Une terrasse ombragée, des cigales qui chantent, et dans les verres un rosé délicieusement fruité et désaltérant. Simple vin de soif ? Plus seulement. La qualité de ces vins a fait un bond en avant ces dernières années, en particulier en Provence, berceau historique.

Rosés d’été, mais aussi d’automne et d’hiver
Ici, le rosé est roi : 89 % de la production lui est consacrée. D’un côté, il y a des rosés pâles, dont le succès repose sur la fraîcheur et la légèreté. Mais ils ne reflètent pas toujours leur terroir. De l’autre, des rosés qui font preuve d’un caractère affirmé sur plusieurs registres, celui du vin plaisir, frais, friand et franc, et celui du grand rosé de gastronomie, charnu, complexe, doté d’une belle longueur en bouche. Rosés d’été mais aussi d’automne et d’hiver. Ces rosés à forte identité sont l’expression d’un seul cépage ou le résultat d’un assemblage original, portent la patte d’un vinificateur ou traduisent au plus près les nuances de leur terroir et du millésime. Ils sont le fruit d’un soin méticuleux à chaque étape, avec un travail pointu des sols, souvent une viticulture bio ou en biodynamie, de petits rendements, des vendanges la nuit ou tôt le matin pour maîtriser l’oxydation qui joue sur la couleur et le goût, le tri des grains, une utilisation de levures indigènes. Parfois une part des raisins est vinifiée en saignée pour gagner en couleur et en densité, des élevages sur lies fines en cuves ou sous-bois apportent de la générosité et de la structure. Certains rosés peuvent ainsi se garder quelques années en cave pour s’épanouir.

Les grands domaines de rouges et de blancs font les meilleurs rosés
Paradoxalement, ces nouvelles conceptions du vin rosé ont émergé sous l’impulsion de vignerons dont la recherche qualitative s’est portée sur la part marginale de la production provençale : les rouges et les blancs. Ils se sont concentrés sur ces couleurs jugées plus valorisantes pour démontrer le beau potentiel des sols provençaux et révéler une autre facette, plus gratifiante, de la vocation viticole régionale. Ils ont ainsi identifié des terroirs, adapté leurs cépages, affûté leur savoir-faire, se sont donné les moyens de leurs ambitions dans la vigne comme à la cave. Pour leurs rosés, forcément, ils ont aussi visé le meilleur, avec cette même volonté d’exprimer à la fois le terroir et le millésime. De sorte que les meilleurs rosés de Provence émanent aujourd’hui des propriétés reconnues pour leurs rouges. Ainsi le Château de Pibarnon, le Domaine Tempier, le Domaine de la Bégude à Bandol, le ChâteauVignelaure dans les coteaux-d’aix-en provence, le Château La Verrerie dans le Luberon, le Château Romanin et le Domaine Hauvette dans Les Baux-de-Provence, le château Barbeyrolles ou le Clos Cibonne en Côtes de Provence. De grands domaines de blancs démontrent également dans leurs rosés tout leur savoir-faire de précision et de fraîcheur, comme Château Simone à Palette, le Clos Sainte Magdeleine à Cassis, le Château de Bellet à Nice. Force est de constater que la grande maîtrise de ces domaines en rouge et blanc a déteint, pour le meilleur, sur leurs rosés, dotés d’une véritable singularité, devenus des références. Des rosés au-dessus de tout ennui.

 

Par Pascale Cassagnes

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