vois aucune utilité à ma présence, tout en redisant publiquement l’estime que j’ai pour votre beau père Michel Buisson, viticulteur émérite et fin dégustateur.

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