« Sols vivants ? » Ce thème de premier plan pour les vignerons aujourd’hui s’est invité le 26 avril dernier au Museum National d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN). Lors d’une rencontre-débat, l’équipe d’OvinAlp, société familiale fondée par Éric Giovale à la pointe de l’innovation dans le domaine de la fertilisation de la terre, et Marc-André Selosse, professeur du MNHN et spécialiste international en microbiologie, ont présenté les derniers résultats de recherches qu’ils mènent en collaboration depuis trois ans. Une plongée au centre de la terre et du monde de l’infiniment petit qui, sous le stéthoscope de la science, n’a pas fini de livrer ses mystères…

Des microbes aux compétences agronomiques insoupçonnées
Onivalp a bâti sa réputation auprès des professionnels, et notamment des plus grands vignerons, avec son emblématique MV100 (comme 100 % de matière végétale), un amendement organique composé de fumier de moutons des Alpes (Label Rouge « Agneau de Sisteron »), de pulpe de fruits et de principe actif Ov. En 2018, l’étude avait confirmé la très riche vie microbienne contenue dans le ferment Ov : plus de 370 espèces de champignons et plus de 230 espèces de bactéries ont été identifiés grâce au séquençage ADN.  Un foisonnement bénéfique à la santé des sols, une sorte d’« assurance écologique » démontrée en 1999 par  Shigeo Yachi et Michel Loreau1 : plus un sol présente une forte densité d’espèces, plus il résistera aux intempéries, carences ou maladies, et plus vite il retrouvera son état de santé initial. Cette première étape a permis d’attester l’importance de l’apport d’un écosystème vivant en matière de fertilisation. « C’est important de garder les équilibres naturels, c’est avec ces équilibres-là qu’on arrive à faire des vins de terroir », témoigne Vincent Dureuil (Domaine Dureuil-Janthial à Rully).  « Sans vie dans les sols, il n’y a pas beaucoup d’échanges entre la plante et le terroir et la plante ne peut pas exprimer tout son potentiel », renchérit Thibault Krier (Maison Chapoutier).

Marc-André Selosse.

La science démontre aujourd’hui que la  biodiversité ne sert pas seulement à nourrir et protéger la vie des sols. « Elle est riche également de nombreuses propriétés agronomiques permettant d’améliorer la croissance racinaire et la nutrition en fer et en phosphore », explique Vincent Walker, chef de projet Recherche & Innovation Ovinalp. C’est ce qu’établit une étude complémentaire confiée à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Montpellier. Parmi les 230 espèces de bactéries identifiées dans Ov, certaines possèdent de formidables propriétés agronomiques. Il y a celles, telles de véritables ingénieurs chimistes, qui savent synthétiser une hormone végétale, l’auxine, impliquée dans la croissance de la plante mais aussi des racines. Résultat : une meilleure nutrition hydrique et minérale. D’autres bactéries, rhizosphériques2, ont la capacité de synthétiser des molécules (les sidérophores) qui rendent le fer plus mobile et assimilable par la plante. D’autres microorganismes enfin sont capables de solubiliser le phosphore inorganique du sol afin de le rendre disponible pour les cultures et assimilable par le végétal. Une fonction très précieuse quand on sait que le phosphore, élément majeur pour la croissance des plantes, est limité dans le sol. C’est pour résoudre ce problème que l’agriculture d’après-guerre a eu recours aux engrais minéraux phosphatés. Or, l’utilisation excessive de tels fertilisants a conduit à des problèmes de pollution des sols et des eaux souterraines.

L’essentiel de la vie sur Terre se trouve dans le sol
« Avec l’identification de la riche biodiversité microbienne Ov, nous avons décidé de constituer une “ovinothèque”, collection de micro-organismes. Les trois individus déjà identifiés sont les premiers d’une longue liste à venir. Notre ambition est de démontrer la richesse d’un process inspiré par la nature » a annoncé Eric Giovale. Les travaux de recherche se poursuivent en partenariat avec le MNHN pour définir maintenant ce qu’il se passe in situ, sur des parcelles d’essai. « Le marché regorge de nouveautés axées sur une molécule, une bactérie ou un champignon en particulier. Regroupés, des micro-organismes divers assurent résistance et résilience du sol face aux perturbations. Cette action collective pourrait être renforcée par l’action agronomique de micro-organismes individuels. L’essentiel de la vie sur Terre se trouve dans le sol, 75 % de la biomasse du vivant pour être précis. C’est dire l’immensité de ce qu’il nous reste à apprendre pour connaître exactement le fonctionnement de cette horlogerie incroyable qu’est l’infiniment petit. »

Pascale Cassagnes

  1. « Biodiversité et productivité de l’écosystème dans un environnement fluctuant : l’hypothèse de l’assurance écologique (PNAS) » par Shigeo Yachi et Michel Loreau, 1999.
  1.  La rhizosphère est la portion du sol où se développe la racine et ce qui l’influence.

 

Ovinalp, à la pointe de la recherche
Créée en 1988 par Éric Giovale à Ribiers, dans les Hautes-Alpes (un des départements les moins pollués de France), OvinAlp, entreprise familiale, conçoit et produit des solutions fertilisantes pour les professionnels : amendements organiques, engrais organiques et organo-minéraux, activateurs biocinétiques de fertilité, engrais organiques liquides, nutriments foliaires et engrais solubles. Elle conseille et construit également des solutions fertilisantes sur-mesure pour des professionnels agréés en agriculture biologique et en biodynamie. Perpétuant une tradition millénaire (valoriser le migon, fumier de mouton des Alpes pour enrichir efficacement le sol et favoriser des modes culturaux naturels, équilibrés et performants), Ovinalp est également doté d’une unité de production ultramoderne (première entreprise certifiée ISO 14001 pour son process et sa plateforme de compostage) et d’un centre de recherche et d’innovation, partenaire de nombreuses instances de recherche en France et dans le monde.

Marc-André Selosse, le prof
Professeur du Muséum National d’Histoire Naturelle, Marc-André Selosse enseigne dans plusieurs universités en France et à l’étranger. Ses recherches portent sur les associations à bénéfices mutuels (symbioses) impliquant des champignons, et ses enseignements, sur les microbes, l’écologie et l’évolution. Il est éditeur de revues scientifiques internationales et d’Espèces, une revue de vulgarisation dédiée aux sciences naturelles. Il est l’auteur, aux éditions Actes Sud, de Jamais seul, ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations. Il est aussi président de la Société Botanique de France.

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