Les marques et les styles se multiplient, les brasseries fleurissent, la passion houblonnée se décline sur tous les tons, festivals, guides, caves, ateliers d’initiation à la dégustation, au brassage, aux accords gourmands. Jamais la bière n’a autant séduit, captivé, passionné. Plongée dans un monde en pleine effervescence.

La nouvelle boisson tendance
Avec plus de 1 000 brasseries réparties dans l’Hexagone et près de 3 000 marques différentes, la bière est la nouvelle boisson star. Alors que depuis 1987, le marché français de la bière reculait en moyenne de 1 % par an, le secteur a renoué avec la croissance depuis deux ans : + 2,8 % en 2014 et + 3,1 % en 2015. Les Français, avec une moyenne de trente litres par an et par habitant, restent néanmoins les plus petits buveurs de bière d’Europe. Mais le rang des amateurs grossit (76 %, en hausse de 4 points par rapport à l’année dernière*), se féminise (20-25 %, un chiffre qui tend à augmenter) et devient plus exigeant. Derrière les pintes que nous buvons dominent trois groupes qui se partagent plus de 70 % du marché : Carlsberg (Kronenbourg,1664, Grimbergen), Heineken (Pelforth, Affligem, Desperados), AB InBev (Hoegaarden, Leffe). A côté de ces géants et de quelques autres grands (Meteor, Saint-Omer, Licorne), les brasseurs artisanaux montent en puissance. Leur nombre a doublé en cinq ans, passant la barre du millier. Chacun de ces acteurs, à leur manière, participe et accompagne ce qui ressemble à une révolution. La mutation profonde des modes de consommation, résumée par le “boire moins, mais mieux”, conjuguée à la prodigieuse créativité des microbrasseurs ont fait progresser la qualité et l’image de la bière. La preuve, en grande distribution (70 % des ventes), les offres les plus pointues et valorisées ont bondi et les bières spéciales (blanches, d’abbaye, aromatisées, locales, de saison, etc.) totalisent plus des deux tiers des volumes. Pour répondre à cette nouvelle soif de découverte et de dégustation, les enseignes développent les caves à bières où règnent les petites marques, brassins locaux ou étrangers vendus à l’unité. Elles lancent même leurs foires aux bières, à l’instar de Monoprix avec son opération “The place to beer”. Même les cavistes en vins commencent à ouvrir leur rayon de bières régionales.

Effervescence créative
Ce vent de fraîcheur a été apporté en grande partie par les microbrasseries (craft breweries), un phénomène venu d’outre-Atlantique qui fait de plus en plus d’adeptes. Face au mouvement, les grands groupes ont réagi très vite, innovant dans plusieurs directions pour “combler” toutes les attentes. D’un côté, ils misent sur la douceur, le fruit et même les bières peu ou pas alcoolisées. De l’autre, ils jouent la carte de la craft beer. AB InBev a ainsi racheté depuis 2011 une dizaine de brasseries artisanales. La société Kronenbourg a noué un accord de distribution avec la bière corse Pietra et avec la brasserie new-yorkaise Brooklyn. Heineken a relancé en 2016 la Mort subite, une “lambic” flamande de fermentation spontanée, et vient de s’offrir la californienne Lagunitas Brewing Company, taillée pour les amateurs d’IPA (India Pale Ale). C’est ce type de bière très houblonné qui incarne le mieux la révolution en cours. Quasi introuvable il y a cinq ans, l’IPA est aujourd’hui partout dans les bars et caves à bière. Paradoxalement, « la découverte de ce goût atypique, inconnu en France, caractérisé par une amertume prononcée liée aux arômes, de fruits exotiques, d’agrumes, de fruits rouges, a ouvert à la bière des personnes qui croyaient ne pas aimer la bière », explique la biérologue Elisabeth Pierre**. « C’est le style le plus repris sur la planète actuellement », assure-t-elle. Et si les grands du secteur se lancent à leur tour dans l’élaboration de cette bière réservée aux palais avertis, les microbrasseries continuent de se distinguer en inventant de nouveaux styles ou en réinterprétant d’anciennes recettes. Aujourd’hui, la bière acide (sour beer) a le vent en poupe, inspirée de l’allemande Berliner Weisser que les soldats de Napoléon Ier surnommaient “le champagne du Nord”. Les spécialités vieillies en fûts de chêne gagnent aussi du terrain. Si on l’aime aussi toujours pour la soif, la bière s’affirme de plus en plus comme un produit de dégustation plein de surprise et de subtilités. Au même titre qu’un vin ou un spiritueux.

*L’observatoire C10-Ifop13 juin 2017
**Auteure du Guide Hachette des bières

Des lettres de noblesse officielles
Après le vin, la bière peut aussi revendiquer ses lettres de noblesse officielles. En effet, la boisson millénaire, issue comme les cidres, les poirés et les spiritueux “des traditions locales”, est depuis trois ans inscrite au patrimoine culturel, gastronomique et paysager de la France (par un vote du Sénat le 18 juillet 2014).

Repères
2,2 milliards d’euros, le chiffre d’affaires de la brasserie française
1 050 brasseries réparties sur le territoire français
3 000 marques de bière produites en France
12 milliards d’euros, le chiffre d’affaires de la filière brassicole française de l’épi au demi
64 000 emplois générés par l’industrie brassicole française.
1er pays exportateur de malt.
2e pays exportateur d’orge de brasserie.
3e pays de l’union européenne en nombre de sites de production.
8e pays producteur de bières en Europe, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et la Hollande.
26e pays consommateur de bière en Europe
30 litres consommés par an par habitant vs. 144 litres pour les Tchèques (le record), 107 pour les Allemands, 104 pour les Autrichiens, 81 pour les Irlandais, 72 pour les Belges, 68 pour les Britanniques et 47 pour les Espagnols.
70 % de la bière consommée en France est également produite dans l’Hexagone.
Sources : Brasseurs de France

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