Dominique Befve, force tranquille à Lascombes

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Margaux est l’appellation qui compte le plus de crus classés dans ses rangs. Pour tirer son épingle du jeu, il faut du vécu et un temps d’avance. Ce directeur ales deux

Arrivé en 2001 pour réveiller cette propriété, Dominique Befve l’a remise à l’endroit en même temps qu’il l’a rendue à son rang. Celui d’un deuxième cru classé en 1855. À la fin du siècle dernier, sur le podium des crus de Margaux de même niveau, aux côtés de Vivens Durfort (Durfort-Vivens aujourd’hui) et de Brane (devenu Brane-Cantenac), le cru Lascombe – sans s, c’est son nom original – nourrit des ambitions indignes de son statut. Vignoble, technique, qualité, infrastructures, l’ensemble manque de perspectives et le vin de cette signature margalaise admirée de tous en pâtit. Vingt ans plus tard, tout a changé, avec comme point d’orgue à cette douce révolution l’inauguration d’un nouveau cuvier d’élite. Calme et serein quant au chemin parcouru, l’expérimenté directeur sait bien que tout s’est joué à la vigne. « Nous allons vers un travail toujours plus précis. La grande différence concerne la maturité du raisin. C’est bien si celle-ci est juste, mais il faut qu’elle soit parfaitement homogène. » L’encépagement de Lascombes est particulier pour le Médoc : 45% de cabernet-sauvignon, 5% de petit verdot et pas moins de 50 % de merlot s’épanouissent sur cinquante hectares posés sur un sol argilo-calcaire similaire à celui de Saint-Émilion. D’où une rondeur dans les vins, induite par la forte proportion du cépage, mais insuffisante pour adoucir seule un tannin que la critique pouvait, par le passé, juger anguleux. « La viticulture que nous avons mise en place nous permet d’obtenir, dès la fin des élevages, des cabernets-sauvignons qui se livrent avec des tannins ronds et gras en bouche.  Ils participent autant que nos merlots à donner cette tendreté finale. » Le mot est lâché. Synonymes possibles : suavité, douceur, onctuosité, etc., on a compris l’idée. C’est celle du grand vin de Lascombes.

 

UN VIN SÉDUCTEUR

Margalais dans son raffinement de parfums et sa matière savoureuse ; aimable dans sa jeunesse, noble après cette longue garde propre aux grands vins de la Rive gauche. Dans ce style si particulier, les millésimes 2018, 2019 et 2020 atteignent sans doute une nouvelle forme d’accomplissement, gagnant encore en précision de tannin et en fraîcheur, indispensable pour équilibrer les hautes maturités de raisins recherchées par l’équipe technique, conseillée en ce sens par Michel Rolland.

Et 2021, alors ? Après la pluie, le beau temps ? Dominique Befve est rassurant : « Sur le plan qualitatif, le millésime nous surprend. Pour les gens qui ont été patients, ce sera une bonne année pour les cabernets-sauvignons, grâce à l’été indien. Les vendanges ont fini relativement tard chez nous ». Il ajoute :« Les prises de décisions techniques vont faire des différences ». Pas d’interventionnisme précipité pour autant. On regarde, on évalue. Depuis quelques années, vingt hectares sur les cent vingt du vignoble permettent à la propriété de s’essayer à la viticulture biologique. Longtemps discrète sur le sujet de ses pratiques, comme de nombreux crus classés de Bordeaux, la propriété est désormais tout yeux tout oreilles. « On veut que les gens viennent nous voir pour qu’on puisse leur parler de nos terroirs, de nos vins et de notre philosophie. » Au ralenti durant ces deux dernières années, l’activité œnotouristique devrait retrouver en 2022 son niveau a d’avant crise sanitaire et ses 10 000 visiteurs par an. Un futur attendu avec impatience à Lascombes qui doit aussi inaugurer ce printemps son cuvier flambant neuf : « Le travail par gravité y sera important. Mais c’est surtout l’apport de 42 nouvelles cuves de contenances comprises entre 80 et 150 hectolitres qui va nous permettre de faire davantage de sélection parcellaire ». Météo au beau fixe donc, pour la propriété détenue par le mutualiste français MACSF, premier assureur des professionnels de santé. À laquelle s’ajoute la bonne santé des crus classés de Bordeaux sur les marchés internationaux, dopés par la relance de la consommation mondiale et la levée des taxes douanières américaines. Marché dynamique, demande sereine, prix abordables, cru accueillant, propriété innovante, Lascombes incarne ce nouvel état d’esprit du vignoble, entre souci extrême de la performance et volonté assumée de transparence. Il y a vingt ans, Dominique Befve l’a mise sur cette route du sommet. Elle n’a jamais cessé d’y courir, d’un pas sûr et alerte.

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