Prosecco Superiore, la terre originelle

Prosecco, des bulles légères et pas chères au bord de la rupture ? Peut-être, mais connaissez-vous le « Conelgliano Valdobbiadene Prosecco Superiore », érigé en 2009 en DOCG (une appellation plus stricte que la DOC, l’AOC italienne) ? A la vue de ce coquet vignoble aux pentes vertigineuses qui se nichent dans le contrefort des Dolomites, à quatre-vingts kilomètres de Venise, on comprend qu’il se passe quelque chose sous le bouchon. Découverte en cinq épisodes, toutes antennes dehors.


Giuliano Bertolomiol revendique le premier effervescent à base du cépage prosecco, en 1960*. Les années 80 lancèrent la mode, les années 90 la confirmèrent. Les ventes s’envolèrent. La région pourtant bien pauvre à une époque – guerres, épidémies et exode de la population vers des lieux plus lucratifs se chargeant de l’appauvrir – s’enrichit soudain, et s’industrialisa à outrance. Le vignoble glissa dans les plaines, entre agriculture intensive et zones industrielles. Entre plages et piémont, il faut aujourd’hui une heure trente pour parcourir soixante kilomètres tant les ronds-points se succèdent et les camions encombrent les routes.

De la DOC à la DOCG, du prosecco au glera…

Pour freiner l’hérésie et crier leur avidité de reconnaissance, les producteurs érigèrent leur DOC (Denominazioni di Origine Controllata, l’AOC italienne) en DOCG (Denominazioni di Origine Controllata e Garantita) aux conditions plus strictes et aux délimitations serrées, garantissant théoriquement une meilleure qualité. Elle fut entérinée le 1er avril 2010 : 6 100 hectares autour de Conegliano et Valdobbiadene, incluant une quinzaine de communes (6 586 ha depuis). Réputée pour son école d’œnologie Cerletti (la plus ancienne d’Italie créée en 1876), Conegliano est aussi la ville de Carpenè Malvolti, initiateur du prosecco. Valdobbiadene, village niché dans les collines, héberge les trois quarts des producteurs de Prosecco Superiore DOCG. Une appellation à taille humaine, avec des règles définies, des contrôles jusqu’à la numérotation de la bouteille, un Consorzio pour la promotion et un Sistema Prosecco, bureau de défense qui se charge de défendre le nom prosecco et de chasser les contrefaçons (un travail commun à la DOC et à la DOCG).

Rebaptiser le cépage fut l’urgence absolue : le prosecco s’appelle désormais glera, de son nom d’origine, pour éviter aux sans scrupules de produire du prosecco et de l’inscrire sur l’étiquette, comme chardonnay ou cabernet.

…au raz-de-marée mondial

Des changements nécessaires. Mais six ans après sa création, la Prosecco Superiore DOGC tousse. En érigeant la DOC d’origine (la Prosecco DOC fut créée en 1969) en DOCG, l’IGT Prosecco (Indicazione Geografica Tipica, notre Indication Géographique Protégée) fut tirée vers le haut et transformée à son tour en DOC. C’est elle qui créa la marée mondiale et s’étira sur toute la plaine du nord de l’Italie.
Depuis 2009, la DOC comprend donc 20 000 hectares répartis dans neuf provinces de la Vénétie et du Frioul, et produit 300 millions de bouteilles en faisant cracher la vigne, le glera grossissant à une vitesse record et produisant jusqu’à 20 tonnes à l’hectare. « Il fallait rayer la DOC », fulminent certains. En rebaptisant le cépage glera, les gros faiseurs seraient sortis du jeu du prosecco, ne pouvant plus l’indiquer sur une étiquette d’IGT. Eliminer les gros faiseurs, les Martini et autres ? Inimaginable ! Martini qui, soit dit en passant, continue d’embouteiller dans le Piémont comme Santa Margherita et Canella…

*Giuliano Bartolomiol, Dreaming of Prosecco, d’Ettore Gobbato, Veronelli Editore, 2009.

 

À LIRE > Épisode 1 : Retour sur les origines du « monstre »> Épisode 3 : Le vrai visage du Prosecco Superiore> Épisode 4 : Les quatre forces économiques du prosecco

 

À SUIVRE > Bonus

 


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