Prosecco Superiore, la terre originelle

Prosecco, des bulles légères et pas chères au bord de la rupture ? Peut-être, mais connaissez-vous le « Conelgliano Valdobbiadene Prosecco Superiore », érigé en 2009 en DOCG (une appellation plus stricte que la DOC, l’AOC italienne) ? A la vue de ce coquet vignoble aux pentes vertigineuses qui se nichent dans le contrefort des Dolomites, à quatre-vingts kilomètres de Venise, on comprend qu’il se passe quelque chose sous le bouchon. Découverte en cinq épisodes, toutes antennes dehors.


 

Charmat ou Martinotti ?

Méthode Charmat, disent les Français. Non, Martinotti, insistent les Italiens. Le journaliste Guénaël Revel, aka Monsieur Bulles, explique cette amicale escarmouche sur son excellent site monsieurbulles.com : « Antonio Carpenè Jr perfectionne dans les années 1930 la méthode enregistrée en 1907 du français Eugène Charmat. Le prosecco perçu en tant que vin mousseux naît véritablement après la Seconde Guerre mondiale. On décide alors que sa méthode d’élaboration sera celle de la cuve close, que les producteurs italiens aiment appeler Martinotti, du nom de l’oenologue piémontais Federico Martinotti qui l’aurait découverte dix ans avant son collègue français. »

La folie du Cartizze

Les gens du cru en sont très fiers. Si fiers de leur cru Cartizze DOCG qu’ils sont capables de débourser jusqu’à 200 euros le mètre carré, soit deux millions d’euros l’hectare. Le double du prix en Champagne ! Les 107 hectares, divisés en une centaine de propriétaires, forment une enclave au cœur de l’appellation Prosecco Superiore. La pente est rude, la vue superbe sur Valdobbiadene d’un côté, sur les collines de l’autre, les terrasses sont impressionnantes. Le terroir est particulier et varié : moraines, argiles, grès. Le climat est doux, la vigne protégée comme dans un cirque. Un paradis, certes, mais surdimensionné, ou plutôt indiscernable. Car les producteurs ne peuvent s’empêcher de bourrer leur cuvée de sucre, pondant des dry dès qu’il s’agit de Cartizze, à de rares exceptions près. « Tradition », brandissent-ils tous en cœur. Avec des 25 à 28 grammes de sucre résiduel, impossible de distinguer la moindre nuance, de comparer avec d’autres crus, d’autres sols. Comment justifier alors le double du prix, 15 euros le Cartizze au lieu de 8 euros environ pour les Prosecco Superiore ? Et surtout, le prix au mètre carré ?

Le Col Fondo, pour les fines gueules

Dave, journaliste en Australie, pays ô combien friand de prosecco, n’avait que ce mot en tête lors de nos visites : Col Fondo. Dans le style vin de derrière les fagots, introuvable ailleurs que sur place, c’est un petit régal. Certains revendiquent même l’origine du prosecco dans ce vin. En fait, c’est la cuvée maison, celle des nonni : le jus enfermé dans la bouteille, avec sucre et levure. La version frizzante du prosecco (très légère bulle). Conservé debout, ni remué, ni dégorgé, le vin garde à l’ouverture toute sa fraîcheur et son naturel. La robe, trouble, la bouche de poire rappellent la bière blanche ou la Hefe Weisse, cette bière allemande qui forme un nuage de levures quand on la sert. Avant d’ouvrir, on secoue, on non, au choix. Si vous aimez, retenez les noms Casa Coste Piane, Casa Belfi, Costa di Là, Zanotto, Bele Casel, Caneva da Nani, Sorelle Bronca et Le Vigne de Alice. Christian Zanatta (Ca’ dei Zago), 29 ans, bataille au sein du Consorzio pour faire accepter le bouchage capsule, l’originel. Car l’Europe impose pour l’appellation (ici la DOCG) un bouchon champignon pour les effervescents.

 

À LIRE >Le Prosecco en chiffres…>Episode 1 : Retour sur les origines du « monstre »>Episode 2 : 2009, l’année charnière>Episode 3 : le vrai visage du prosecco>Episode 4 : Les quatre forces économiques du prosecco

 


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