Non, monsieur, il n’y a jamais de hasard. Que les pète-sec de l’ANPAA(1) attaquent une organisation professionnelle au moment où la France entière vibre au son des verres qui tintent et des bouchons qui sautent ne surprendra personne. Le vice quand il vous tient, ne vous lâche pas comme ça. Les grands salons de vins (Vignerons indépendants, Grand Tasting), les petits salons de vins (Vin sur Vin et les autres, à Paris et en province) et la multitude d’événements qui les accompagnent à raison ont fait le plein pendant la dizaine de jours passés. Et hop, après la grande maison Taittinger et le CIVB(2), c’est au tour d’Inter-Rhône de voir sa campagne de pub attaquée en justice par les prohibitionnistes. Il faut voir les images pour le croire, on est loin des pochtrons. Les autorités des appellations du Rhône ont choisi une campagne poétique avec un ballon rouge en gimmick, à la Mary Poppins comme autrefois, nous voilà dans l’allégorie la plus mignonnette, vraiment pas de quoi donner envie à quiconque de boire une bouteille de la-chapelle 61 au goulot, mais ce n’est sans doute pas le sujet. Non, disons-le, cette campagne aura beaucoup moins d’effet sur l’alcoolisme que les campagnes des boissons énergisantes associées à de la vodka. Mais c’est déjà bien trop pour les organisations prohibitionnistes.
Alors quoi ?
Sûrs de leur bon droit et n’en déviant jamais, forts des dollars des contribuables, les prohibos de l’ANPAA multiplient les coups de guerilla contre le monde du vin. Parfois, quand ils vont trop loin, ils accusent une erreur de copier-coller et font machine arrière, mais quand ça marche, ils ramassent la monnaie devant un tribunal. Ils poussent tant qu’ils peuvent, sans cesse. Ce faisant, ils instaurent une sorte de terreur à la EI (toutes proportions gardées, bien sûr) qui incitent les éditeurs de presse à pratiquer une auto-censure sans objet, mais bon, les services juridiques des grands groupes ne sont pas connus pour leur audace, le plus souvent.
Le pire réside dans le fait que, de droite comme de gauche, pas un gouvernement, pas un seul, n’est jamais revenu sur cette fâcheuse Loi Évin ni n’a coupé les crédits aux associations qui vivent grassement des flous de ce texte stupide.
Pourtant, la ministre Touraine veut économiser un milliard d’euros sur les allocations familiales (des riches, hein). Et si elle commençait par récupérer les 200 millions sottement distribués à quatre ou cinq bandes d’intégristes ? Sans compter le manque à gagner en emplois et en richesses de toutes sortes. Ces gens, qui tentent de mettre la viticulture française à genoux pour le plus grand profit de l’industrie pharmaceutique, ont fait bien assez de mal comme ça. Les crédits à eux distribués sont dégagés pour lutter contre l’alcoolisme. Le vin n’a plus rien à voir là-dedans depuis très longtemps. Le vin n’est pas concerné par les comportements à risque de ceux qui s’adonnent au binge-drinking, pratique que le magot de l’ANPAA n’a jamais su endiguer. Que ces gens s’occupent de la tabagie, aussi, il y a du boulot. Et qu’ils foutent la paix à l’une des très, très rares filières exportatrices et grande pourvoyeuse de devises (deuxième poste après l’aéronautique) d’un pays qui en a le plus grand besoin tout de suite, maintenant.
Et, d’ici là, faisons claquer un bouchon ou deux, histoire de se souvenir de quelle belle émotion est constitué un bon vin, oui, même avec cette pointe d’alcool qui fait les conversations plus amusantes et les tablées, plus jolies. Il faudra bien que l’un de nos fins lettrés l’écrive, cet « Éloge de l’ivresse ».

(1)ANPAA : Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie
(2)CIVB : Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux

Campagne Inter-Rhône 2014

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1 COMMENTAIRE

  1. Malheureusement, la bêtise est un alcool fort distillé depuis des années par cette association elle-même sous perfusion de sa propre production.
    Son abus est aussi dangereux pour la santé mais ils en consomment sans modération…
    Une fois que ces mots sur le papier sont couchés et notre rancœur consolée, qui saura, autre que par les mots, contre eux s’élever?
    Monsieur de Rouyn, la question vous est posée!

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