« Vingt-cinq ans, c’est beaucoup, mais à la fois c’est peu à l’échelle d’un vignoble », rappelle-t-il encore. Au début des années quatre-vingt dix, tous les investisseurs savaient qu’ils devaient s’armer de patience. En 2015, pas un domaine n’a lâché prise. Ils ont évolué, parfois changé de mains, n’ont pas toujours trouvé l’équilibre financier. Mais tous ont une stabilité interne qui leur a permis de traverser les millésimes les plus ingrats, de peaufiner leurs vignobles, de chercher leur voie dans la vinification si compliquée des Aszú, de s’affirmer sur leurs marchés respectifs.
Par ordre d’arrivée en scène, la Royal, initiée par le journaliste britannique Hugh Johnson. J’y ai rencontré mon futur mari en 1993, lorsqu’il tenait à bout de bras, en tant que volontaire de service national en entreprise, cette petite start-up créée autour de capitaux occidentaux et d’une soixantaine de vignerons coopérateurs de la commune de Mád. Une ancienne épicerie accueillait le bureau et les quantités invraisemblables de grains aszú remplissaient les caves sous le bâtiment. Des débuts difficiles, l’entreprise est devenue une belle dame bien habillée, jusqu’à la statue de Hugh, réalisée par un artiste local, trônant dans le jardin.
Un nouveau chai dédié à l’élaboration des Aszú a vu le jour en 2010, des Bucher-Vaslin pneumatiques pressent désormais les tonnes de grains macérés dans un vin de base. En 2003, les premiers blancs secs sortent des cuves. Depuis 2001, le chiffre d’affaires n’a cessé de progresser grâce à la valorisation des vins liquoreux : « Nous sommes le plus important acteur de Tokaj en valeur », affirme son directeur István Turoczi.
Hétzszőlő est le premier « paquet-cadeau » créé en 1992, joint-venture entre l’État hongrois et la compagnie d’assurance GMF. Acquis par la famille Reybier en 2009 (propriétaire du château Cos d’Estournel, à Saint-Estèphe dans le Médoc), Hétszőlő est l’un des vignobles les plus aboutis aujourd’hui sur un terroir de loess unique au monde. Véritable usine à grains aszú, les 55 hectares plantés donnent des liquoreux d’une grande finesse.
Pajzos et Megyer se sont développés comme deux soeurs inséparables. Propriétés de Jean-Louis Laborde (château Clinet à Pomerol), il en a confié la gestion à son fils Ronan. Sur place, le Français Laurent Comas a complété la gamme des liquoreux avec des vins secs étonnants aux étiquettes qui décoiffent.
Disznókő est l’un des joyaux d’Axa-Millésimes et l’une des fiertés de son fondateur Jean-Michel Cazes. L’homme de Pauillac fait encore souffler l’esprit des bâtisseurs dans la région de Tokaj, même s’il y vient désormais trop rarement. Le garage à tracteurs et le chai, joyaux de l’architecture organique, saluent les visiteurs à l’entrée de la région et la Maison Jaune, le restaurant attenant, est devenu le QG des producteurs. Disznókő, 104 hectares plantés, est plus qu’une magnifique propriété à la gamme de vins superbement vinifiés et capables de montrer l’évolution des Aszú sur vingt ans, c’est un pilier de Tokaj.

Légende photo : Récolte de grains aszú. Photo de Tibor Dékány, journaliste et photographe hongrois. Cette photo a remporté le Grand Prix International de la photographie sur la vigne et le vin 2014 (catégorie professionnels) sur le thème « Vendanges aux quatre coins du monde ».

 


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Saga Cazes


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