Comme le rappelle l’interprofession du Beaujolais, une longue histoire se cache derrière le phénomène du troisième jeudi de novembre. Deux, en fait. Il y a d’abord celle du vin nouveau. Tradition très ancienne, sa consommation débute dans l’Antiquité avec la serva potio (boisson des esclaves), la « lora » proposée aux vendangeurs dès le raisin pressé. « Elle était obtenue par une deuxième macération du moût délayé dans de l’eau et devait durer jusqu’au solstice d’hiver. » Au Moyen-Age, on consomme encore vite le vin issu de la récolte de l’année. En vertu d’un droit appelé le banvin, les seigneurs et l’Eglise commercialisent le leur de façon privilégiée dans le mois qui suit les vendanges. A partir du XIIIe siècle, la bourgeoisie citadine remplit ses celliers avec le vin de ses propres domaines admis en ville sans droits d’entrée. Comme les taverniers et les aubergistes, elle se trouve confrontée à une raréfaction du produit dès la fin de l’hiver. Si cette commercialisation précoce pallie les problèmes liés aux difficultés de conservation des vins, le marché viticole restera un marché de la pénurie jusqu’à l’essor des vignes au XIXe siècle.

Aux portes du vignoble beaujolais, les Lyonnais attendent chaque année la récolte nouvelle, célébrée par de nombreuses fêtes. « Les débitants de boisson, les “bouchons” », les “épiciers porte-pot” sont les premiers à goûter les vins nouveaux. Au début du XXe siècle, ils viennent dans le vignoble chercher les vins dès la fin des vendanges, “raflant” les meilleures cuvées. Le vin achève sa fermentation en pièce, un tonneau de 216 litres, pendant le transport en voiture à cheval ou en barges sur la Saône. » A l’époque, la commercialisation n’est ni réglementée, ni organisée et la physionomie du vignoble beaujolais n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Jusqu’aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, les vins nouveaux « sont majoritairement produits dans la zone centrale du vignoble, sur moins de 2 000 hectares de vignes situées à Blacé, Saint-Etienne-les-Oullières, Saint-Etienne-la- Varenne, Vaux-en-Beaujolais, le Perréon, secteurs les plus précoces du Beaujolais et berceau historique des « nouveaux » avant l’essor des zones situées dans l’appellation beaujolais proprement dite, plus au sud. »

De la tradition locale au phénomène mondial

L’histoire du rendez-vous international donné aux amateurs en novembre a démarré dans les années 50 à la suite d’une décision réglementaire supprimant le principe d’échelonnement des sorties des vins de la propriété. « Jusqu’à cette date, la vente de vins faisait l’objet d’un calendrier minutieux fixant le pourcentage de la récolte pouvant être commercialisé et les différentes dates de libération de ces volumes », ceci afin de planifier l’approvisionnement en vin des armées. Au printemps 1951, ce calendrier est supprimé, mais le 8 septembre, un arrêté paru au Journal Officiel stipule que « les producteurs ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais les vins de la récolte 1951 bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée qu’à dater du 15 décembre. » Réunis au sein de l’Union viticole du Beaujolais, les vignerons demandent alors l’autorisation de commercialiser immédiatement leurs « vins de primeur » et obtiennent satisfaction.

Il se passera encore quinze avant qu’une date fixe ne soit arrêtée, d’abord au 15 novembre (décret de 1967). Le nouvel aménagement qui a lieu en 1985 pour faciliter la mise sur le marché des 500 000 hectolitres produits cette année-là fixe enfin au troisième jeudi de novembre l’arrivée sur le marché du beaujolais nouveau. L’interprofession créée en 1959 et appelée l’Inter Beaujolais depuis 2004 a initié des opérations de promotion dès 1960, accompagnant l’engouement déjà bien installé des bistrots parisiens pour les beaujolais nouveaux, « maîtres de tous les zincs et comptoirs de la capitale. » Rien de tout cela n’aurait évidemment été possible sans le typique cépage qui couvre 98 % du vignoble beaujolais (cela représente 50 % des 30 000 hectares plantés en gamay dans le monde), ce gamay noir à jus blanc « capable de produire aussi bien des vins fruités et gourmands dans leur jeunesse que des vins de garde tout en élégance. »

beaujolaisnouveau2014







L’affiche ci-contre est l’œuvre de l’artiste SKWAK, illustrateur français à la renommée internationale dont l’univers a déjà séduit des marques comme Microsoft ou Adidas et auquel l’Inter Beaujolais a fait appel pour accompagner la promotion des beaujolais nouveaux 2014 en France et dans 110 pays.

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