L’été, les vignes, les vagues

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L’article complet est à retrouver dans le numéro #28 d’En Magnum pages 34 à 39. Vous pouvez acheter En Magnum #28 sur notre site, sur cafeyn.co et chez votre marchand de journaux


Plages sans fin, criques secrètes, eaux turquoise. Parmi tous ses trésors, la Méditerranée déroule aussi, de Nice à Collioure en passant par la Provence et le Languedoc, des vignobles au souffle millénaire. Ils descendent en restanques ou en pentes douces jusqu’au bord des flots, nourris de soleil ardent et de brise marine. Où que le regard se pose, on s’émerveille

Vin et Méditerranée. Leur dialogue épicurien plonge ses racines dans la nuit des temps. On se souvient d’Ulysse qui, pour échapper au cyclope et regagner son bateau, l’endort en lui offrant « plusieurs outres d’un vin exceptionnel, une sorte de nectar divin ». Un geste symbolique par lequel notre héros apporte sur cette île sans lois les règles de l’hospitalité. C’est par la Méditerranée aussi que la culture du vin débarque sur nos rives, avec les Phocéens puis les Romains qui voguent avec des soutes remplies de plants de vignes. Les premiers s’installent en 580 avant J.-C. dans la calanque du Lacydon, devenue le Vieux-Port de Marseille. Les seconds jettent l’ancre au premier siècle avant notre ère et fondent Narbo Martius, devenue Narbonne. Pas fous, ces Romains ! Là où la vigne s’épanouit, bordée d’oliviers et de garrigues, le climat invite à la douceur de vivre. Le long de la grande bleue, les ardeurs du soleil sont tempérés par les embruns, les vignes y souffrent moins du manque d’eau. Des sols nés de la mer et de la montagne, schistes bruns friables de la Côte Vermeille, poudingue mêlé de galets roulés des collines niçoises, sables de Camargue y sont comme les voiliers, soumis à tous les vents. Tramontane, cers, mistral, aèrent, assèchent, diffusent en fin de nuit un peu de cette rosée dont raffolent les feuilles. Réinventés par une nouvelle vague de vignerons, les vins y puisent ce petit accent iodé caractéristique, rappelant la peau salée par la baignade. Jusqu’au bout de l’été, embarquons dans ces vignobles où il semble que tout respire, vibre et travaille avec joie, où la convivialité est une boussole. Où la mer pointe de tous côtés.

Perles rares
À un jet de galets de la promenade des Anglais, l’une des sept collines niçoises offre au vignoble de Bellet, minuscule certes (650 hectares dont 50 plantés), mais à la qualité reconnue depuis longtemps (AOC en 1941), un terroir singulier, le poudingue. Un conglomérat de galets et de sable dur comme de la roche où se plaisent les cépages autochtones, folle noire et braquet pour les rouges et rosés, rolle pour les blancs. Au château de Bellet, on les déguste dans l’ancienne chapelle familiale entourée des plus hautes parcelles (300 mètres) et au château de Crémat, dans le sillage de Coco Chanel1, assortis d’un flot d’expos et de concerts. Au large de Cannes, l’île Saint-Honorat abrite un autre vignoble encore plus confidentiel (8,5 hectares), celui de l’abbaye de Lérins, cultivé par les moines en agriculture raisonnée. Un havre de sérénité qui se visite, en compagnie d’un sommelier, tous les premiers vendredis du mois. Autre île, autre trésor. Porquerolles, surnommée l’île des vignerons, même si elle ne compte plus que deux domaines2. Un seul se visite, celui de la Courtade. Une vraie parenthèse enchantée, entre balades dans les vignes entourées de palmiers et d’eucalyptus, visite du chai surmonté d’une fondation d’art contemporain et restaurant à l’ombre des pins, Le Poisson ivre, où s’amuser à comparer les nouvelles cuvées de blanc immergées (entre 30 et 40 mètres de profondeur) avec celles plus classiquement vieillies en cave.

L’abbaye de Lérins

Plages et cépages
Côté continent, de Saint-Tropez au Lavandou, les vignes ont aussi des airs paradisiaques. Ainsi celles du château Saint-Maur à Cogolin où se trouve l’un des points culminants des côtes de Provence, à 449 mètres d’altitude, berceau de la fameuse cuvée Clos de Capelune. Autour de Bormes-les-Mimosas, les parcelles du château Léoube s’étendent jusqu’à la plage du Pellegrin. À quelques brasses, le château Malherbe possède un petit port de pêche où l’on peut accoster, face au fort de Brégançon. Dotée d’une longue façade en bord de mer, le domaine Clos Mireille invite à une immersion dans l’univers Ott, des pionniers installés en Provence depuis 18963. Plus loin, sur les terrasses pierreuses de Bandol, le mourvèdre règne, cépage dont on dit qu’il a besoin de voir la mer pour s’épanouir. On en découvre toute la puissance et la finesse dans de nombreux domaines avec vue sur le large, Pibarnon et La Bastide Blanche (aux fins d’après-midi apéritives), La Bégude (disposant de chambres d’hôtes), La Suffrène et sa parcelle Les Lauves. À une demi-heure de route, Cassis étire ses vignes en terrasses sur le flanc du cap Canaille, plus haute falaise maritime de France. Celles du domaine Clos Sainte-Magdeleine semblent se jeter dans la mer. Le capitaine des lieux, Jonathan Sack-Zafiropulo, est aussi le président de l’appellation. Le guide parfait pour nous initier à cette appellation « bio et familiale à 100 %, à 80 % concentrée sur le blanc, ce qui est une exception notable en Provence ».

Château l’Hospitalet.

De terrasses en étangs
Après les falaises abruptes, les étangs se profilent autour d’Aigues-Mortes. Le domaine royal de Jarras y dévoile son vignoble de sables planté franc de pied – ce terroir ayant permis d’échapper au phylloxéra – et une faune unique avec, en star incontestée, le flamant rose. À Frontignan, autre production originale, celle du muscat à petits grains que nous raconte le domaine du Mas Neuf, une des propriétés en bio des Vignobles Jeanjean, à deux pas de la plage des Aresquiers. Changement de décor à Narbonne, avec les reliefs rocailleux du massif de la Clape. Porte-drapeau de ce terroir et navire amiral du groupe Gérard Bertrand, le château L’Hospitalet y déploie avec brio toutes les facettes de l’art de vivre méridional. À Collioure et Banyuls, les Pyrénées viennent tremper leurs derniers schistes dans la Méditerranée. Le vignoble forme ici un vaste amphithéâtre, véritable œuvre sculptée et entretenue par des générations de vignerons. Au domaine de la Rectorie (où l’on est reçu par Pierre Parcé), au domaine Les Clos de Paulilles (petit bijou des domaines Cazes), entre autres fleurons, collioures multicolores et banyuls concentrés grâce au mutage livrent leurs secrets dans des paysages époustouflants. Il faut aussi pousser la porte du cellier des Templiers, principal producteur du cru et haut lieu de l’œnotourisme. On y apprend notamment qu’autrefois, les vignerons pêchaient du mois de mai jusqu’aux vendanges et qu’ils se servaient de la même barque pour transporter la récolte jusqu’aux chais, faisant ainsi des allers-retours permanents entre terre et mer.

L’article complet est à retrouver pages 34 à 39 dans En Magnum #28.

1.Les initiales entrelacées du domaine lui auraient inspiré le sigle de sa maison.
2. Le domaine Perzinsky a été racheté en 2021
par le domaine de l’Ile.
3. Egalement propriétaires des châteaux de Selle (Taradeau) et Romassan (Le Castellet).

 

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