Il est rare dans une vie de voir se planter et, même, se créer un vignoble de qualité. Cela m’est arrivé trois ou quatre fois dans ma vie. L’avant dernière, sur les derniers contreforts du vignoble aixois, à la limite du Lubéron, dans ce joyau culturel et viti-vinicole qu’est devenu le château La Coste au Puy-Sainte-Réparade. Il y avait déjà quelques vieux grenaches. Le propriétaire Irlandais, fou d’art moderne, avait demandé à Tadao Ando et quelques autres grands architectes d’y laisser un souvenir de leur génie et à Mathieu Cosse de doter la propriété d’un vignoble exemplaire et d’un outil de travail performant dans un bâtiment conçu par Jean Nouvel. Mathieu Cosse a donc sélectionné les meilleurs plants et porte-greffe de cabernet-sauvignon et syrah pour le vin rouge, de vermentino pour le blanc, et mis en place une viticulture et une vinification d’élite.

En 2014, les vignes commençaient à donner des raisins de haut niveau et une cuvée de Grand Vin Rouge fut produite dans l’esprit des grands fondateurs que furent le château Vignelaure dans les années 1970 et le domaine de Trévallon dans les années 1980. Elle tient ses promesses à condition de la carafer au moins deux heures à l’avance. A l’ouverture, une petite réduction obscurcit l’expression du terroir, assez vite les notes florales (violette) et les herbes aromatiques viennent rappeler le site, la lumière et le sol merveilleux de l’endroit. Le chêne de la barrique est désormais complètement intégré et l’extraction du tannin pourrait servir de modèle à bien des crus bordelais par sa douceur et sa capacité à enrober la texture sans l’alourdir. Je retrouve avec plaisir le miracle des premiers vins de Vignelaure (1971, 1975) y compris jusqu’au titillement d’une pointe de gaz carbonique, mais sans dérive animale. La fin de bouche enchante par sa fraîcheur mentholée de grand style. Ne servez pas ce vin trop frais, il ne donne toute sa mesure que vers 20/21°. Mathieu Cosse n’est plus en charge de la propriété, se consacrant désormais à son vignoble de Cahors. Il n’y a aucune raison que la famille propriétaire, si elle le désire, ne continue pas, sur des bases aussi assurées, à produire un des plus grands vins de Provence en dehors de ses activités culturelles et hôtelières d’exception.

Château La Coste, coteaux-d’aix-en-provence, grand vin 2014

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