Voilà, on ne sait pas, pas encore, mais ça chauffe grave, les sondages s’affolent et déconnent à plein tube, comme d’habitude.
On a tous deux ou trois idées ou envies sur l’identité du prochain Président de la République, des idées contradictoires, bien sûr.
Moi, je connais 500 000 emplois, c’est-à-dire 500 000 voix qui ne demandent qu’à pousser une clameur de ravissement en se précipitant aux urnes. 500 000 électeurs, ça fait combien en % ?
Attention, c’est de l’électeur premium, du travailleur, du créateur de richesse, de l’exportateur de première qualité, du civilisé, du beau gosse, du savant presque. Cette sorte de gens qui incarne bien le génie français, celui-là même que tout un tas de zozos croit disparu, les déclinistes, ça s’appelle. Des gars et des filles qui ont ce talent si particulier d’enfiler à la suite dix-huit casquettes différentes, ces bosseurs qui savent faire toutes sortes de métier sans faire la gueule, sans faire la grève, sans se plaindre. Quoique. S’ils ne se plaignent pas, pas assez à mon goût, j’en connais qui commencent à trouver le temps long, qui ont un tout petit peu l’impression d’être mal traités, lors même qu’ils sont la gloire (et l’honneur) de la France.
Tu me vois venir, mon candidat ? (pardon pour ces tendresses de langage, mais j’ai tellement envie de t’y voir).
Ces gens, ce sont les vignerons.
Tour à tour, et le même jour, agriculteur, technicien de surface, expert-comptable, informaticien, chauffeur-livreur, manutentionnaire, emballeur, marchand de parapluies, bonimenteur, et toutes les compétences liées à leur beau métier, vinificateur, administratif, météorologue, j’en oublie. Certains sont même capables de remplir en moins d’une journée les épouvantables e-formulaires qu’une administration perverse leur impose pour exporter leurs vins vers les marchés qui n’attendent que ça. On en connaît même qui les accompagnent dans un tour du monde perpétuel en classe éco. Classe éco, les genoux dans le menton, tu te souviens tes vingt ans, les charters ?

Je ne vais pas revenir sur les chiffres magnifiques qu’alignent ces contributeurs d’exception à la balance des paiements de la France, ils sont connus. Ils valent plein d’Airbus, de Rafale et/ou de TGV.
Ce qu’il y a de bien, je dirais même : de naturel, c’est que ces gens correspondent en tous points à l’idéal du Français tel que tu le décris, loin des assistanats, des congés-maladie, ces gens travaillent sans cesse, les pieds dans la terre, les yeux dans le ciel, on ne les délocalisera pas. Pour gagner de l’argent ? Parfois, pas toujours. Souvent, c’est juste pour maintenir leur exploitation à flot, garder leur liberté de paysan, vivre leur passion, la transmettre. Certains sont aussi des parents. À leurs enfants, ils tentent d’inculquer des valeurs dans lesquelles tu te reconnaîtrais, il y est question de culture, d’histoire et de géographie, de terre et de France, prends la peine de te pencher deux secondes sur leur sort.

Il y a, en France justement, une loi scélérate et une foule de réglementations ubuesques. Abroger l’une et simplifier à l’extrême les autres. Faire basculer les budgets considérables des associations prohibitionnistes qui ne servent à rien (parce qu’elles n’ont aucun résultat en termes de santé publique) vers la promotion et le soutien de la culture du vin, ce grand produit culturel qui nous est, à peu près, exclusif. S’occuper pour de vrai des politiques écologiques ayant trait à l’exploitation des sols. Rassembler cette population épatante autour d’un grand projet enthousiasmant. Faire un grand meeting sur la place des Quinconces, sur le parvis de la cathédrale de Reims, devant les Hospices de Beaune, au pied de la colline de l’Hermitage, des la montagne Sainte-Victoire.
Et, pour commencer, nous le dire, nous faire une promesse, t’engager sur des lendemains crédibles. L’autre ne pourra pas suivre, il trouve la loi Evin très bien, il ne fera rien, il s’en fout. Il te reste quelques jours pour gagner l’élection présidentielle et nous faire vibrer un peu, croire que oui, la France, c’est mieux. Mieux que ce que disent les journaux étrangers quand ils parlent de ce secteur qui est notre grandeur depuis deux mille ans. Le vin.
Tu aimes le vin, comme tout le monde ? Ce n’est pas le propos.
Tu veux être président ?
Tout le monde t’attend sur ce sujet.

Le lecteur aura bien noté que cet édito s’accorde à merveille à chacune des sensibilités politiques qui s’expriment ces jours-ci, sans exclusive partisane.

 

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