Brève – et personnelle – histoire contemporaine du vin de France


 

Chapitre sept, où émergent quelques génies

 

Dans les autres vignobles de vins tranquilles, on trouvait bien sûr de très grandes bouteilles dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix. Mais elles étaient produites par très peu de producteurs qui volaient très haut au-dessus d’une masse routinière et souvent médiocre. Quand nous avons publié notre premier guide, en 1995, nous avions classés au sommet de la hiérarchie seulement quatre domaines hors Bordeaux, Bourgogne et Champagne (4). Château Beaucastel et Rayas à Châteauneuf, Jean-Louis Chave dans le nord de la Vallée-du-Rhône et Zind-Humbrecht en Alsace. Les uns comme les autres – la séduisante famille Perrin à Beaucastel, le secret Jacques Reynaud à Rayas, disparu pendant les vendanges 1996, le malicieux Gérard Chave, puis son fils Jean-Louis et le débonnaire Léonard Humbrecht, puis son fils Olivier – sont de vrais artisans du vignoble, s’appuyant sur un travail méticuleux et ultra respectueux des terroirs et de la vigne pour travailler, construisant ensuite leurs vins avec une sensibilité d’artiste et une absence totale d’impératifs économiques dans leurs prises de décisions. D’autres grands noms firent évoluer dans le bon sens leurs régions. L’immense Marcel Guigal qui, non content de créer les plus célèbres vins de la Vallée-du-Rhône, les mythiques, mais rares côte-rôtie, la-mouline, la-landonne et la-turque, il fût aussi le premier à produire en grand volume un véritable « mètre-étalon » des vins de sa région, le côtes-du-rhône E. Guigal.

 

crédits photo d’ouverture : bosskap.com/

 

À Ampuis, je réalisais avec Marcel d’interminables sessions de dégustation dans ses chais labyrinthiques où nous dégustions des dizaines de crus à la pipette, puis en bouteille pour les millésimes plus anciens qu’il allait chercher dans une cave remplie de trésors. En discutant avec lui, j’obtenais de précieux renseignements sur les bons vignerons de toute la région, sud compris, qui souvent étaient ses fournisseurs pour ses vins de négoce. L’un des grands secrets de Guigal, c’était sa science de l’élevage. Passant jusqu’à quatre ans dans du bois de chêne neuf, ses grands crus ne s’asséchaient ou ne durcissaient pas, mais au contraire acquéraient un velouté de texture et une complexité aromatique hors norme. Lui et un autre vigneron installés à Cornas, Jean-Luc Colombo, œnologue de formation et leader de la jeune garde des producteurs rhodaniens, ont permis à la syrah, qui évolue beaucoup aromatiquement quand elle est privée d’oxygène, de trouver des élevages à la mesure de son potentiel de grand cépage.

(4)Les trois étoiles de chacune des grandes régions de production

 

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonsoir,
    Pourriez-vous étayer votre propos sur Colombo ?
    Avez-vous dégusté récemment les Cornas de Colombo datant du début des années 90 ?
    Comment se goûtent-ils aujourd’hui vs. ceux d’Allemand ou de Clape (par exemple) dans les mêmes millésimes ?
    Je n’ai jamais été sensible aux charmes des vins de Colombo mais vous avez l’honnêteté de rappeler votre intérêt (de l’époque) pour ses vins. Ca m’intéresse de mieux comprendre l’engouement de l’époque (mérité ou pas) pour ce vigneron.
    Bien cordialement,

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