Le dimanche dix-neuf novembre s’est tenue la traditionnelle vente des hospices de Beaune. L’occasion pour Albéric Bichot, qui dirige la maison de négoce Albert Bichot, d’être une fois de plus le plus gros contributeur de la vente. On l’a suivi au plus près pendant deux jours.

La vente des Hospices de Beaune est un événement phare qui s’inscrit au milieu de cette trilogie qui s’ouvre par un chapitre du Clos Vougeot et se termine par la Paulée pantagruélique de Meursault. C’est une vente, évidemment, largement mise en scène par Christie’s, mais c’est avant tout une œuvre de charité qui permet de récolter des fonds pour l’hôpital de Beaune. Comme nous l’a confié Albéric Bichot a posteriori « Je suis ravi en premier lieu pour l’hôpital. La finalité, c’est ça. Ils ont battu un nouveau record de revenus, plus de onze millions d’euros. C’est pour ça qu’on se bat. Même si c’est aussi un événement qui contribue au rayonnement de la région et qui nous permet de recevoir nos clients du monde entier à qui on fait vivre un moment unique. »

L’art de recevoir à la française
On a rejoint Albéric Bichot le samedi pour la réception qu’il donne au Clos Frantin, son domaine de Nuits Saint-Georges. Cent-soixante-dix personnes y sont invitées à déjeuner dans la cuverie spécialement agencée pour l’occasion. Albéric y prononce son premier discours, juché sur un fût, pour remercier les nombreux acheteurs et clients du monde entier qui ont fait le déplacement pour partager ce moment. Puis tout le monde s’engouffre dans les caves du domaine où la maison Bichot fait goûter sa production disponible, essentiellement le millésime 2015. C’est un moment important pour la maison, tous les opérationnels sont mobilisés. On peut ainsi rencontrer les œnologues, chefs de cave, chefs de culture, qui sont ravis de pouvoir expliquer leur travail.
Le soir, un dîner en plus petit comité est donné dans les confidentielles caves Saint-Nicolas à Beaune. Albéric Bichot, lui, est au Clos Vougeot où un de ses clients, l’homme d’affaires chinois Shek Kong Leung, est intronisé par les chevaliers du Tastevin. Le dimanche matin tout le monde se rend à la cuverie des hospices afin de goûter les vins de la vente sur fûts. M. Leung est présent avec son épouse et un traducteur de confiance. L’homme d’affaires mystérieux dirige plusieurs dizaines d’entreprises en Chine, que ce soit dans les télécommunications ou l’immobilier. Mais il est là en tant qu’amateur de vin, et particulièrement de grands crus bourguignons. Pas le temps de tout goûter, il se concentre sur ces derniers qui lui sont présentés par la régisseuse des hospices, Ludivine Grivault. Quelques photos souvenirs et SK Leung disparaît, énigmatique.

La bataille des enchères
Albéric Bichot est à l’hôtel Le Cep où il tient son « confessionnal ». C’est ainsi qu’il nomme ce coin de salon où il reçoit les derniers ordres de ses clients et finalise, avec ses équipes, les achats de la vente. Il fait une apparition éclair au déjeuner, il doit se préparer pour les six heures de vente qui comportait cette année 787 pièces. Albéric Bichot s’installe au sixième rang, Mister Leung à ses côtés. Le show peut commencer, moment d’une grande intensité pour Albéric qui doit rester vigilant et enchérir pour ses clients, petits ou grands. Il stabilote consciencieusement en vert les lots obtenus pour ne pas se perdre. Les pièces de bâtard-montrachet qu’il convoitait lui passent sous le nez et battent de nouveaux records au passage. Mais la pièce du président, qui intéresse M. Leung, très actif dans les œuvres caritatives, ne peut lui échapper.

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Shek Kong Leung, homme d’affaires chinois.

Leung a fixé une limite. Albéric n’est pas seulement son intermédiaire, mais aussi son partenaire. Quand la limite est atteinte, il continue à enchérir, prenant le dépassement à sa charge. La pièce est finalement pour eux à 410.000 euros. Mais un Brésilien facétieux rajoute 10.000 euros. Moment de stupeur et d’incompréhension. 410.000 ? 420.000 ? Plus personne ne comprend rien. Des dépêches de presse erronées partent. C’est pourtant bien M. Leung et Albéric Bichot qui achètent la pièce, mais le commissaire-priseur a laissé le Brésilien semer la confusion avec son don supplémentaire. Et voler un peu la vedette à SK Leung. Ce dernier monte finalement sur l’estrade car c’est bien lui le héros du jour. On a échappé de peu au conflit géopolitique. Albéric Bichot en profite pour faire un bref discours. Il évoque d’une voix émue le souvenir d’Antoine Jacquet, le président des hospices brutalement disparu en 2016. Puis le marathon reprend après la cohue des photos. M. Leung, ravi d’avoir rencontré Charles Aznavour, s’éclipse discrètement.

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Albéric Bichot.

Une belle histoire depuis 1443
Au final, Albéric Bichot et ses clients ont une fois de plus été les plus gros contributeurs de la vente avec cent-dix-sept pièces achetées pour plus de deux millions d’euros. « Être le plus gros contributeur n’est pas un motif de fierté. Si demain on est le deuxième ou troisième contributeur, et bien, tant mieux. Ça voudra dire que d’autres se sont mobilisés et ont contribué à cette institution incroyable, cet hôpital vigneron qui est unique au monde et qui a sauvé beaucoup de vies. Nous nous inscrivons dans l’histoire de Nicolas Rolin et Guigone de Salins qui avaient fondé cet hôpital pour les pauvres. Il fait désormais parti du patrimoine bourguignon et je suis ravi de participer à son rayonnement. »

Par Gilles Durand-Daguin

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