Cave de Tain, l’hermitage pierre à pierre

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Cet article a été publié dans le numéro #26 d’En Magnum pages 138-139. Vous pouvez acheter En Magnum #28 sur notre site et sur cafeyn.co


Les vignerons de la colline prodigieuse ont déterminé un grand nombre de parcelles qui, chacune, porte un fruit différent. notre dégustateur a tout goûté

Une horizontale passionnante des onze sélections parcellaires en Hermitage de la cave de Tain, plus les cuvées d’assemblage, à partir des 29 hectares en exploitation (un peu plus de 23 en rouge). Nous n’avons volontairement pas noté les cuvées parcellaires, pour mieux saisir toute la subtilité d’une telle dégustation qu’une note écraserait trop violemment.

Pied de Coteau
Une parcelle en Greffieux, sur des sols assez profonds.
De l’épaisseur en bouche, dense, profond, très fruits noirs, graphite, jus de viande. Il pêche par un manque de finesse tannique (pointe de sécheresse) et de longueur en finale, mais on comprend le volume qu’il apporte dans un assemblage.

Les Signaux
Une parcelle à l’extrémité est de l’appellation. Galets en surface et argiles en profondeur.
Plus d’intensité colorante par rapport au précédent, plus d’élégance au nez aussi. Le fruité est plus frais, plus rouge. En bouche, l’entame est crémeuse, un jus délié et suave. Ce vin élégant pourrait se suffire à lui-même s’il ne montrait pas une pointe de chaleur en toute fin, piquante (il finit à 14,78° !). Lui aussi doit être assemblé.

Le Thouet
Au lieu-dit l’Homme, sur les plateaux. Sols bruns sablo-limoneux avec de l’argile.
Un nez sur la réduction, plus en retenue, les épices viennent à l’aération. En bouche, un vin assez tendre, d’ampleur et de longueur moyennes, mais de belle finesse. Son élégance demande à être assemblée. Ce terroir est à la limite de ce qu’il peut donner.

La Croix
Parcelle dans le bas du coteau. Sols plus profonds avec un peu d’alluvions.
Un fruité rouge assez prononcé, des tannins ronds, mais on devine des vignes encore jeunes, le liant de milieu de bouche ne se fait pas. Une belle élégance, aucune note de chaleur en finale, mais un grain de tannin un peu appuyé (une macération un peu trop poussée ?) qui peut apporter quelque chose en assemblage.

L’Homme – La Croix
Sur les deux lieux-dits, en limite d’appellation en altitude, sur les plateaux mais à l’arrière. Sols plus profonds, sableux, argileux.
Un fruité rouge frais et élégant, une entame de bouche caressante, une cuvée parfumée et élégante dans son toucher, d’agréable longueur. Elle contribuera à la colonne vertébrale d’un assemblage par son équilibre, la finale poivrée est bien typée hermitage.

Triboulette
Une parcelle sur l’Homme, mais on commence à descendre sur le coteau. Des sols plus filtrants.
Un nez complexe et gourmand, mélange de fruits mûrs noirs et rouges, d’épices douces, une réelle noblesse aromatique. À la diversité des arômes se mêle la caresse du toucher. Les tannins sont fins, ce vin se suffit à lui-même par son équilibre et sa belle longueur, avec une finale tout en finesse.

Coteau du Puits Gambert
Deux zones ici, dans les coteaux de la Croix et sur la combe de la Petite Pierrelle.
Encore un vin homogène et harmonieux, avec un toucher crémeux et soyeux, des parfums savoureux et de belle finesse. La finale persiste sur une sensation de graphite poivré intense, sans la salinité des terroirs de granite, mais avec une réelle élégance. Lui aussi pourrait se suffire à lui-même.

Beaume – Murets
Deux parcelles en plein coteau, très solaires (le vin a fermenté à 15,31° !).
Un nez plus solaire, plus confit que les précédents (fruits macérés), le terroir de Beaume ressort. La bouche poursuit sur la même tonalité, avec un grain de tannin marqué mais mûr, la finale est puissante et généreuse, elle assume ses 15,31° naturels. Trop puissant seul, avec une chaleur presque méridionale, il apporterait de la puissance et du coffre à un assemblage.

Méal
En 2017, l’est et l’ouest de ce coteau de galets ont été assemblés. Dans la partie la plus solaire, au couchant, on a parfois des granites.
Un nez puissant qui respire le Sud, on se croirait à Châteauneuf-du-Pape avec des parfums de fruits rouges confits, de garrigue. L’entame de bouche est ronde et généreuse, mais le vin affiche une fraîcheur équilibrante qui fait oublier la générosité de la finale (lui aussi titre 15,3°).

Granite
C’est de part et d’autre de la combe dans l’Ermite.
Un vrai nez de granite, jus de viande et poivre, tout en finesse. En bouche, un tannin surfin lui donne une classe et une élégance incomparables, avec une fraîcheur superlative qui n’atteignait pas le même niveau dans les cuvées Méal ou Beaume. Un grand hermitage à partir d’un grand terroir : l’Ermite. Ce vin se suffit à lui-même, mais fera évidemment le bonheur d’un grand assemblage. Quel toucher de bouche !

Hermite, rouge 2017
Au cœur du coteau de l’Ermite, un terroir de granite.
Un fruité rouge prononcé au nez, beaucoup de sève et d’élégance en bouche, mais sans tout le génie de la cuvée Granite. Il joue la carte de l’harmonie et de l’élégance, au détriment, si l’on peut dire, de la vibration. Il est un ton en-dessous, un peu trop solaire par rapport à son terroir.

Les assemblages
Hermitage Nobles Rives, rouge 2017
Assemblage avec la proportion d’origine granitique la plus faible, mais avec toutes les originaires alluvionnaires et de lœss. Une fruité rouge prononcé, une bouche gourmande qui prolonge ce registre, avec de la rondeur dès l’entame, un équilibre frais pour un degré d’alcool (14,7°) intégré, il se livre déjà mais saura vieillir.
Apogée 2032
93/100

Hermitage Gambert de Loche, rouge 2017
Assemblage de Triboulette (34 %), Hermite (32 %), Beaume-Murets (17 %) et Méal (17 %).
Une élégance et une finesse de toucher supérieures à celles du nobles-rives. Les parfums de fruits noirs et épicés sont plus complexes, le tannin est délicatement ourlé, la finale prend déjà quelques accents poivrés qui vont s’accentuer avec le temps en bouteille. On devine l’apport des secteurs granitiques dans la noblesse de cet assemblage.
Apogée 2042
96/100

Hermitage Epsilon, rouge 2017
On monte en granite dans cet assemblage 50 % Méal, 50 % Hermite.
Un nez légèrement réducteur. La bouche est dense, concentrée, avec un jus savoureux au toucher caressant, une finale puissante mais à l’alcool contenu, il ne creuse pas encore pleinement l’écart avec Gambert, mais dans le temps il le fera. Son tannin est d’une exquise finesse et sa grande fraîcheur persistante. Une expression assez solaire et gourmande de la cuvée, quand Gambert est plus classique dans son interprétation de l’Hermitage. Mais dans ce millésime, Hermite était solaire et Méal est naturellement solaire, l’assemblage des deux ne peut être autrement !
Apogée 2042
96/100

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