Gilles Palatan, le Languedoc quand il brille

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L’homme est drôle, sympathique, pointu. Ses vins sortent du lot dans les trois couleurs. Du talent, de la rigueur et voilà le travail


Cet article est paru dans En Magnum #28. Vous pouvez l’acheter sur notre site ici. Ou sur cafeyn.co.


2008. Premier guide Bettane+Desseauve des grands vins. Séances de dégustation dantesques pour les appellations du Languedoc-Roussillon, dont celle organisée par le syndicat des vins de pays d’Oc. Près d’un millier d’échantillons à l’aveugle. Des vins de cépages pour la plupart, des vins parfois décevants, d’autres convenables et de belles réussites qui nous intéressent. Soudain, deux blancs incroyables, largement au-dessus du standard des IGP, proches de ce qui se fait de mieux en vin d’appellation. Première rencontre avec les vins d’Aigues Belles. Le vigneron s’est appliqué quant au contenu du flacon. Un peu moins pour le nom de ces cuvées : Le Blanc et L’Autre Blanc. Jamais de déception depuis ce millésime, y compris pour le dernier-né, un troisième blanc, un rolle, aussi simple dans le choix du nom, aussi réussi que les deux autres.

« Bon coq gaulois ne boit que vin »
Si des traces d’une propriété viticole existent dès la fin du XVIIIe siècle, la propriété appartient à la famille Palatan depuis 1875. Au début du XXe siècle, l’ancêtre de Gilles, Gustave Fabre, viticulteur et négociant en vins à Nîmes est à l’origine de la création d’une feuille de chou, intitulée L’Alliance du producteur et du consommateur et tirée à 700 000 exemplaires, niveau de diffusion assez incroyable pour l’époque que relate d’optimistes archives familiales. L’accroche du journal : « Bon coq gaulois ne boit que vin ». La ligne éditoriale est simple, mais visionnaire pour l’époque. Garantir des vins sans adjonction de plâtre, tenter d’installer des circuits courts en « fustigeant les intermédiaires marchands qui tendent à devenir de véritables parasites [et qui] n’hésitent pas à falsifier les denrées, ce qui devient un véritable péril pour la santé publique ». Grâce à ce canal de vente direct, les vins d’Aigues Belles trouvent aisément preneur. Ils sont vinifiés au domaine jusque dans les années 1950, avant d’être proposés au négoce. Le père de Gilles finira par apporter ses raisins à la cave coopérative.
Diplôme d’école de commerce et licence d’espagnol en poche, Gilles Palatan s’installe à Paris pour travailler dans un négoce de métaux non ferreux dont il est devenu le PDG. Viscéralement attaché à Aigues Belles depuis son plus jeune âge, il n’imagine pas céder la propriété au décès de son père. Il en assure la supervision depuis Paris, y maintient les pratiques anciennes et plante jusqu’à agrandir le vignoble de 14 à 20 hectares. Dans le secteur géographique du Pic Saint-Loup, le mot d’ordre était de planter des cépages dits améliorateurs, conformes au cahier des charges de la future appellation, syrah et grenache en tête. Gilles fait tout l’inverse. Il plante du sauvignon, du merlot, du chardonnay, pour le plaisir d’être à contre-courant, ce qui lui impose encore aujourd’hui de commercialiser essentiellement en IGP alors qu’une grande partie de ses vignes sont sur des sols classés en appellation. À l’époque, Trévallon, Daumas-Gassac et les autres trublions de la décennie 1980 associent des cépages atlantiques aux cépages traditionnels du sud. Gilles s’en inspire et devient l’un des pionniers de l’assemblage de la roussanne et du sauvignon blanc qui perdure aujourd’hui dans la cuvée L’Autre Blanc.
En 2002, date de son retour définitif au domaine, il relance une production sous le nom et la marque d’Aigues Belles. Les vignes, objets de tous ses soins, sont menées totalement en agriculture biologique depuis sept ans. Sans certification, la paperasse le rebute. Les vinifications sont faites en isolant chaque parcelle et chaque cépage. Tout est ramassé à la main. Dans un avenir proche, dès que les finances le permettront, il cherchera à allonger encore les élevages avec l’utilisation d’œufs en béton. Les rouges ont depuis quelques années rejoint les blancs, élite languedocienne pour cette couleur. Un seul rosé, délicat, facile à boire, avec lequel on ne s’ennuie jamais. Il faut aussi rencontrer l’homme, d’une intelligence et d’une gentillesse rare, et l’écouter parler de ses vins.

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