C’est l’histoire d’un Picard d’origine, devenu œnologue. Issu d’une famille de tailleurs de pierre, tous compagnons du devoir, il a décidé de mettre son sens du collectif au service du vignoble rhodanien et de « L’Esprit Français »

La voie était pourtant tracée : « Même si je suis le premier à m’écarter de d’une lignée de sept générations dans la taille de pierre, les valeurs des Compagnons, qui sont celles de mon père et de mon grand-père avant lui, ne m’ont jamais quitté ». Attiré par les sciences à l’heure de se choisir un métier, l’homme découvre l’œnologie au détour d’un séjour en Champagne. Une révélation. Il fait ses classes à Montpellier, ses stages dans le Languedoc, bientôt à Bordeaux. « C’était difficile d’accéder à cette discipline, les places étaient limitées. Quand j’ai enfin réussi, je me suis souvenu de l’héritage du compagnonnage. »
Cet héritage, c’est le fameux tour de France des compagnons du devoir, celui que les jeunes ébénistes, charpentiers et autres artisans font à travers le pays pour se former. Lui ira plus loin, parcourant les vignobles de l’hémisphère sud pour suivre au moins deux vinifications dans l’année : « En France, en Australie, en Nouvelle-Zélande, j’ai fait des belles rencontres et je me suis formé auprès d’énormément de monde, j’ai découvert de nouveaux horizons, des visions complémentaires. J’avais la liberté de ne pas être coincé dans un seul endroit ».
Il en profite pour parfaire ses compétences. Vinifications des rouges, des blancs, mais aussi des rosés et des effervescents. Si ces voyages initiatiques sont aujourd’hui incontournables pour les œnologues en devenir, rares sont à l’époque les jeunes Français qui multiplient leurs expériences à l’étranger. Au point de se voir confier un poste à cheval entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande : « J’ai hésité. Je me suis rappelé mon envie de tour de France. Il me manquait une région où je n’avais jamais travaillé, c’était la vallée du Rhône ».
La suite de l’histoire est plus classique, au moins dans ses débuts. Dans les dentelles de Montmirail, Xavier Vignon découvre un terrain de jeu pour exprimer sa créativité et satisfaire sa curiosité. « Quand j’arrive dans la région en août 1996, tout est à faire, le côtes-du-rhône n’a pas bonne presse. Les gens étaient volontaires pour faire bouger les lignes. Je me retrouve dans un vignoble avec plus de vingt-cinq cépages et plein d’appellations pour m’éclater. C’était la première fois que j’avais envie de me poser quelque part. »

Le temps de l’engagement
Vingt-cinq ans plus tard, Xavier Vignon n’a rien perdu de son caractère entrepreneur. En 1998, après trois ans à la tête d’un laboratoire œnologique dans la vallée du Rhône, il lance sa société de consulting. Succès immédiat. Il ira jusqu’à conseiller plus de 150 propriétés tout en trouvant le temps de continuer ses activités à l’étranger. « Au bout d’un moment, j’ai commencé à faire des vins pour mes amis, pour leur montrer qu’on pouvait faire de belles choses. Je suis devenu négociant par défaut. »
À partir des années 2000, cette nouvelle corde à son arc ne faiblira plus, l’obligeant à mettre un peu de côté ses activités de consultant, en déléguant au sein de son laboratoire : « Tout a été très vite. J’ai créé cette petite société de négoce en dilettante, elle n’avait aucun but commercial ».
L’homme est de ceux qui croient dans l’art de l’assemblage. Formé à l’école champenoise, c’est un savoir-faire qu’il cherche à montrer dans ses vins. « Cet art m’a beaucoup marqué. Je revendique cette influence, c’est ce qui m’a permis de créer une différence dans les vins que je proposais. Je crois en l’assemblage des vins, des millésimes et des origines, quitte à inclure des vins de réserve pour retrouver le style de la marque Xavier Vins. » Pas question cependant de s’enfermer dans une seule vision.
Xavier Vignon met aussi un point d’honneur à s’affranchir des règles, proposant la gamme Arcane dont la démarche est sensiblement différente, l’idée étant ici « d’enfermer l’exception dans la bouteille en étant le moins interventionniste possible ».

Naissance de l’Esprit français
Avec des projets aboutis et une marque arrivée à maturité, Xavier Vignon aurait pu en rester là. Consolider son activité de consultant et continuer à dénicher des lots de vins pour développer sa marque. Pourtant, le Picard ne s’essouffle pas. Il vient d’acheter trente cinq hectares de vignes. Surtout, il a créé L’Esprit français, une nouvelle gamme de deux cuvées, une en vin de France et un châteauneuf-du-pape, adossée à une fondation du même nom : « Au cours de ma carrière, je me suis rendu compte qu’il y avait un esprit français, proche de mes convictions et de mes valeurs héritées du compagnonnage. J’aime la France et ce qu’elle a de profondément démocratique. Le vignoble et l’environnement ont besoin qu’on s’engage, besoin de meneurs qui s’entendent pour changer les choses. C’est pour ça que j’ai créé cette fondation. L’idée est de s’enrichir de l’expérience et du savoir-faire de chacun. La bouteille est un outil de communication qui doit inviter les gens à se mettre autour d’une table pour discuter et partager ».
Dans cet esprit de cohésion et de force collective, plus de cent vignerons de la vallée du Rhône sont les co-auteurs de la cuvée L’Esprit français, issues de vignes cultivées en agriculture biologique. Défense du savoir-faire, mise en avant du savoir-vivre et du savoir-être, l’heure est à l’engagement et au combat pour préserver l’art de vivre à la française.
Xavier Vignon précise que cette fondation doit être ouverte à tous, aux producteurs et aux productrices, bien sûr, mais aussi aux chefs, aux couturiers et à tous ceux qui font la grandeur des “Froggies” à l’étranger. « La référence à la culture française par cette grenouille sur l’étiquette était facile, mais c’est aussi un symbole de la biodiversité », précise Xavier Vignon. Un bon moyen de se souvenir de ce qu’il faut préserver et de ce qui compte pour lui.

Photo : Guenhael Kessler

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