Beaucoup de producteurs forts connus de crus aux prix hautement spéculatifs, mais qui acceptent les dégustations à la propriété, estiment que leur vin et leur mérite justifient à eux seuls le déplacement du critique. Ce déplacement leur donne un statut d’incontournabilité institutionnelle faisant de plus en plus d’envieux et d’imitateurs chez les autres. La véritable explication n’est pourtant pas le prestige. Il ne s’agit pas non plus d’une défiance vis-à-vis des capacités des critiques puisqu’ils font tout pour bien les recevoir chez eux (en tout cas les plus influents), mais le refus de prendre le risque qu’une dégustation comparative anonyme ne confirme pas leur rang et affaiblit leur position commerciale. Les producteurs de premier plan qui acceptent la confrontation devraient pourtant les faire revenir sur leur refus, car je n’en connais aucun qui jusqu’ici ait eu l’occasion de se plaindre des dégustations générales. Et la présence de leur vin me semble la plus intelligente politesse qu’ils puissent rendre aux producteurs qui partagent la même appellation et au public qui a fait d’eux ce qu’ils sont.
Les producteurs de crus moins réputés ont d’autres motivations, bien entendu. Celles qui sont à la mode se haussent du col et se donnent le confort d’être d’ordre esthétique, éthique ou philosophique. Les dégustations anonymes dites « à l’aveugle » porteraient bien leur nom, les dégustateurs étant aveuglés par l’anonymat des échantillons. On nous dit qu’il serait ridicule d’aller manger à l’aveugle dans un bon restaurant, de lire un livre dont nous ne connaîtrions pas l’auteur, de regarder à l’aveugle un tableau ou d’écouter à l’aveugle un morceau de musique. Qu’il serait même profondément injuste de juger un produit a posteriori, seule une construction a priori, avec la connaissance du cru, du producteur, de ses méthodes de travail, de son caractère, de ses engagements idéologiques, de son statut social permettrait de faire la part des choses et de rendre véridique et crédible tout jugement et toute note. Ils sont confortés dans ces idées par quelques idéologues qui en ont assez de la « dictature » des experts. Pour eux, tous les goûts sont dans la nature et tous également respectables. Pour eux, un citoyen bien formé est un citoyen sevré qui n’a besoin d’être conseillé par personne, ce qui ne l’empêche pas de rechercher avidement l’avis de tous et de ne pas se priver de le critiquer à son tour. On pourrait argumenter longtemps sur le fond de la question et sur les postures narcissiques qui se cachent derrière la défense du faible et du sans grade. Je me contenterai ici, parce que cela est essentiel, de rappeler qu’un bon juge ne connait que trop les différents visages de la Vérité et ses constantes métamorphoses. Aussi vise-t-il à l’équité qui, elle, est stable et assurée puisqu’elle repose sur la volonté de donner au plus grand nombre les mêmes chances par rapport à son jugement. En matière de jugement critique sur un vin, le savoir n’est que trop source de préjugés. Acheter une bouteille donne certes beaucoup de droits, y compris celui d’être injuste envers elle, par excès de louange ou de critique, selon la relation qu’on entretient avec son producteur et son prix. Le critique professionnel de type consumériste, majoritaire dans les pays influencés par les États-Unis, peut souhaiter rester au même niveau que le consommateur-acheteur en se donnant comme but d’évaluer avant tout le rapport qualité-prix. La critique que nous pratiquons et qui est partagée par d’autres confrères dans les pays traditionnellement producteurs s’y refuse. Elle se protège, contrairement aux idées reçues, par le fait qu’il n’y a pas eu au préalable d’acte commercial entre elle et l’échantillon. Dans notre idéal, le vin est dégusté en soi, mais évidemment pas indépendamment de son appellation et de son millésime. L’anonymat que nous recherchons dans les dégustations générales que nous organisons et qui n’est que temporaire renforce notre liberté, surtout quand nous avons à donner une note arithmétique au produit dégusté. Encore ne faut-il pas se tromper sur la valeur de cette note. Seul Dieu le père serait capable de noter absolument ses créatures. Notre vision humaine de la note absolue est plus modeste et n’a vraiment de sens que comme un indice clair de préférence dans le cadre d’une dégustation comparative. Les vins dégustés chez le producteur qui croit ainsi obtenir un jugement plus équitable ne peuvent se prévaloir de leur note de la même façon. L’indice de préférence ne concerne alors qu’un très petit ensemble, celui des vins de ce seul producteur. Les vins dégustés dans une grande dégustation comparative seront hiérarchisés de façon bien plus conforme à leur valeur propre et les notes plus crédibles auprès du public.

Certains producteurs enfin, le plus souvent de la famille des vignerons « rebelles », vont encore plus loin et considèrent que leur produit ne peut être dégusté que par des critiques ou des amateurs et clients potentiels déjà acquis à leur cause. Ils considèrent que leurs vins nés de pratiques culturales et œnologiques différentes, entendez évidemment bien plus honnêtes et conformes à leur idéal, choqueront au milieu des autres. Ils sont renforcés dans cette idée par les nombreux rejets des organismes indépendants de contrôle des appellations au cours des dégustations obligatoires de labellisation. Dois-je leur rappeler que leurs vins n’ont pas pour vocation de dormir dans leurs caves et qu’ils sont commercialisés comme les autres et donc sous le regard du public et des critiques ? Il n’y a aucune raison de leur accorder le privilège de l’indifférence. Mais qu’ils se consolent. Le manque de place dans les guides ou les revues, la difficulté d’accès à leurs produits ou la commisération que nous éprouvons pour eux, née du fossé qui existe entre la noblesse de leur idéal et la médiocrité de quelques-unes de leurs œuvres font que nous parlons moins d’eux que nous le devrions. Hélas, l’addition de tous ces particularismes et de toutes ces frilosités ne facilite guère notre tâche et chaque année rend nos marathons de dégustation, si utiles à des milliers d’amateurs qui nous font confiance et nous le font savoir, de plus en plus pénibles et compliqués. Au moment même où nos vins ont besoin de conserver leur place traditionnelle dans notre société, attaqués qu’ils sont de tous côtés par les lobbies anti alcooliques et les ayatollahs de la santé publique, cet état de choses est vraiment navrant.


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1 COMMENTAIRE

  1. Pour l’amateur de base, tout cela semble un peu byzantin.
    Que recherche t’on, finalement, dans le travail d’un critique ?

    a : qu’il nous décrive le vin avec ses connaissances supérieures aux nôtres
    b : qu’il nous dise où il se place dans une hiérarchie locale/d’AOC/de millésime
    c : éventuellement, aussi là où il se place en RQP.

    Bien évidemment, le travail préalable que doit faire l’amateur est, à base d’exemples, de voir dans quelle mesure son goût se rapproche de celui du critique. C’est une approche standard aux USA.
    Mais tout aussi bien évidemment, le critique est là aussi pour nous apprendre des choses qu’il peut formuler eu égard à ses connaissances qui nous sont supérieures.

    Sachant cela, il est que temps que producteurs et critiques commencent à comprendre qu’on n’est pas des benêts et qu’un vin, in fine, est un produit qu’on achète et qui doit offrir ± des satisfactions à la hauteur du prix payé.

    J’ai lu ce que Monsieur Bizot a écrit : cela me paraît un peu abscons et donne l’impression, peut-être fausse, qu’on n’a pas le droit de raisonner ainsi. On se demande bien pourquoi.

    Il est quand même étonnant que tant de gens s’inscrivent contre l’aveugle. Fatalement, cela génère des conclusions pas vraiment en leur faveur tant il est vrai, que dans bien d’autres domaines, les analyses, les présentations de journalistes-critiques se basent sur des comparatifs et non sur des absolus.

    Maintenant, sur un plan pratique – et on l’a écrit à plusieurs reprises – on peut concevoir que les vignerons, en souci de cohérence et en souci financier, peuvent dire à la critique : “venez à telle date, chez untel ou autre, et vous dégusterez à l’aveugle ou non, le même jour, le même jus, dans le même contexte. Car ouvrir un GC pour une seule personne, ce n’est pas vraiment économique.

    Mais allez faire venir ici ou là le même jour un Dupont, un Gerbelle, un Maurange, un Burtschy, un Perrin et autres Quarin, ça oui, ça ce serait un miracle… car enfin l’amateur pourrait comparer des notes comparables et donc se trouver le zeus le plus en phase avec son propre goût.

    On le voit : c’est un beau chemin de Damas.

    • Il n’y a pas de Zeus … ou plutôt si Zeus est en toi !

      C’est un chemin, mais pas un chemin de Damas … plutôt un chemin de compagnonage.

      Il faut lire mais surtout gouter, gouter, et encore gouter … dans un club et puis un autre, un caviste, et puis un autre, un vigneron et puis un autre …

      Chacun a sa sensibilité gustative, son histoire …

      Chacun a sa vérité et ses contraintes (cf. le livre Vino-Business).

  2. De quoi parlez-vous au juste? Que certains vignerons ne vous fassent pas confiance, c’est normal. Surtout s’ils ne partagent pas vos points de vue sur le vin. Je comprends tout a` fait qu’ils n’aient pas envie de cautionner votre guide qui n’est pas non plus incontournable a` mon avis.

    • Mais bien entendu c’est votre droit de le penser et de l ‘ecrire. Heureusement 98% de nos bons viticulteurs ne pensent pas comme vous. Mais pour d’autres ce ne sont pas les raisons que vous citez qui les pousse! La peur du regard d’autrui qui ne pense pas comme vous certainement ou la frilosité ou l’idiotie.

  3. A bien relire l’intervention de M. Bizot ainsi que vos articles, en particulier celui mentionné des « bio-cons », il ne me semble pas que vous soyez si éloignés l’un de l’autre.

    Votre jugement est essentiellement motivé par le goût du vin, mais vous reconnaissez aussi dans votre article l’intérêt gustatif des vins menés en biodynamie.

    M. Bizot en tant que vigneron est dans une recherche pour révéler pleinement le produit en limitant autant que faire se peut les interventions techniques au chai.

    Ceci étant dit M. Bizot ne semble pas vouloir se contraindre par une certification Bio ou Biodynamie. Et il souhaite que vous preniez parti en tant que membre influent du monde du vin sur le virage écologique de la société.

    Il existe de fort bons dégustateurs engagés – j’allais presque dire militants – pour les vins bio/biodynamie. Pour autant faut-il que les dégustateurs professionnels « généralistes » prennent parti sur ce sujet ?

    Si M. Bettane faisait profession de foi pour le bio en donnant plus de crédit à des vins à cause de leur méthode d’élaboration indépendamment de leur intérêt gustatif, quelle serait sa légitimité pour juger des « autres » vins ? Ces vins-là méritent bien qu’on s’y intéresse.

    Ensuite, avec quels outils le ferait-il ? Mis à part les procédures des organismes de labelisation/ certification comment juger ? Comment faire le distinguo entre un discours poétique mais fallacieux sur le « raisonné » et le producteur qui véritablement prend des risques mais ne peut se permettre de ne pas recourir certaines années aux traitements chimiques et donc refuse les contraintes de la certification ?

    Il y aurait certainement des choses à faire en distinguant le travail du sol des traitements fongiques qui dépendent plus de la météo.

    A titre privé, la liberté sans contraintes (à savoir le « raisonnée » de M. Bizot) rencontre son public. Mais en tant que membre responsable au sein de sa structure professionnelle, son propos ne marche plus : faire évoluer les choses dans son appellation appelle des pratiques lisibles et donc contraignantes. Sinon on est soit dans le désordre ou dans la muséification.

    Et laissons de côté l’Etat ou le critique du vin. Les syndicats viticoles ont le pouvoir de définir où ils veulent aller et de facto eux seuls ont ce pouvoir. L’appellation est leur bien commun. C’est leur vin, leur terre et leur business.

    Et bon courage aux “évolutionistes”, le jeu en vaut la chandelle !

  4. A Pierre K.

    Allons plus loin : si un producteur souhaite produire en dehors des règles de son AOC, a t’il le droit, oui ou non, de mettre un vin sur le marché avec une dénomination simple en partant du principe qu’il a ses clients habituels et fidèles qui n’ont pas besoin d’un nom d’AOC pour commander son vin ? C’est bien ce qui s’est passé à Trévallon si je ne me trompe.

    Enfin, un journaliste, un critique est bien au service du consommateur et lui, ce qu’il veut, c’est un vin qu’il va aimer. Qu’ensuite, on lui dise, on lui donne des informations expliquant l’approche du vigneron, pourquoi ses vins ont tel ou tel style, là on est OK.

    Mais je ne vois vraiment pas au nom de quoi je DEVRAI aimer un vin parce qu’il a été réalisé de telle ou telle façon. Qu’on me dise de l’essayer, de comprendre son approche, soit. mais qu’on me dise que je dois l’aimer parce que ci ou ça, là, à mon avis, on va trop loin.

    Vous avez parfaitement le droit de me dire que je suis sommaire de sommaire : j’accepte 🙂

    • Pour le premier point :

      Les exemples existent. Personnellement je me souviens avoir gouté Elodie Balme dans le Côtes du Rhône qui s’est mis en Vin de France (6€) parce qu’elle avait une parcelle de merlot, Antoine Arena avec son bianco gentile VDF en Corse (27€). Je ne me souviens plus des noms mais il y en a aussi dans la Loire qui se sont fait déclassés parce qu’en dehors du cadre gustatif …

      Cependant, je ne suis pas juriste et je ne connais pas d’exemple en Bourgogne, en Champagne ou en Alsace (les déclassés partent plutôt en eaux de vie) …
      Ou plutôt si en Alsace il y a des vignerons qui mettent sur des terroirs de grands crus des cépages non reconnus (pinot noir V de Muré, F de Beck-Hartweg, sylvaner Z de Seppi Landmann …) et ne revendiquent pas l’appellation Grand Cru. Et cela se vend bien.

      Dans le Languedoc Roussillon il y a de très très belles choses en IGP …

      Un gars (ou une fille) qui a de très bons produits n’a pas besoin de l’appellation. Là évidement les critiques, cavistes, revues, sites … ont un rôle crucial. Il faut quand même un réseau « connaisseur » (critiques, cavistes, importateurs …), des amateurs éclairés pour que les pépites soient reconnues.

      Après il y a la très grande masse des anonymes où sans appellation, point de salut. Ou certaines appellations prestigieuses à l’export où on achète l’étiquette.

      Pour le second point :
      On est d’accord, ce qui compte ce n’est pas la recette mais bien le gâteau. Et Michel Bettane sera certainement d’accord aussi.

      Mais le papier de M. Bizot ne dit pas vraiment cela (quoique si on extrapole son propos …) il dit en substance (si je l’ai bien compris) : 1/ l’appellation doit laisser un espace de liberté pour innover en son sein et 2/ l’écologie est à prendre en compte dans la viticulture. D’où mon commentaire : le devenir de l’appellation est un problème à traiter par leur profession, et personne d’autres.

      Après il dit aussi pour faire simple : M. Bettane, 3/ prenez compte de la particularité des pratiques dans vos notations (c’est là où en extrapolant on en vient à dire que le consommateur doit acheter/aimer le gâteau aussi du fait de sa recette) et 4/ positionnez-vous sur des pratiques viticoles et vinicoles plus écologiques. Et là – voir mon commentaire – il se trompe encore d’interlocuteur.

      A mon humble avis.

      • J’ai été apparemment abscons – vous voudrez bien m’en excuser mais je maintiens qu’on a le droit raisonner ainsi – et je me suis peut être fait mal comprendre. Vous êtes le seul à avoir noté que l’essentiel de mon texte ne se rapporte pas à la dégustation à l’aveugle, remarque incidente montée en épingle, mais à un problème d’environnement. C’est pourquoi je me permets d’intervenir ici. J’en avais averti M. Bettane à la suite de son premier post.
        Concernant cet aspect écologique, les problèmes auxquels nous sommes confrontés dépassent le cadre de l’appellation : les ODG n’ont ni les moyens ni les pouvoirs de faire face. Ce n’est pas leur rôle : c’est toute la production viticole qui est concernée. Les enjeux se placent en outre à un niveau qui dépasse le clivage conventionnel/ bio. Le problème des traitements dans les vignes quel qu’il soit devient crucial, et nous nous dirigeons tranquillement vers une impasse. Technique, déjà, puis sociétale. Autrement dit, une crise.
        Si j’ai interpelé Michel Bettane à la suite d’Olivier De Moor, c’est sur ce point, qui n’est pas le bio/pas bio, ou aimer le gâteau à cause de la recette, pour vous citer. Je ne demande nullement à M. Bettane de scinder ses dégustations en deux, en trois ou en même en cinq, suivant les modes de production. Aucun intérêt. Simplement d’aller interroger ce qui se cache derrière le cahier des charges, qui est un beau paravent : notre modèle de production viticole. Les petites ou les grandes dégustations, à l’aveugle ou non, très bien. C’est le travail des critiques, ou le plaisir de certains amateurs. Mais M. Bettane a une importance dans la monde du vin qui dépasse largement ce simple rôle de dégustateur. UN peu un sage de notre monde viticole. C’est pourquoi je lui demandais, en reformulant la question d’Olivier De Moor, s’il avait pris conscience de la précarité de ce modèle. Dans 15 ans, 20, peut être 25 au plus, la question ne sera plus la façon de déguster, mais de savoir où on peut produire, si l’on n’a pas répondu à la question de comment produire autrement. Je pense sincèrement qu’il peut jouer un rôle à notre niveau au moins (filière viticole), dans la perception de cette question essentielle. Ne pas le faire, c’est chanter “tout va très bien Madame la Marquise”.
        Au moment même où nos vins ont besoin de conserver leur place traditionnelle dans notre société, cet état de choses serait vraiment navrant.

        • A mon tour d’être mal compris.

          Votre démarche est louable et vous honore. Et, en tant que citoyen de cette planète, je vous soutiens à 100%.

          Mon père était vigneron et mon frère est viticulteur. C’est pourquoi je vous dis que c’est à la profession de travailler à « comment produire autrement ». Premièrement parce que c’est un sujet technique pas simple et deuxièmement parce que les services de l’Etat (ou l’Europe) ne bougeront que s’il y a consensus dans la profession (ou s’il y a crise).

          Après effectivement, j’avais cru comprendre que vous souhaitiez une attention particulière du dégustateur en fonction des pratiques en amont, ce qui ne me paraissait pas faisable pour un critique comme M. Bettane. Autant pour moi.

          Maintenant si la question est quelle est l’analyse de M. Bettane sur le mode de production viticole … on a hâte de le lire la suite 😉

        • Tiens parlons concrètement M. Bizot.

          Pour commencer sujet simple : les herbicides on les interdit ? y compris sous le cep ? Tous vos collègues sont partants pour labourer ou enherber et rendre une vie à la terre.

          On peut ensuite se pencher sur la limitation des engrais. Là c’est plus dur des intérêts économiques vont se manifester.

          Et pour finir les traitements par pulvérisation sur la vigne. Là je dois avouer que je ne me suis pas fait de religion mis à par la modération.

          • Merci pour vos questions : nous en sommes au même point. Ca me rassure. Et c’est là qu’est l’impasse.
            Effectivement, d’accord avec vous, c’est à la filière de se prendre en charge. pas à l’Etat, ni à l’Europe. Ni aux firmes.
            Ce n’est pas vous qui avez dit que j’étais abscons, mais Mauss. Comme je me doute qu’il a dû lire nos échanges… c’était pour lui, en passant.

    • Aussi, l’amour ou le plaisir ne se prescrivent pas.

      Ma première prof d’oeno refusait qu’on émette un quelconque jugement si on aime ou pas. Il fallait analyser et décrire. A l’époque je n’avais pas compris …

  5. Je suis d’accord avec Pierre qui a parfaitement compris et mon point de vue et celui de Bizot qui est d’ailleurs un vigneron que je respecte beaucoup et avec qui l’on peut échanger librement sur nos deux mondes et nos deux égoïsmes, celui de la production et celui de la critique. Tenez, récemment son Echezeaux 2003 était vraiment superbe et pourtant il ne serait pas autorisé aujourd’hui à porter son nom car les dégustateurs ne manqueraient pas de constater un niveau d’acidité élevée non conforme au cahier des charges! Mais je suis sûr que le viticulteur serait d’accord pour dire que le vin aurait été encore plus abouti (je ne dis pas “meilleur”) avec un tout petit peu moins d’AV. Le drame est que les vins médiocre eux et dieu sait qu’il y en a en Echezeaux ne sont que très rarement refusés. Nos sociétés civiles sont imparfaites mais si chacun adopte sa propre loi c’est encore pire!

  6. Bonjour à vous,

    Aucune provocation de ma part.

    Jean Yves a parfaitement reformulé la question et le fond de ma pensée.

    Le problème n’est pas une nouvelle facette d’une opposition bio-non bio. Mais celle d’un constat que les odg (j’y ai participé) n’ont pas les moyens juridiques de poser ce que je pense comme une nécessaire évolution. Le paravent déployé actuellement est de dire qu’il y a eu des progrès. Peut-être, sans doute, mais sont t-ils suffisants pour la pérennité de la vigne ? Du métier ?

    J’ai insisté au cours de mes échanges avec M. Bettane et avec d’autres sur cette question que je pense vitale. Je n’ai peut-être pas été assez concis dans les termes et dans les propos. Car dans une attaque je j’ai eu un aspect de ma formation a été que pour la légitime défense, elle doit être proportionnelle et instantanée. Je devais répondre vite.

    Donc il serait bien que M. Bettane formule le problème et exerce son analyse.

    Par empathie, je me suis souvent demandé comment je pourrais faire ce métier de journaliste. Je n’ai pas la compétence pour la réponse. Cependant effectivement ma préférence, en tant que vigneron, va vers une rencontre avec le journaliste et la dégustation des vins de la gamme. Elle demande deux conditions: le temps et les moyens pour le journaliste dégustateur de faire ce travail. Et l’honnêteté et la franchise du vigneron. Cette dernière condition n’est pas gagnée non plus.

    Sur la dégustation à l’aveugle, j’ai en effet beaucoup de réserves. Mais les argumentations sont valables. A savoir avoir une vue généralisée du millésime en un lieu donné. Je me méfie de la compétition c’est sur. Sur quelles bases ?
    Mes réserves sont à lier au vin par lui-même. Sur 2011 et même 2012 je n’aurait pas été aussi réticent à une dégustation généralisée. Les raisins étaient parfaitement sains et parfaitement murs. 2013 fut ici d’une complexité incroyable. Millésime très tardif, coulure et pluie avant les vendanges. Résultat une pourriture derrière laquelle il fallait courir.
    Un tri compliqué entre toutes les formes de pourriture et malgré tout attendre pour être mur. Résultat 23 HL/ha. Ok ça va faire rigoler les gars du sud qui vont dire qu’ils ne font jamais plus. Mais ça va faire rigoler mes voisins qui ne peuvent pas vivre avec de tels niveaux.

    Donc comment une dégustation à l’aveugle permet de distinguer tout cela ? Je n’ai jamais remis en question vos qualités de dégustateurs. Cependant dans les moyens permis tant à la vigne qu’à la cave il y
    a des chemins bien différents. Qui ont des conséquences redoutables.

    Voici une quinzaine d’année un journaliste américain qui écrivait dans le WINE SPECTATOR, Matt Kramer, expliquait, faisait l’aveu, que quand il dégustait un vin, il lui était de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux ( c’est un raccourci critiquable, je n’ai plus la formule exacte) le raisin du reste.

    Soit effectivement on fait abstraction de ces questions. On considère que celui qui est le meilleur est celui qui l’est “gustativement”. Dans ce cas j’ai tout faux. Soit à l’inverse on pose d’autres questions pour ce que Jean-Yves présente comme des questions d’avenir.

    Bonne journée,

    ODM

    • Sur de nombreux points je suis en désaccord avec Olivier de Moor sauf un : une inquiétude inévitable vis à vis de certaines dérives agronomiques si l’inter profession ne les reconnait pas et ne cherche pas à les ralentir (et dans la foulée à y mettre un terme). Mais sur la question du goût, du bon, du pas bon , du vrai ou du faux (j’ai bien vu ces adjectifs) cela n’a rien à voir avec ces pratiques. On a fait des vins de forte personnalité sur des sols morts (par exemple ceux anéantis par le sulfure de Carbone lors de la lutte contre le phylloxera! ) Derrière les inquiétudes de De Moor se cache celle que son vin -qu’il croit (tout à fait honnêtement mais aussi puérilement) meilleur que ceux de ses confrères parce qu’il affirme avoir mieux travaillé- soit moins bien noté, chose insupportable pour lui. En fait si le dégustateur est honnête, lui aussi, le vin sera bien noté s’il semble bon. C’est trop facile d’imaginer que les tricheurs trompent le monde alors que les honnêtes ,d’une certaine façon, le trompent aussi en voulant à tout prix qu’un vin difficile à faire soit mieux réussi chez eux que chez les autres; qu’ils ne dégustent d’ailleurs jamais à l’aveugle, mais en sachant comment ils travaillent ou en croyant le savoir. En tant que journaliste du vin je me dois d’informer après enquête sur les dérives de la viticulture (je ne me suis jamais privé de le faire depuis trente ans) mais en tant que juge je n’ai pas tenir compte des moyens mis en oeuvre mais des résultats. Et il m’arrive à moi aussi de me tromper. Oui le meilleur est le meilleur gustativement, et non seulement je crois mais je suis sûr qu’ Olivier sur ce point a tout faux et qu’il le sait en plus! D’où mon énervement, ce qui n’ôte rien à la sympathie que j’ai pour sa démarche de viticulteur.

      • Pendant longtemps, j’ai raisonné comme Olivier, sur des questions au final purement subsidiaires : rendement, pratiques en cuverie etc. C’est Epictète qui m’a fourni la réponse : on ne peut reprocher aux autres ses propres choix. Pour expliciter, à une époque, je disais : “les cons, ils font plus de ou moins de… ” Maintenant, si ça ne marche pas aussi bien que mes voisins, je dis : “le con, c’est moi”. Ca n’a l’air de rien, mais c’est un grand pas !
        Mais lorsque l’on touche à des questions plus fondamentales, comme celle évoquée, c’est un peu plus compliquée. Soit donc effectivement, on continue à dire que le meilleur c’est ce qui l’est gustativement, sans intégrer d’autres facteurs. C’est justifiable et rationnel. Mais alors on continue à chanter la petite ritournelle que j’évoquais plus haut. Soit on intègre ces autres facteurs qui correspondent à des données autres que le produit final lui-même. C’est tout aussi justifiable et tout aussi rationnel. Mais le jugement, je vous l’accorde, ne gagne pas en clarté ni en précision. Vous semblez avoir choisi, Michel, et sur le plan de la critique pure, c’est peut être le choix le plus raisonnable.
        Lorsqu’on compare l’avion solaire avec un avion normal, c’est sûr qu’il vole moins vite, est moins performant, et parait presque d’une époque révolue. Mais si je devais faire un dessin du futur, c’est lui que j’y représenterais. Je sais très bien – je l’ai rappelé – ce que vous avez pu écrire et dire sur la viticulture et ses dérives. C’est la raison pour laquelle Olivier vous a interpellé et que j’ai pris le relai. Où se trouve notre futur ? dans ce qui se pratique aujourd’hui, et qui assure sans conteste de belles réussites. Ou dans ce qui est peut être moins abouti, mais ouvre des perspectives.

        • Belle citation Epictète. L’esprit y gagne aussi en sérénité.

          Mais restez sur Epictète. En individuel et en collectif. Proposer des choses et peut être, comme pour le lait cru de mon lien, vous serez surpris. On est jamais à l’abri d’une surprise.

          J’ai adoré cette discussion. A+

      • Je n’ai pas lu ici qu’il pensait que son vin était meilleur en soi ou du fait de son mode de production ou qu’il devait être traité d’une autre manière (mais peut être ai-je mal lu). J’ai surtout ressenti une inquiétude économique et le sentiment diffus d’une “concurrence faussée” du fait du mode de son production choisi.

        23 hl/ha c’est quand même pas terrible. Après soit on reste en bio ou on en sort. Chacun fait son calcul. La météo est ce qu’elle est. Avec une année comme 2013, on a le droit d’avoir des sueurs froides et des nuits blanches.

        Et d’un autre coté, on n’attend pas autre chose du critique – non engagé – que de juger sur le seul critère du goût.

        C’est certainement cruel et facile à dire mais à chacun son métier.

        Maintenant peut être que les collègues n’ont pas mieux fait. On ne saura pas …

  7. M. de Moor, je comprends oh combien votre état d’esprit.

    Maintenant, franchissons le miroir, prenons ma casquette de consommateur. Je ne dis pas que je représente les consommateurs, c’est juste pour faire avancer la réflexion.

    Le goût est indiscutablement un de mes tout premiers critères d’achat. Mais pas le seul.

    Prenons l’exemple de l’achat de renouvellement de mon électroménager. Passé l’encombrement et la couleur, mes deux critères étaient la performance énergétique (le code A/B/C…) et le fait d’être fabriqué en France. J’ai mis plus de temps à choisir et cela m’a couté un peu plus cher mais on y arrive (lorsque c’est encore possible).

    Sinon je fais mon tri sélectif et j’enrage presque tous les week-ends de ne pas savoir si mon lait bio ou ma crème d’Isigny ou mon beurre AOC est fait ou non avec de l’ensilage de maïs (un autre désastre écologique). Maintenant je n’achète pas que du bio et je ne suis pas non plus abonné au Rouge et Blanc.

    Cependant, je n’hésiterai pas deux secondes le jour on me donnera une indication sur les pesticides (par exemple de type A/B/C…) pour rejeter telle bouteille et préférer telle autre.

    Pour conclure – après ce détour qui je l’espère ne paraitra pas trop narcissique – une fois posé la question des pratiques écologiques, et une fois passée la déclaration de bons sentiments, ce type de projet ou d’initiative ou tout autre projet qui permettra de donner d’autres repères au consommateur ou a fortiori qui définira des contraintes nouvelles pour les producteurs, il est bien à construire en premier par votre profession, non ? Je ne voie pas qui d’autres le pourrait.

    Sinon tout cela donne furieusement envie de gouter vos vins à tous deux 🙂

    PS : petite lecture encourageante où se mêlent intérêts économiques, corporatistes et le « goût »
    http://www.socheese.fr/dossiers/article/apres-la-bataille-du-lait-cru-la

  8. Monsieur Bettane,

    Je n’ai jamais prétendu dans ce que j’ai écrit que mon vin était le meilleur.

    J’expliquais à Jean-Yves que plutôt qu’une compétition cycliste avec ses dérives, je préférerais faire du cyclotourisme.

    Mon problème pourrait se résumer ainsi: L’Etat au travers de l’INAO et des ODG n’a pas les moyens ou ne veut pas se confronter à ce type de problème. J’entends par là les moyens d’une véritable progression “environnementale”.

    Pardon également, mais l’interprofession non plus ! Elle peut nous guider et comment dire collecter des données. Ce qu’elle fait. Mais elle ne peut imposer légalement je pense un chemin. Mettre des panneaux indicateurs si! Jean-Yves peut préciser, il est très bien placé pour expliquer.

    Donc le marché fait le tri, avec ses codes, ses réseaux, ses repères que l’on veut bien trouver.

    Ce que vous semblez ne pas considérer, faire semblant de ne pas comprendre, c’est que je vous transfère une responsabilité énorme: ce travail de consumérisme global qui est le vôtre, cette responsabilité énorme ne peut plus se faire sans aborder ces questions de fond. Par les seules dégustations à l’aveugle.

    Mes vins, leur promotion éventuelle au final n’ont rien à voir la dedans. C’est du négligeable. A négliger. Croyez-moi bien! Avec l’expérience j’ai subit des critiques et des compliments. Là n’est pas l’essentiel. On se forge une carapace.

    Ma question elle n’est plus négligeable, à déformer comme un mouvement d’humeur. Un calcul tordu. C’est une doléance pour le bien de tous.

    L’information collective est pour le bien de tous consommateurs, producteurs, et en terme de concurrence tant interne, qu’à l’étranger doit se faire à la lumière des conditions de production, comme de la dégustation. Mais l’un ne va pas sans l’autre.

    Où je comprends avoir choqué c’est sur la notion égalitaire d’une dégustation à l’aveugle. Je suis en train de lire un bouquin à Todd mais pas celui de la controverse. L’égalité en France est le fondamental de notre démocratie. A l’inverse des autres grandes démocraties où priment la liberté. Une dégustation à l’aveugle n’est plus égalitaire, je le regrette certainement autant que vous. Car elle néglige le mille-feuille des conditions de production: c’est devenu un outil qui permet la dérive et le manque d’ambition environemmental au minimum.

  9. “En fait si le dégustateur est honnête, lui aussi, le vin sera bien noté s’il semble bon.”

    Je reprends dans votre texte:

    – “si le dégustateur est honnête” : j’en appelle au sens de l’honnête homme du XVIIIe siècle !

    – “s’il semble bon”. C’est là notre point de désaccord.
    A l’apparence doit au minimum s’accompagner les questions de fond, le chemin qui a conduit au résultat.

  10. Me trompe-je si je dis qu’une sorte de consensus ressort de ces échanges passionnants ?

    a : in fine, on attend d’un journaliste qu’il nous dise pourquoi il aime ou non tel vin car on ne doit jamais oublier le but final : apporter plaisir et émotion

    b : mais on accepte tous, et avec une réelle empathie pour le monde des vignerons, de soutenir ceux qui veulent changer les choses en fonction des expériences du passé qui ne sont pas toutes positives et en fonction des priorités “écologiques” (mot réducteur et trop vaste à la fois) qui doivent participer aux évolutions nécessaires des vignobles européens.

    Mes excuses à Monsieur Bizot pour n’avoir point eu l’ouverture d’un esprit encore trop confiné aux seules attentes gustatives du produit final.

    • Consensus Mauss ? Je n’ai pas l’impression. Il me semble plutôt qu’on revient au point de départ. Mais on a réussi à s’écouter, ce qui est déjà énorme. A+

  11. Reprenons 2013 qui a ete terrible en Bourgogne. En dehors des PC et GC le raisin etait soit pas mur, soit pourri. Pour faire quelque chose avec ce millesime il aura fallu faire un travail enorme.

    Tres difficile a` mon avis d’evaluer les vins avec une simple degustation a` l’aveugle surtout maintenant. Dans 10 ans oui certainement une degustation a` l’aveugle dira sans faille qui a vraiment bien travaille’.

    Meme les millesimes 11 et 12 sont delicats a` evaluer…

    En bref, c’est un peu le gros probleme des guides comme B&D ou de ce que faisait Parker avec les primeurs bordelais.
    Comment evaluer des grands vins tot,
    et de surcroit en degustation aveugle?

    De plus je doute vraiment d’une degustation `a l’aveugle par un public non-expert. Dans le cas present des 2013 je ne suis pas du tout certain qu’un vin se goutant bien ou procurant du plaisir maintenant a` Mr Lambda, soit vraiment un grand vin. Vu la qualite des raisins en 2013,je pense que beaucoup ont “travaille'” en cuverie pour faire des vins “buvables” ou “acceptables” mais ce type de vins corrige’s qui peut bluffer Mr L. dans une degustation comparative, ne sera jamais interessant (selon moi bien sur mais j’ai raison parce que c’est moi qui paie :-)).

  12. C’est assez bizarre ici l’ordre dans lequel les billets se mettent en ligne. Bref : on écrit des réponses à un moment de lecture alors qu’en fait, la main invisible rajoute des billets qui peuvent changer votre opinion.

    Histoire de mettre l’olio sul fuego, via Mike Steinberger, un twitt de Parker qui va faire jaser (mais moi, me fait rire dans ses excès) :

    “« Le mouvement Jihadiste de vins sans soufre, verts, issus de raisins pas mûrs, faibles en alcool, oxydés et puant la fosse à purin sont des trucs pour masochistes promus par la police anti-plaisir…. » Robert Parker sur Twitter”

    Origine : le blog des 5.

    On n’est pas sorti de l’auberge 🙂

  13. …On a fait des vins de forte personnalité sur des sols morts (par exemple ceux anéantis par le sulfure de Carbone lors de la lutte contre le phylloxera! )…
    Pas longtemps Monsieur Bettane; pas longtemps … Ce genre de phrase un peu toute faite laisse à croire qu’on peux faire de grands vins sur des sols morts… On peux surement faire de bons vins béquillés, parfaits et … chiants ! ( ça m’a échappé, désolé) mais des vins vivants ça non !

    • C’est vous qui le dites. Bèquillée la Conti 1929 on aura tout lu et vu. et le tout chimique Cros Parentoux 1985. Une chose est une préférence morale légitime pour une viticulture respectueuse une autre la stupidité simplificatrice d’illuminés se posant en sauveurs du vrai vin!

    • Tout faux. tout le monde sait que je n’ai jamais eu la moindre admiration pour Henri Jayer! Mais c’ètait un exemple de vin culte issu d’une viticulture non conforme à votre idéologie simpliste et manichéenne. votre réaction montre un manque de sang froid et de savoir vivre qui en dit long sur la famille de pensée que vous croyez défendre……

  14. Bonjour Mr Bettane. Je ne veux pas polemiquer pour polemiquer… J’ai esquisse’ un sourire lorsque vous avez evoque’ la Conti 29 ou Jayer 85 parce que je pense que votre argument etait pueril. On peut rigoler un peu, non?

    Sachez que je ne defends en rien les “natures”, ni les “biodynamistes”. Je pense que dans les deux cas, il s’agit d’escroqueries intellectuelles.

    Par contre j’ai parfois du mal a` vous suivre. Par exemple quelle est votre position vis a` vis de la mouvance “biodynamique”? Parfois vous faites de la publicite pour certains domaines a` l’avant-garde du mouvement (ex. Domaine Leflaive…) alors que par ailleurs vous decriez ci-dessus les vignerons revendiquant les “sols vivants”.

    Pour revenir a` la degustation a` l’aveugle sur des primeurs qui etait le sujet de votre communication. Si elle est reellement votre unique critere d’evaluation, je suis sceptique quant a` votre methodologie. Je ne doute pas de vos connaissances des producteurs et vous devez tres certainement en tirer parti pour vos evaluations. Je ne comprendrais pas que vous ne le fassiez pas.

    PS: Je pense que Dom. Leflaive font des bons vins par contre leurs arguments biodynamiques sont insupportables pour quiconque a fait un minimum d’etudes (scientifiques).

    • C’est simple ce qui compte c’est ce qu’il y a dans le verre indépendamment des chapelles et clans.Chez B et D les vins que nous aimons ont de meilleures notes que ceux que nous aimons moins! et il arrive souvent que de belles expressions de terroir soient produites sur des sols non bio…..

  15. “C’est simple ce qui compte c’est ce qu’il y a dans le verre indépendamment des chapelles et clans”

    Comment se fait-il que cette évidence première ne soit pas comprise par autant de monde ?

    Au nom de quels principes on devrait moduler l’opinion qu’on porte sur un jus ?

    On peut, bien sûr, tenir compte de l’histoire connue du cru, sa capacité à évoluer en bien après une enfance et adolescence discrète, mais in fine, c’est bien un jus qu’on doit noter et non une étiquette… ou quelques principes dont les origines sont parfois… disons… aléatoires et aux noms cachant des choses bizarres.

  16. Bonjour à vous,

    Moi aussi les clans, les chapelles m’agacent. Tout autant que de se voir collée une étiquette, être caricaturé, lire des noms d’oiseaux, des déformations de propos:
    ça ne fait pas avancer l’analyse du problème.

    J’ai des amis partout qu’on pourrait réduire à des Natures, Bio, Biody, sans soufre, avec, à cheval, à moteur, même à roundup quand ils sont au bord du gouffre. A machine. Tous prennent chaque matin un parcours de la peine, et gèrent la frustration du manque de moyen pour travailler.
    Donc comment fait-on pour que nous nous donnions les moyens d’élever nos pratiques ? Comment finance-t-on la recherche pour que l’on puisse continuer ce métier.

    Inspirez vous d’Erasme, prêtre catholique qui visitant Rome considère le trafic des indulgence, et fait tout pour éviter un affrontement stérile avec les Protestants. Car au fond ces deux camps ont la même idée.

    Oui, la dégustation à l’aveugle m’insurge. Pourquoi?

    Prenons l’exemple du Jugement de Paris en 1976, issu d’une dégustation à l’aveugle organisée par Steven Spurrier. Cette procédure a-telle fait ressortir un résultat? Les vins californiens étaient-ils meilleurs que les français. Etaient-ils mieux faits? Devait-on seulement considérer le plaisir procuré par le vin dégusté? Le jury était-il le bon ? Le lendemain la dégustation aurait-elle donné le même résultat ?

    Cette dégustation a été discutée. Que peut-on en penser ?

    Admettons que la dégustation à l’aveugle fasse ressortir la seule vérité qui serait dans le verre. Elle oblige de fait dans cette compétition à mélanger tout les itinéraires techniques: la main de l’homme seule, les levures naturelles et éxogènes acidifiantes, désacidifiantes, neutres ou pas, les “correctifs”, la cryoextraction, l’osmoseur,la pvpp, et tant d’autre. Le résultat est que n’importe qui ainsi peut sortir du chapeau. Et malheureusement pas celui que l’on aime. Je précise, je veux dire celui issu des coûts de production les plus faibles. La conséquence alors est de donner l’idée que le meilleur vin est issu de ces pratiques. On peut l’admettre mais la conséquence est de stimuler la production de cette façon. Alors comment dégageons-nous économiquement et collectivement les moyens dont nous avons besoin pour nos questions d’avenir ?

    L’autre hypothèse est que à l’aveugle on reconnaisse par son style le vin issu des pratiques en apparence les plus simples. La main de l’homme et jouer avec la nature. Ce sont malheureusement les plus chères. Les vrais vendanges botrytisées, le tri assumé même en sec, et surtout en rouge peuvent être heureusement détectées à l’aveugle. Dans ce cas lors de son jugement à l’aveugle le dégustateur n’introduit-il pas un aspect du chemin qui a donné naissance au vin ? Et alors pourquoi le journaliste à mes yeux ne fait qu’une partie de l’analyse ?

    • et si les pratiques les plus simples n’etaient pas les meilleures comme votre credo le sous entend c
      car simple n’est pas l’équivalent d’authentique mais souvent synonyme de paresse ou de routine? et si à l’intérieur du domaine de la main de l’homme certaines petites mains étaient plus douées que d’autres cela n’apparaitrait pas plus clairement a l’aveugle? et si le viticulteur ne supporte pas l’idée qu’un visiteur trouve son voisin et plus encore son voisin co-idéologue meilleur que lui ne serait il pas tenté de lui fermer la porte de la cave et n’accepter que celui qui ne jure que par lui? Et croyez vous vraiment que plus de 10% d’experts ne soient pas influençables par la personnalité et la présence du vigneron sans parler de sa bouille ou de son origine géographique ou sociale?

  17. En n’oubliant jamais, Monsieur de Moor que la perfection n’est pas de ce monde, et donc avec toutes les insuffisances et défauts que peut avoir la dégustation à l’aveugle, prenez en compte, s’il vous plaît, de ce qu’on a fait au GJE pendant plus de 16 ans avec une moyenne de 5 dégustations annuelles. Vous verrez alors que d’un point de vue collectif, on peut en tirer des résultats intéressants et significatifs. Si cela n’avait pas été le cas, croyez bien que mes dégustateurs auraient quitté le GJE depuis longtemps.
    Maintenant, sur le cas de Paris, on a écrit à plusieurs reprises que cette dégustation de Spurrier (et j’en ai souvent parlé avec lui) avait mis dans le même sac des vins de millésimes différents au lieu de voir avec chacun des propriétaires de ces vins qu’ils offrent un millésime qu’ils estimaient être à son optimum. Croyez bien que cela aurait considérablement changé les résultats.

    Maintenant, admettons que vous restiez un irrésistible gaulois rejetant le principe de l’aveugle (un système dont nous avons été les premiers à évoquer les défauts, et Michel bettane en premier dans un édito fondamental dans la revue anglaise TWFW), que proposez vous ?

    Déguster en connaissant l’étiquette ? Vous rendez vous compte alors à quel point le jugement du dégustateur, consciemment ou non, va être influencé par sa vision du domaine, du propriétaire, de son chien gentil ou méchant, de l’AOC qu’il représente et tant d’autres facteurs qui vont biaiser son jugement ?

    bref : pour bibi, les défauts de l’aveugle sont infiniment moindres que les défauts de la dégustation ouverte.

    Mais bon, tous les avis sont discutables en la matière 🙂

  18. J’ai l’impression que nos amis bourguignons veulent que M. Bettane se transforme en un Juge Suprême, une sorte de Super-Prof-Viti-Oeno omniscient et omnipotent qui dirait du haut de sa chaire le bon et le pas bon, le bien et le mal, le vrai et le faux. Ce serait donc cela le remède à tous nos dérapages chimiques.

    Effrayant quand on y pense.

    Mais qu’on se rassure ils ne reconnaissent déjà pas le droit au consommateur d’acheter un guide qui note les vins sur le seul goût et selon une procédure établie, alors nul doute qu’ils seraient les premiers à contester un système sans critère et sans méthode.

    Car enfin quelles sont ces mortelles pratiques culturales … concrètement. Vu qu’il nous reste 15 ans avant l’apocalypse, ce serait bien de le dire haut et fort et de tenter quelque chose avec l’énergie du désespoir.

    Comme par exemple (autre suggestion) une association avec ceux qui veulent avancer, cf. Tyflo en Alsace. Oui je sais c’est trop modeste et cela ne sauvera pas le monde.

    Mais croire que le salut viendra d’une lointaine confrérie ou de l’archange Michel terrassant le dragon Pestycid, j’ai bien peur que l’esprit ne s’enferme dans une frustration plaintive, déprimante et vaine.

    A moins que toutes ces envolées aient pour seul fin de se voir accorder une faveur … ou de s’auto-justifier de ne pas s’être livré à la critique.

    • Euh… comprends pas tout.
      Libre à vous d’interpréter ces échanges comme vous ci-dessus, mais vous faites fausse route.
      J’ai trouvé quant à moi ces échanges intéressants, avec des interventions pertinentes, les vôtres, celles de M. Mauss ou de Michel Bettane. Je ne dis rien de celles d’Olivier ou des miennes, puisque nous sommes semble t-il sectaires !
      Au final, nous sommes d’accord sur :
      – un problème de fond : celui des traitements.

  19. Je poursuis (fausse manip):
    – il faut s’y atteler et tenter quelque chose. (Je ne suis pas su genre à attendre en me plaignant. Donc j’agis.)

  20. Mais l’énergie du désespoir n’est pas forcément le meilleur moteur. Autant anticiper.

    Quant à la dégustation à l’aveugle, nous ne sommes pas en phase. Nous sommes aussi d’accord là-dessus. Inutile de se prêter des intentions plus ou moins psychologiques et dirigistes voire carrément dictatoriales. N’ayez aucune inquiétude là-dessus

    Maintenant je ne connais pas l’association Tyflo ; je vais voir ce qu’ils font. Mais il n’y a rien qui soit trop modeste.
    J’ai lu le lien que vous aviez envoyé sur le fromage.
    Bonne journée.

  21. Bonjour à vous,

    Je regrette d’avoir abusé de votre temps mais cette question est essentielle.

    “Cerca, trova”

    . final pour ma part.

    Bonne continuation.

  22. Désolé M. Bizot, pour clarifier :
    1. Je ne vous traite pas de sectaire. Ce n’est pas mon vocabulaire.
    2. Je n’ai pas vraiment compris ce que vous faisiez concrètement au niveau collectif vu que vous renvoyez à une interprofession lointaine et que vous sembliez être «dans une impasse ». A l’inverse, je n’ai pas de doutes sur vos pratiques à la vigne.

    Mais ce sont surtout les propos de M. de Moor des choses qui me font perdre mon calme.

    Qu’y-a-t-il de mal dans la sélection des levures si cela permet de corriger des choses ? Si vous êtes contre la sélection de l’homme par principe, franchement, je ne sais pas ce que vous allez manger. Tiens, même la vigne « naturelle », vous vous souvenez celle qui n’était pas hermaphrodite, n’existe plus. Le pinot noir est aussi proche de Dame Nature que l’est le Teckel. Et sinon avez-vous déjà vu une vigne retourner à l’état sauvage ?

    Idem pour l’osmose et la cryogénation. Le vin de glace cela existe. Et le cidre de glace de nos amis canadiens aussi. Qu’y-a-t-il de mal à cela ? Si votre jus est dilué parce qu’il a trop plu et que votre vigne a pompé l’eau ou que votre raisin est trempé parce qu’il pleut et que vous n’avez pas le choix pour vendanger, c’est pas mal, non ? Bon cela coute les yeux de la tête mais sur le principe c’est quoi le problème ?

    Non la solution de votre ami consiste à convaincre M. Bettane de bien le noter car il est « sans intervention » et le vendre au client en lui bourrant le crane qu’il est « bon ».

    Ensuite, la phrase qui m’a le plus choqué est celle-là : la dégustation à l’aveugle fait sortir n’importe que vin « et malheureusement pas celui que l’on aime. Je précise, je veux dire celui issu des coûts de production les plus faibles ».

    Pour commencer, pour les bios que je connais c’est plutôt l’inverse : les coûts de production sont supérieurs.

    Et s’il y en a qui veulent un vin uniquement parce qu’il se goute bien avec leur entrecôte, c’est quoi le problème ? Et s’il y a qui veulent un guide qui note sur le seul gout, ils ont pas droit ?

    Et puis il y a surtout ce lien entre ce que nous devrions aimer – vu que le propos est adressé à M. Bettane et est relatif à la dégustation à l’aveugle ce n’est donc pas ce que « j’aime » moi de Moore mais bien ce que « nous » devrions aimer – et le coût de production ?

    Là c’est l’incompréhension totale. Mais bon dieu quel lien devrait-on faire entre le cout de production et notre plaisir ?

    On devrait donc aimer les vins peu couteux à produire. Notez bien pas « peu chères à l’achat » mais « peu couteux à produire ». En plus d’être incompréhensible, c’est égocentrique.

    Alors oui à force de lire l’insistance de votre collègue à lier le gout et tout un tas d’autres choses qui n’ont rien à voir, à voir son entêtement à vouloir que M. Bettane se transforme en maitresse d’école distribuant les bons points sur autre chose que là où il est compétent et attendu, à lire sa propension à nous dire ce que le client doit aimer, oui cela devient agaçant.

    • je crois cher Monsieur qu’il faut savoir clore une discussion qui d’ailleurs dépasse largement le cadre de ce débat né de la notion plus limitée de dégustation à l’aveugle. Vous ne convaincrez pas plus vos contradicteurs que je n’ai pu le faire. Je le regrette comme vous en espérant que la vie leur donnera un peu plus de sagesse et de clairvoyance peut-étre au prix d’épreuves douloureuses.

  23. C’est clos pour moi.

    Pour M. Bizot.

    Tyflo était une association fondée en 1997 qui regroupait des vignerons qui voulaient échanger sur leurs pratiques dans le cadre d’une démarche raisonnée.

    Ils se posaient des questions du type : que veut dire l’apparition de telle ou telle plante sur le sol … faut il couper l herbe avant la floraison ou après …

    Une partie des membres ont continué vers le bio. L’association a grossi et a été dissoute, je ne sais pour quelle raison … ce n’est jamais simple ces histoires là certainement …

    Au début ils voulaient partir sur de la certification des pratiques … mais concrètement je n’ai pas compris sur quoi ils s’engageaient …

    En tout cas le principe du partage d’expérience, je trouvais cela intéressant … Un précurseur du bio me disait que tout pas est important, on ne passe pas du jour au lendemain du chimique au bio.

    Depuis un ou deux ans une partie des membres ont créé un chapitre de “Terra Vitis” en Alsace. J’ai déjà acheté du vin terra vitis sans trop savoir ce qu’il y a derrière.

    … il n’y a pas de chapitre terra vitis en Bourgogne …

    Je ne voudrai pas abuser de l’hospitalité de M. Bettane, s’il voulait relayer cela je l’en remercierai.

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