Le drame quand vous avez mis tout votre cœur à préparer une grande et rare bouteille, à lui mitonner un plat qui va avec et qu’elle se révèle désespérément bouchonnée, c’est de vite retrouver un flacon de secours, prêt à boire, le plat se refroidit et le tempo de service souffre d’un gros « jitter ». Je savais qu’avec les vins d’Henry, je ne courrais aucun risque. Et, de fait, cette bouteille est une tuerie. La perfection absolue du vin de fruit, le modèle, celui qu’imitent sans génie et avec approximation tous ceux qui cachés derrière l’étendard du vin nature ne dessinent que des brouillons inaboutis, encensés par des buveurs aussi imprécis que leur boisson.
Ce gamay, aujourd’hui interdit en vin d’appellation contrôlée parce qu’il serait teinturier, entendez que le jus de son raisin est coloré, serait natif de Bourgogne comme le nom qu’il porte le donne à penser. Comme tous les teinturiers, on lui a fait la guerre un peu partout, même si lorsque vous vous promenez pendant les vendanges vous voyez régulièrement des feuilles bien rougies, qui dénoncent l’ADN hors la loi de leur plant. Heureusement que le vigneron gaulois sait désobéir. Les pinots et gamays teinturiers renforcent naturellement la couleur et évitent d’avoir recours, comme on l’a si souvent fait, à des alicantes venus du sud et tarifés à leur pouvoir colorant. Mais ce gamay en particulier, qui fit les beaux jours des vins de la vallée du Cher, est un artiste : dans le parfait millésime 2018, ses notes de fleurs, de framboise, de mûre, admirablement mises en valeur par une vinification d’une précision millimétrée et protégées par un bouchon technique tout aussi précis m’ont fait rêver qu’on le replante sur des centaines d’hectares dans mon Beaujolais où, dans le même millésime, des milliers d’hectolitres foxés et phénolés passent pour des vins de terroir. Et où l’on préfère essayer la banalité du fruit de croisements venus de Suisse ou du Languedoc. Une seule condition pour profiter pleinement du plaisir de notre Grand Oublié, servir à juste température, soit 13/14/15 (au maximum) degrés.
Domaine Henry Marionnet, les cépages oubliés, gamay de bouze, i.g.p. val de loire 2018

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