Une cave humide n’est pas l’amie des étiquettes et, souvent, l’amateur va à la pêche dans une de ses piles de vins avec une âme d’archéologue. Ainsi, cette bouteille du domaine Weinbach de la famille Faller avec laquelle j’entretiens une profonde amitié depuis quarante ans. Hélas, des trois magnifiques femmes qui lui ont donné une célébrité mondiale, il n’y a plus qu’une survivante, Cathy qui, avec ses deux fils et après de douloureuses disparitions, se retrouve en charge du domaine.

Je pensais tomber sur un de ses délicieux rieslings. Raté, c’est un gewürtztraminer, évidemment remarquable, car ici on n’a jamais su produire de vin médiocre ou banal. Un œil exercé repère les ruines du petit bandeau doré, cuvée Laurence, et quelques lettres des mots gewürztraminer et Laurence. Le millésime figure sur le bouchon : 2000.

Ce vin provient du coteau de l’Altenburg qui sert de frontière avec les deux grands crus Schlossberg et Furstentüm, sans avoir été curieusement classé grand cru lui-même. On passe ici en douce transition du granit à l’argilo-calcaire et le gewürztraminer y trouve une expression plus personnalisée que le riesling. Laurence Faller, disparue bien trop tôt, était une grande vigneronne, ayant progressivement adopté pour ses vignes les règles de la biodynamie, avec conviction, persévérance et bon sens. Elle n’aimait donc pas trop intervenir en vinification, laissant les vins achever leur fermentation naturellement. Comme ils étaient riches en sucre naturel, ils conservaient une quantité parfois trop importante de sucre résiduel pour les habitudes gastronomiques alsaciennes et, encore plus, celles de la France de « l’intérieur ». Nous nous disputions amicalement – et combien je regrette ces discussions que nous n’aurons plus – sur quelques cuvées de ce caractère, dont les cuvées qui portaient son nom, issues de gewurztraminer, les rieslings étant dédiés à sa sœur Catherine. En 2000, il semble que la richesse du raisin, largement au niveau d’une vendange tardive normale, provenait plus de passerillage que de pourriture noble, du moins au goût. Vingt ans plus tard, le vin a conservé sa puissance aromatique, avec une touche de lourdeur et quelques notes lactiques, qui contribuent à cette sensation de lourdeur. La bouche, en revanche, reste riche, attractive, à la fois sur la rose /litchi, les fruits blancs, avec une finale de vin moelleux, à défaut de liquoreux. Il accompagnerait un foie d’oie.

J’ai tenté pour lui une nouvelle recette de lentilles aux saucisses fumées de Montbéliard, largement aromatisées à la mirabelle et à la clémentine, apportant au sel, aux épices (coriandre, clous de girofle) et à l’oignon une sucrosité pouvant servir de lien avec le vin. La réussite est moyenne, le sel n’aime pas cette fin de bouche opulente. Je ferai mieux, peut-être, une autre fois.

Domaine Weinbach, gewurztraminer, altenburg, cuvée laurence 2000

 

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