En côte de Nuits, 2017 remplit les caves

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Tous les deux ans les villages de Vosne-Romanée, Chambolle-Musigny et Morey-Saint-Denis organisent leur “Trilogie en côte de Nuits” au château du Clos de Vougeot. L’occasion de transformer le parking en salon de la berline allemande et, pour les professionnels européens, de goûter le millésime prêt à être vendu, en l’occurrence 2017.

Foule des grands jours au château ce 11 mars. C’est l’embouteillage dans la grande salle en fin de matinée. Certains visiteurs râlent. Les vignerons ne savent plus où donner du goulot. Non pas que le millésime 2017 soit annoncé comme exceptionnel, mais pour une fois, depuis longtemps, il devrait y avoir du vin pour tous. Globalement, les vignerons sont contents. Ils ont généralement produit plus de trente hectolitres par hectare et vont parfois même titiller les quarante. Au domaine Mongeard-Mugneret on dit que c’était « le millésime de la sagesse. » Comprendre : il fallait être sage en ne cherchant pas à trop produire. Car après le gel de 2016, certaines vignes étaient très vigoureuses.

La vendange en vert s’est parfois imposée, comme chez Grivot qui l’a effectuée trois semaines avant les vendanges. Mais une fois encore, il est risqué de généraliser. Jean-Nicolas Meo constate même qu’à Vosne-Romanée, « là où ça n’a pas gelé en 2016, on fait moins de vin en 2017 que l’année précédente. » Un vigneron qui parle très bien du millésime, c’est Romain Taupenot du domaine Taupenot-Merme : « En 2017, on fait plus de sortie de raisin qu’en 2014, 2015 et 2016. Mais c’est joli, avec des touches florales. En fait, à la base, il y avait une jolie matière, mais elle ne s’exprimait pas. Les vins ont gagné en chair après la fermentation malolactique. Je pense qu’ils n’ont rien à envier aux 2016. » À voir.

2016 a été un millésime très peu productif et assez compliqué. Il n’est pas réussi partout, mais quand il est réussi, il est très grand. Les contraintes en 2017 étaient différentes. Il fallait évidemment éviter la surproduction, mais les Bourguignons savent dompter le pinot noir. Reste que certains vins manquent de fond. Ils réjouiront les restaurateurs, qui pourront les servir rapidement, mais risquent parfois de décevoir ceux qui cherchent de la longueur en bouche. Comme toujours, ça n’est pas vrai chez tout le monde. D’une part parce que ces trois villages comptent un nombre de stars incalculable, qui semblent être capables de faire de chaque millésime un grand millésime. D’autre part parce que, parfois, le vigneron veut contrarier le millésime, au risque de se tromper.

Le risque en 2017 était de trop vouloir extraire pour amener de la matière et parfois des tannins fermes, voire secs. On l’a constaté chez certains, mais Michel Bettane incriminait la date choisie pour cette dégustation : « Nous sommes en pleine période de mise en bouteilles. Certains vins ont été embouteillés dans les deux semaines précédant la dégustation. Cette opération tend à refermer les vins. De telle façon qu’il est parfois compliqué de savoir si le vin est intrinsèquement serré ou s’il est juste dans cette phase ingrate d’après mise. » Au final, le niveau est bon, ce qui est heureux car les vins de ces trois appellations connaissent un succès mondial, ce qui a créé énormément de tension sur les prix.

Il ne faut d’ailleurs pas s’attendre à ce que ceux-ci baissent, mais, pour une fois, ils ne devraient pas augmenter. Une consolation. Et comme le 2018 qui suit a lui aussi été assez généreux, en plus solaire, on va peut-être pouvoir sortir de cette période d’hyper-inflation sur les vins de Côte-d’Or qui atteignent des tarifs parfois dissuasifs. Vosne-Romanée, Chambolle-Musigny, Morey-Saint-Denis, de toute façon, ça n’est pas pour tout le monde.

Le Top 3 de Michel Bettane :
1- Le domaine des Lambrays produit une fois de plus un clos-des-lambrays de très haut niveau. Beaucoup de fruité au nez et une bouche qui allie densité et finesse.
2- Cette année, c’était la bataille des échezeaux et des clos-de-vougeot. C’est ce dernier qui gagne chez Mugneret-Gibourg avec un nez séduisant et une bouche complète.
3- C’est le contraire chez Jacques Prieur avec l’échezeaux qui sort du lot. Un vin intense et dense. Très sérieux.

Le Top 3 d’Alain Chameyrat :
1- Cécile Tremblay, toujours au meilleur niveau. Avec un échezeaux qui ira loin.
2- Jérôme Castagnier, à Morey-Saint-Denis, a très bien réussi son millésime. Les vins ont du fond, ce qui n’est pas le cas partout.
3- Anne Gros fait toujours des vins en dentelle. Le millésime sied bien à sa délicatesse.

Le Top 3 de Gilles Durand-Daguin :
1- Meo-Camuzet fut le premier domaine goûté. Beaucoup de finesse et surtout de velouté de bouche dans les vins cette année. On se régale illico.
2- Mugneret-Gibourg, un domaine qui monte. Ils font notamment du chambolle premier cru Feusselotes. Nez de fruits noirs, en largeur, et bouche soyeuse avec du fond.
3- Jean-Yves Bizot fait dans l’artisanat pointu. Explosion de fraîcheur au nez de ses vosne, avec de l’orange sanguine, et des bouches fines, précises.

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