Appellations voisines de Wachau, Kremstal et Kamptal vivent dans son ombre. Ces deux régions sont de magnifiques exemples de ce qui fait en Autriche. Le riesling et le grünerveltliner y jouent un duo passionnant, au rapport qualité prix attractif.


“Bon séjour dans la Wachau !”, lance machinalement l’hôtesse à la réception de l’hôtel au coeur de Vienne que je m’apprête à quitter. Etonnée, je précise que je ne vais pas dans cette région, mais dans les deux voisines, Kremstal et Kamptal. “Ah, excusez-moi, répond-elle distraitement, habituellement, tout le monde visite la Wachau”. Délaissée les deux petites soeurs ?

Certes, la Wachau magnifique regorge de vins de grande classe et fait partie des rares régions viticoles classées au Patrimoine Mondial par l’Unesco. Kremstal et Kamptal n’ont pas ce dernier privilège mais on peut se douter que, dans le prolongement du Danube, ces deux appellations méritent tout autant l’attention. Rainer Wess et Davis Weszeli l’ont bien compris.

Ces néo-vignerons, venus l’un du commerce, l’autre du marketing, ont été séduits par leur potentiel et la diversité des terroirs, et aussi par le prix des terres et des raisins, bien moindre que chez leur célèbre voisine. Un kilo de grüner veltliner coûte 1,50 € environ dans la Wachau quand il coûte 1 € à Kremstal – et même 0,60 € dans le Weinviertel, vaste région du nord de l’Autriche qui produit surtout du volume.

“Kremstal offre une diversité de sols, des terrasses, un climat qui me permettent d’élaborer les vins élégants que je voulais faire”, s’enthousiasme Rainer.

En outre, Krems est un centre incontournable en Autriche, avec son école de viticulture et d’oenologie (Weinbauschule) et Lenz Moser, premier exportateur du pays, mastodonte dynamique et moderne à l’embouteilleuse dernier cri. 17 millions de bouteilles sortent annuellement de ses chais.

Depuis la terrasse du monastère de Stift Göttweig, fondé en 1072, suffisamment haut perché pour embrasser des kilomètres à la ronde, se dessine la géographie de la vallée du Danube. On y distingue parfaitement la disposition des appellations de la Basse-Autriche (Nieder-Österreich). A l’ouest, la Wachau (1 350 ha). Suit Kremstal le long de la Krems ainsi que sur l’immense plateau de loess au sud du Danube (2 243 ha). Kamptal, plus au nord, est traversée par la rivière Kamp qui se jette dans le fleuve (3 802 ha). Au sud Traisental (790 ha), à l’est Wagram (2 451 ha) et au nord de Vienne jusqu’aux frontières tchèque et slovaque, l’immense appellation Weinviertel (13 356 ha). Tous ces vignobles ont un point commun : le grüner veltliner, cépage porte-drapeau de l’Autriche qui représente 29,44 % des cépages plantés sur tout le territoire, et 43 % dans la seule Basse-Autriche.

Les deux soeurs, Kremstal et Kamptal, ont traversé la même histoire. Des vignes complantées après le Seconde Guerre Mondiale, le scandale national de 1985 (quand une poignée de vignerons, paniquée par la forte demande, abusa de l’antigel) et, sous l’impulsion du Wine Marketing Board créé aussitôt après la crise, la mise en place de normes de qualité drastiques qui aboutiront à la création des appellations DAC (Districtus Austriae Controllatus), Kremstal en 2007 et Kamptal en 2008 – rappelons au passage que Wachau n’est pas une DAC et obéit à un système différent.

62 Erste Lagen, alias premiers crus

A Kremstal comme Kamptal, le désir de mieux faire guide l’ensemble des vignerons qui ont mis en place en 1992 une assocation, Osterreichische Traditionsweingütter (association des caves traditionnelles autrichiennes), suivie d’une classification de 62 premiers crus (Erste Lagen), en 2010. “Cela a mis le temps, mais on l’a fait sérieusement, explique Michael Malat, qui possède 50 ha autour de Palt, dans la DAC Kremstal. Notre but n’est pas de dire : on est les meilleurs et les plus chers, mais de hisser la qualité de l’ensemble des appellations.”

Ces premiers crus répartis dans les appellations du Danube répondent à des critères précis : ils concernent uniquement les vignes plantées de grüner veltliner et de riesling et les vins qui en sont issus doivent être vinifiés en sec. Que ce soit à Kremstal ou à Kamptal, on retrouve la même configuration de vignoble. Sur les loess et les bas de côte, le grüner veltliner se sent à l’aise et mûrit plus vite quand le riesling plus fragile, à la peau fine et sensible au botrytis, préfère les pentes et les terrasses et prend son temps pour arriver à maturation.

Petits vignerons ou grandes caves, tous bataillent depuis le milieu des années 1980 où les compteurs autrichiens ont été remis à zéro avec des nouvelles règles. Les générations suivantes prennent le relais, avec pour bagages une parfaite maîtrise des langues et une claire idée des vins qu’ils souhaitent élaborer, propres et rectilignes.

Ils proposent tous leur gamme en deux actes, les grüner veltliner d’abord, du plus simple au premier cru
élevé en fût, et les rieslings dans le même ordre. Kremstal possède en outre, sur la rive sud du Danube, d’excellents terroirs à rouges sur des sols de loess.

Le grüner veltliner permet une multitude de vins légers et poivrés. Expressif, épicé, il se boit davantage sur sa jeunesse quand les riesling plus austères et plus concentrés demandent parfois beaucoup de patience pour être appréciés à leur optimum.

K

 

À SUIVRE > Mercredi 11 novembre : Le Heiligenstein, une île exceptionnelle
> Mercredi 18 novembre : Une anthologie de grüner veltliner
> Mercredi 25 novembre : 12 vignerons au top

 


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