De grands raisins après le 25 août
Les vendanges sont finies en Bourgogne et en Champagne. Les derniers raisins et les premiers moûts dégustés confirment notre précédent jugement. Les grands raisins, avec toutes les inégalités signalées, n’ont vu le jour qu’après le 25 août et on regrettera longtemps, principalement pour les chardonnays les emballements de certains. Dans le Haut-Berry aussi, les pinots noirs en avance sur les sauvignons sont superbes, les sauvignons sans doute un peu trop riches en sucre naturel, mais capables de donner des vins de grand caractère. Les rendements sont moyens. On commence seulement à rentrer les grands chenins et les cabernets francs, qu’on jugera mieux à la fin du mois.
Le Languedoc a eu un peu plus de chance que le Roussillon en matière de rendements malgré, ici ou là, des grêles « jalouses » localisées. La principale difficulté du secteur reste la diminution des rendements liée aux maladies de fin de printemps (mildiou) et aux ravages de l’eudémis (pourriture) et des cryptoblabes pendant l’été. Les bons raisins sont superbes. Les raisins blancs les plus précoces rentrés dès le 6 août ont été sauvés par la technologie du froid et les vendanges mécaniques. Le Sud-Ouest commence à peine à récolter ses rouges qui ont atteint une maturité exceptionnelle avec, ici où là encore, les habituelles brûlures ou flétrissures du raisin qu’un tri adroit de la vendange écartera.

Faire descendre les degrés naturels
Dans le Rhône, les grands cépages rouges atteignent une concentration en sucre élevée entre 14 et 17° et parfois l’addition d’eau dans les cuves (oui, cela se fait et pas seulement dans le sud) sera bénéfique pour terminer les sucres. Nous croyons moins aux bienfaits de l’acidification. Reste pour tous à réfléchir aux solutions agronomiques à employer dans l’avenir pour redescendre les degrés naturels. Celle à laquelle nous pensons et qui est la force de Châteauneuf-du-Pape reste la plantation d’une bonne proportion de cépages blancs à faire « cofermenter » avec les raisins rouges.
L’Alsace
a commencé à rentrer les raisins des crémants le 24 août et ceux des vins tranquilles le 3 septembre, la précocité concerne surtout les rieslings qui ont deux semaines d’avance ou plus.

Le compte de grands vins
Reste Bordeaux. Les sauvignons sont rentrés depuis longtemps avec des équilibres plus séduisants sur le plan analytique que dans la Loire. L’analyse ne fait pas le goût. On rentre en ce moment les merlots superbes du Libournais, malgré les brûlures localisées du raisin sur les sols trop chauds ou trop peu argileux. Les 30 mm de pluies de la mi-août ont quand même sauvé les volumes de production, souvent supérieurs à 2019. Les cabernets francs vont suivre assez rapidement, les cabernet-sauvignon peuvent attendre un peu plus, surtout dans le Médoc qui a bénéficié d’une pluviométrie idéale en août. Il devrait y avoir plus que le compte de grands vins, la viticulture a fait d’énormes progrès que le public ne mesure pas encore, en raison de l’absurde bordeaux-bashing du commerce et des prescripteurs. Sauternes attend toujours le botrytis en cette période de canicule sèche. Nous ferons le point sur la Provence, la Savoie et le Jura à la fin du mois.

Photo : Chloé Chevalier

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