Marc Perrin : « Nous devons chercher de nouveaux marchés »

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Andréa et Marc Perrin.

Face aux crises que traverse Bordeaux, du fondateur à l’arrière-petit-fils, chacune des générations de Carbonnieux a trouvé la solution pour faire avancer le domaine. Marc Perrin nous explique

La naissance de Carbonnieux
Marc Perrin acquiert Carbonnieux en 1956 alors que l’hiver a été marqué par un gel dévastateur. Il mène aussitôt un travail titanesque de replantation et de restructuration de ce vignoble de 45 hectares.
Depuis, Carbonnieux est passé par trois grandes phases. La première était de recréer un foncier de taille importante. Le domaine fait aujourd’hui 200 hectares de terres, dont 100 hectares de vignes d’un seul tenant autour du château. À partir des années 1970, son fils Anthony a œuvré à recréer de l’assise à la marque et sa distribution sur le marché français, en parallèle de l’export. La propriété appartient aujourd’hui à la troisième génération composée d’Éric, de Philibert et de Christine. Les fils aînés d’Éric ont rejoint le domaine : Andréa en tant que responsable de production depuis 2018 et Marc comme responsable commercial depuis 2017.
Plus de la moitié des vins est distribuée sur le marché français. À l’export, les États-Unis, la Belgique, le Japon et la Suisse représentent le plus gros volume. Le blanc est exporté à 75 % alors que 55 % des ventes du rouge est faite en France.

Château Carbonnieux.

Dans la gamme, vous privilégiez le blanc au détriment du rouge ?
Il y a le grand vin, carbonnieux-rouge et carbonnieux-blanc. Le second s’appelle le château-tour-léognan. Depuis 2003, nous produisons la-croix-de-carbonnieux, un vin distribué exclusivement par une seule maison de négoce à destination de la restauration. Des vins vendus avec deux ou trois millésimes d’écart pour proposer des rouges prêts à boire. En 2021, est lancé l’enclos-de-carbonnieux un vin construit sur le même modèle que la-croix-de-carbonnieux, mais destiné à un marché différent. En 2023, la cuvée 1741 de Carbonnieux en blanc.
Nous ne faisons pas de différence entre les deux couleurs. Nous faisons bouger la marque dans son ensemble alors que les profils des deux sont différents, leurs modes de consommation aussi. Nous avons adapté nos méthodes de vinification. Nous proposons, par exemple, sur notre second vin des rouges croquants, davantage sur le fruit et plus faciles pour avoir une véritable porte d’entrée sur le grand vin qui, lui, est construit pour la garde.

Le renouveau du domaine passe forcément par une nouvelle gamme ?
La réflexion sur la mise en place d’une nouvelle gamme a été entamée il y a déjà une dizaine d’années. Nous avons été un peu long à nous décider, par habitude, par peur du changement et de la façon dont nous pouvions modifier notre image sur les marchés.
Dès mon arrivée, j’ai développé les relations avec le négoce et les clients particuliers. Je me suis occupé des visites pour avoir le ressenti des consommateurs. En conclusion, nous avons vu qu’il fallait se professionnaliser sur les éléments de langage autour de la marque et sur l’identité graphique. L’habillage était notre premier champ d’application. En regardant l’étiquette de plus près, la coquille Saint-Jacques est présente depuis des siècles sur la bouteille de blanc, mais pas sur celle du rouge. La gamme a été construite au fur et à mesure de l’histoire. Le travail consiste aujourd’hui à lui donner une cohérence. Ce besoin coïncide aussi avec l’arrivée d’une nouvelle génération plus à même de pouvoir porter ce projet.

On peut lire sur votre site Internet : « L’histoire de Château Carbonnieux s’entremêle étroitement avec celle de la ville. Les mêmes périodes de crise, les mêmes heures de gloire. » Est-ce vrai aujourd’hui alors que Bordeaux traverse une crise ?
L’appellation pessac-léognan, du fait de sa jeunesse, est très dynamique. Nous y retrouvons des marques très importantes comme Haut-Brion et des crus plus confidentiels. Nous avons gardé une appellation qui, pendant ces trois décennies, a conservé une place de choix sur le marché national. La Nouvelle Aquitaine et le Bassin parisien représentent à eux seuls trois quarts des volumes de consommation de vins de l’appellation. Il y a un amour du consommateur français qui nous suit et nous permet d’avoir le vent en poupe.
Mais notre modèle de distribution est unique. Nous vendons 95 % du volume de nos vins via la place de Bordeaux. Nous sommes main dans la main avec nos négociants partenaires historiques qui subissent des complications liées à la conjoncture et qui forcément, un peu plus tard, se répercutent sur la propriété. La crise que traverse Bordeaux est aussi liée à l’export.

L’augmentation de la consommation de vin blanc est-elle une chance pour pessac-léognan, réputée pour ses vins blancs ?
Elle l’est tout particulièrement pour Carbonnieux. Nous exploitons 45 hectares en blanc. En surface, nous représentons quasiment 20 % du volume de l’appellation et plus de 50 % de celle des crus classés de graves dont nous faisons partie. Nous sentons un vrai dynamisme sur les blancs. Un millésime chasse l’autre sur le marché.

Vous orientez-vous vers un modèle identique à celui de la Provence avec les rosés ?
Étant donné les petites surfaces plantées, non. À Bordeaux, nous avons une forte demande sur les blancs. Nos confrères des autres régions ont subi des aléas climatiques qui n’ont pas permis de répondre à la demande. Par principe de capillarité, la région a récupéré des parts de marché. Mais va-t-on les conserver ? Difficile à savoir. Comme les rosés, les blancs ont une durée de vie limitée. Même si, grâce à nos méthodes de vinification, nous nous attachons à pouvoir produire des vins non seulement meilleurs, mais aussi qui tiennent dans le temps.
Il ne faut pas rester les bras ballants. Nous devons chercher de nouveaux marchés pour être sûr de pouvoir distribuer ces vins. Le marché asiatique, n’était pas féru de blanc, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Nous avons une demande pour ce type de vins et sur toutes les gammes de prix. Cela nous laisse optimistes pour les distributions futures.

Le coup de cœur de Thierry Desseauve :
1741 de Carbonnieux, pessac léognan blanc 2020
Carbonnieux est depuis quatre siècle l’un des producteurs majeurs de vin blanc à Bordeaux. Même si carbonnieux-blanc est majoritairement composé de sauvignon, le sémillon demeure le cépage historique de la propriété, avec un premier millésime de ce cépage produit en 1741, année qui donne le nom de cette nouvelle et ambitieuse cuvée composée uniquement de parcelles des plus vieux sémillons de la propriété.
Débarrassé du caractère aromatique expressif et souvent lassant du sauvignon, ce vin impressionne par sa délicatesse et sa complexité au nez comme en bouche. Les notes florales et de zeste d’agrumes sont épanouies sans pour autant être envahissantes. Le corps est onctueux et profond, soutenu par une acidité remarquablement intégrée. L’ensemble est profond et énergique, très long et persistant. Ce 2020 est assurément un grand vin, l’un des rares blancs à Bordeaux qui affirme à la fois des racines profondément girondines et une incontestable personnalité. Un grand vin.
95/100

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