Pendant le confinement, de nombreux amateurs rangent leur cave. La mienne en avait largement besoin et c’est une punition à la Sysiphe dont je ne verrais jamais la fin. En rangeant, on tombe parfois sur une bouteille mystère. Plus d’étiquette, forme étrange de la bouteille, collerette de style inconnu. Comme celle-ci, rangée à côté d’une petite collection de vins espagnols de la Ribera del Duero. Mystère tentant à élucider. Après examen archéologique, il reste la trace d’un petit rond indiquant une médaille d’Or dans un concours illisible de 2000. Excitation supplémentaire, ce n’est donc pas un vin espagnol. Heureusement, le bouchon était plus bavard : millésime 1998 sur un miroir, et Celliers Saint-Martin à Roquefort. Immédiatement, recherche sur internet qui confirme qu’il s’agirait d’un vin des Corbières. Ces celliers étaient en fait une cave coopérative disparue, près de Castelmaure, région que j’ai fréquentée de près entre 1982 et 1985 avec même le projet d’acheter une vigne, tant j’avais trouvé beau et prometteur le paysage viticole. Comme je voulais y planter des cépages blancs qui auraient mieux convenu au sol et qui n’étaient pas autorisés, devant la bêtise (déjà) de l’administration, j’y avais renoncé. Heureusement pour les producteurs actuels, ces cépages sont désormais autorisés. Revenons sur cette bouteille. Il semblerait que ces Celliers ont fusionné avec les caves de Leucate et que leur cru fétiche du Château Roquefort-Saint-Martin continue d’exister. En tout cas, j’ai eu la confirmation qu’il avait eu la médaille d’or, au premier concours régional des vin de Corbières en 2000. Tout concorde. Et le vin ?

Belle surprise pour un grenache, syrah, carignan de 20 ans. Pas d’altération de la couleur qui garde un côté pourpre profond, un nez sans le moindre départ d’oxydation, sentant encore le cuir et les herbes aromatiques de sa naissance, une bouche généreuse, un tannin parfaitement extrait. L’ensemble est savoureux, sans finesse ou complexité particulière, très franc, évidemment un peu chaleureux — on sent qu’il ne faudrait pas en boire plus de deux verres si l’on ne peut pas faire une sieste post-prandiale — et, en tout cas, fort agréable sur mon tournedos à la poêle, cuit dans un bain 1/3 beaujolais, un tiers tawny de 30 ans, un tiers Volvic, et copieusement épicé à la poudre de poivron fumée catalane. Une heureuse découverte.

Cave de Leucate, château roquefort-saint-martin, celliers saint-martin, corbières 1998

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