Filmer « L’âme du vin ». Le projet de Marie-Ange Gorbanevsky, cinéaste et historienne de l’art, était ambitieux. D’autant plus qu’elle avoue peu connaître cet univers. Sa fraîcheur de regard contribue justement au charme particulier de ce long-métrage à mi-chemin du documentaire et de la contemplation. Sans visée didactique, sans voix-off, les images, les sons et les mots de « stradivarius du monde du vin » tournent avec grâce autour de l’insaisissable mystère des grands crus –en l’occurrence ici de la Côte d’Or. Une quête de102 minutes dans laquelle ressourcer sa passion pour le vin. Sans modération.

Un voyage « au-delà du vin »
Pour nous connecter au « mouvement des éléments de la vie », la réalisatrice a choisi un rythme lent, presque méditatif. « Quand vous vous promenez dans une forêt, quand vous allez en haut de l’Abbaye de Saint-Vivant, le temps est lent. Et dans les caves, le vin met 18 mois pour être élevé dans un fût. Il faut du temps pour que ça pousse, pour que les racines aillent en profondeur… ». Ce rythme nous plonge aussi dans une douce dimension sensorielle. Bercés par la poésie des images et les sons de la nature, des pipettes, des feux dans les brûlots après la taille… nous voici transportés à Vosne-Romanée avec Aubert de Villaine, à Chambolle-Musigny avec Christophe Roumier, à Meursault avec Dominique Lafon, à Volnay avec Fréderic Lafarge. Le documentaire s’ouvre sur l’image d’une vigne nue, austère et dépouillée dans son repos hivernal. Celle de la Romanée Conti. Les saisons et le pas de Vega, le cheval de labour, donnent le tempo de la découverte et des rencontres.  Des panoramiques sur les ondulations de vignes alternent avec de gros plans sur les gestes du vigneron.

Quand des Japonais restent sans mot en dégustant la cuvée Les Amoureuses 1945
Dans cette ampleur contemplative, les paroles ressortent avec plus d’acuité. Comme en témoignent quelques admirables séquences. Ce moment par exemple où Bernard Noblet, ancien chef de cave de la Romanée-Conti, souligne la notion de prise de risque indissociable des grandes œuvres ; ou cet échange entre le vigneron Olivier Bernstein et le tonnelier Stéphane Chassin autour de l’intégration du bois de Fontainebleau et de Jupille sur les chardonnays et pinots noirs. Ou encore cette scène à la fois drôle et troublante où deux Japonais restent quasi muets de bonheur – « J’en perds mon japonais ! » devant un chambolle-musigny « Les Amoureuses » 1945. Tout en disant des choses essentielles. « C’est une ligne très fine qui ne dévie pas, comment peut-il avoir une telle force ? (…) Je n’ai pas de mot, ce vin va au-delà du vin… »  Le poète dirait que son âme chante dans la bouteille. Résolument insaisissable. Dommage que les vins incroyables dont traitent le film ne soient plus accessibles au commun des amateurs.

Par Pascale Cassagnes

« L’âme du vin », un film de Marie-Ange Gorbanevsky
Au cinéma le 13 novembre 2019

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