Gravés à jamais

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À chaque édition du Grand Tasting Paris, une masterclass un peu spéciale réunit la crème de la crème des grands vins mondiaux. Nos deux dégustateurs ont fouillé dans leur mémoire à la recherche du frisson. Anthologie par Michel Bettane et Thierry Desseauve


Retrouver cet article  dans En Magnum #34. Vous pouvez l’acheter en kiosque, sur notre site ici, ou sur cafeyn.co.


Château Batailley 1961, pauillac
1961 est devenu une année mythique grâce à la naïveté, mais aussi l’appât du gain, du grand négoce bordelais, inspiré par sa clientèle et sa distribution anglaise. En effet, et de façon spéculative, il avait pris l’habitude d’acheter en février un millésime « sur souche », soit plus de six mois avant la vendange, en espérant obtenir un meilleur prix, ou du moins une plus forte augmentation de ses marges, si le millésime à venir s’annonçait remarquable. Un gel de fin de printemps a détruit les deux tiers de la récolte. Un phénomène excellent pour la qualité car la petite récolte va bien mûrir, même s’il n’y a pas eu un été aussi beau ou aussi chaud qu’en 1949 ou 1959. Beaucoup de châteaux ont vendu plus de vins qu’ils n’en ont produits. Heureusement, les millésimes voisins en cave, 1960 et 1962, sont abondants et pour le premier, peu attractif. Peu de vin donc, peut-être pas toujours pur, et une forte demande. Les crus qui ont respecté l’intégrité du millésime sont étonnants dès le départ, pulpeux, complexes, avec un cachet très spécial. Ils vont le conserver jusqu’à aujourd’hui et pour quelques années encore, comme l’a montré ce magnifique batailley 1961, épanoui, profond, sensuel même (ce qui est rare à Pauillac) dans sa texture et sa persistance. Il dominait tous les vins des deux décennies 1960 et 1970 lors d’une grande dégustation comparative faite au château. Comme quoi, il y a toujours un peu de mystère dans un vin « génial ». M.B.

Bouchard Père et fils, chevalier-montrachet 1998
Avant même la reprise par le groupe Henriot, et bien sûr plusieurs décennies avant celle d’Artémis Vignobles, nous avons eu la chance de suivre et de connaître la géographie et l’histoire particulièrement mouvementées de ce monument de la Bourgogne. Dans le patrimoine exceptionnel de terroirs bourguignons que possède la maison depuis parfois plusieurs siècles, le grand cru Chevalier-Montrachet, vaste et divers, occupe une place particulière. J’ai toujours considéré que cette cuvée ou celle issue de la parcelle de La Cabotte représentaient l’essence même du grand bourgogne blanc, à la fois par la plénitude de saveurs, l’ampleur de texture, mais aussi l’intensité, la finesse, la fraîcheur et la profondeur que peut offrir le chardonnay sur ces terroirs uniques. 1998 est un très grand millésime, remarquablement réussi chez Bouchard. Le déguster au cours d’une master class a constitué un moment inoubliable pour tous ceux qui ont eu la chance d’y participer. T.D.

Bouchard Père et fils, montrachet 2005
Pendant longtemps, Montrachet fut un cru mythique, une oasis de chardonnay au milieu d’un océan de pinot noir donnant un vin, comme l’écrivait Alexandre Dumas, que l’on peut s’estimer heureux d’avoir bu une fois dans sa vie. Il a fallu dans notre état de droit le délimiter avec précision en 1935 et 1936. Le législateur a d’abord accordé un peu plus de sept hectares, répartis presque à parts égales entre les communes de Puligny et de Chassagne, qui avaient déjà allongé leurs noms de cette mention prestigieuse. Peu après, on y ajouté quelques rangs de vignes sur Chassagne, sur le lieu-dit Dents de chien, montrant ainsi que lieu-dit, climat et parcelle sont en Bourgogne des identités différentes, sujettes à des modifications conjoncturelles. Ce qui fut vérifié quand un géomètre, ce jour-là mal inspiré, retira deux grandes ouvrées (10 ares) à la propriété de la maison Bouchard. Elles produisent aujourd’hui peut-être le vin le plus fin de Bourgogne, le mythique chevalier-montrachet La Cabotte. Puligny et Chassagne ont des expositions et des micro-climats différents, comme on l’a vu quand l’un produit alors que l’autre gèle. À Puligny, où se trouvent les vignes Bouchard, en exposition sud-est, le vin a toujours eu la réputation d’être le plus fin, moins solaire que sur le plein sud de Chassagne. Ce qu’a prouvé ce 2005 vinifié avec maestria. M.B.

Bouchard Père et fils, volnay 1er cru Les Caillerets 2003
Une des premières vignes achetées par Joseph Bouchard fut une grande parcelle dans la partie supérieure du climat Caillerets appartenant à une grande famille historique bourguignonne, ce qui explique la mention « d’ancienne cuvée Carnot » sur l’étiquette. Elle n’a jamais cessé de produire un vin de grande finesse et de grande longévité que l’on considère à juste titre comme le plus accompli de la commune. En 2003, année d’une grande canicule, un peu plus au nord, à Savigny, les vignes précoces ont beaucoup souffert. Mais dès qu’il y avait un peu d’argile, leur résilience a étonné tout le monde et dès les vendanges – les plus précoces depuis 1893, fin août, chez Bouchard – on savait qu’on tenait un très grand millésime. Profondeur de la couleur, de la matière, densité de la texture, concentration d’arômes nobles, le vin possède toutes ces qualités, sans doute inconnues depuis 1959 ou 1947, pour encore plusieurs décennies si le bouchon ne trahit pas. Mais les années exceptionnelles ont un caractère exceptionnel et non « classique ». Avis à ceux qui ne comprennent pas cette distinction. M.B.

Domaine Cazes, Aimé Cazes 1963, rivesaltes
Le domaine Cazes, installé à Rivesaltes – et aujourd’hui intégrée au groupe Advini – est depuis longtemps un extraordinaire ambassadeur du rivesaltes (de type rancio), vin désormais trop méconnu. Cette cuvée Aimé Cazes est élevée trente ans dans des foudres centenaires. J’ai eu souvent l’occasion de la déguster et elle m’a à chaque fois subjugué par la munificence de son parfum, jouant sur les fruits secs, les fruits confits, les épices, le cuir fin, mais aussi par sa dimension profonde, son velouté et sa suavité. Ce sont évidemment des grands vins d’autrefois. Avoir la possibilité de les goûter aujourd’hui constitue un moment incroyable qui démontre amplement la diversité de saveurs et de conception qui compose les très grands vins. T.D.

Maison Champy, corton-charlemagne 2003
Dimitri Bazas, brillant et prolixe directeur technique de la plus ancienne maison de Bourgogne, a choisi l’un des vins dont il était le plus fier et qu’il a réalisé dès son arrivée, dans un millésime compliqué marqué par une canicule qui a fait date. Mais dans ce terroir formidable qu’est le grand cru Corton-Charlemagne, où la maison dispose d’un approvisionnement remarquable, la fraîcheur du vin reste un marqueur essentiel de cette dégustation. Profond, plein, suave et complexe sur le plan aromatique, ce corton-charlemagne brille par son équilibre et sa dimension élancée. Le vin, dégusté en magnum, semble parti pour une éternelle jeunesse. C’est le génie des grands pinots noirs bourguignons. T.D.

Domaine Jean-Louis Chave, hermitage 2005 (rouge)
Comprendre avec Gérard puis Jean-Louis Chave toutes les nuances qu’apporte la géologie complexe de la colline de l’Hermitage en dégustant chacun des différents climats qui composent leur domaine est certainement l’une des expériences les plus marquantes de ma vie de dégustateur. Il était bien entendu impossible de réaliser une telle dégustation lors du Grand Tasting, mais nous avons pu, avec la complicité de Jean-Louis, présenter ce magnifique 2005 au public du Carrousel du Louvre. La droiture et l’élégance naturelle de la cuvée, relevée par de subtiles nuances aromatiques, placent immédiatement ce vin au cœur des plus grands. Mais déguster un hermitage de chez Chave, c’est aussi recevoir le témoignage intense de Jean-Louis, sa conception humble et exigeante de son métier de vigneron, sa sincérité et sa fidélité à ses racines et à sa famille. T.D.

Château Cos d’Estournel 1990, saint-estèphe
Le réchauffement climatique n’a pas commencé hier. Dès le milieu des années 1980, on retrouvait et dépassait les maturités de raisin des millésimes de légende de la première moitié du siècle. Même dans une année abondante comme 1990 et même à Saint-Estèphe, où l’argile des sols permet des rendements parmi les plus confortables et réguliers du Médoc. Bruno Prats était encore copropriétaire et directeur de ce cru célèbre, voisin immédiat de Lafite. Technicien remarquable, il était à l’avant-garde de l’œnologie, ce que les idiots de service lui reprochaient évidemment. En dehors du caractère puissant et racé que donne son grand terroir, ce vin a bénéficié d’une rigueur dans le contrôle microbiologique pendant les vinifications qui lui a permis d’éviter les déviations animales, liées aux levures Brettanomyces, que tous ses voisins attribuaient au terroir. On a ainsi la dimension de corps de l’année, la complexité d’un vieillissement d’un bon quart de siècle et une pureté de saveur exemplaire. Le terroir sans l’intelligence humaine n’est rien. Mais sans grand terroir, tout le savoir humain ne peut faire de miracles. M.B.

Château Ducru-Beaucaillou 2009, saint-julien
J’ai toujours suivi avec beaucoup d’intérêt et de plaisir la vie de ce cru hors norme, incarné par l’attachante famille Borie depuis plus de quatre-vingts ans. Dès 2003, le premier millésime dont il a eu la charge, Bruno Borie lui a apporté une nouvelle dimension qui a frappé les palais comme les esprits. On l’attendait au tournant du millésime glorieux et généreux que constitue 2009 et, dès les premières dégustations, le vin a démontré un immense potentiel. Lors de sa dégustation à Paris, il révéla une maturité de constitution, une ampleur veloutée et fraîche qui développent un pouvoir de séduction unique. Ce grand seigneur si parfaitement incarné par son flamboyant propriétaire avance avec une simplicité médocaine et un naturel de constitution aristocratique et épanoui. T.D.

Château Gillette 1990, sauternes
Poussé peut être par la mévente des sauternes autant que par une intuition géniale, le père de Julie Gonet-Médeville, qui présenta avec nous ce vin aussi singulier qu’exceptionnel, avait eu l’heureuse idée de conserver vingt ans en cuve les sauternes de ce petit cru merveilleux de Preignac. Quand nous avons dégusté ce 1990, la jeunesse de ses arômes, sa couleur, étaient éclatantes. Vingt ans d’élevage n’avaient fait que renforcer son intensité et sa personnalité. Onctueux et velouté, frais, pur et élancé, cet éternel jeune homme semblait parti pour une jeunesse infinie. L’ayant dégusté récemment, je peux confirmer que celle-ci se poursuit. T.D.

E. Guigal, La Mouline 2009, côte-rôtie
En 1966, je crois, Etienne Guigal achète à une vigneronne d’Ampuis une jolie vigne dans le bas du secteur de la côte Blonde, sur une parcelle au nom ingrat, La Grosse Roche, dont le vin était vendu sous la marque de Mouline, créée par elle. Ce bas très pentu exige une culture en terrasses et l’ensoleillement y est le plus intense de l’appellation, comme on le voit à la fonte précoce des premières neiges. Le sol permet d’associer de vieilles serines et une petite proportion (aujourd’hui un peu plus de 10 %) de viognier, qui donnent au bouquet un parfum floral inoubliable. Chez Guigal, on vendange aussi tard que possible pour une maturité optimale. On égrappe peu le fruit de cette parcelle et on l’élève longtemps en barrique, souvent quarante-huit mois. Le vin naît avec une plénitude et une sensualité uniques, plébiscitées par un public international vraiment amoureux du cru. Comme il n’y a que 6 à 7 000 bouteilles produites, un peu comme à la Romanée-Conti, cela fait naître toujours un peu de frustration. Ce ne fut pas le cas pour le public du Grand Tasting, bien chanceux avec cet étonnant 2009 possédant au plus haut degré tout le caractère de ce premier « la » des « la la la » historiques de la maison. On en annonce d’ailleurs un quatrième pour bientôt. M.B.

Famille Hugel Père et fils, riesling Sélection de grains nobles 1989, alsace
Le cahier des charges de l’appellation alsace Sélection de grains nobles fut voulu par Jean Hugel et rédigé selon ses instructions, avec une obligation de vendanger grain par grain, avec une richesse en sucre initiale des raisins différente d’un cépage à l’autre (d’ailleurs augmentée pour correspondre au réchauffement climatique et au perfectionnisme des bons producteurs). La maison en produisait bien avant la création du décret. Il n’est pas étonnant qu’elle en maîtrise le style avec une régularité constante. Spécialement avec le cépage riesling sur le grand cru Schoenenbourg, qu’elle s’entête à ne pas revendiquer. Elle y possède de nombreuses parcelles sur plusieurs étages et sait choisir celles qui obtiennent le plus beau botrytis. L’exposition un peu en retrait du cru, plus tardif que d’autres et plus capteur de l’humidité matinale, favorise le développement incroyable du potentiel aromatique du raisin, de sa richesse en sucre, tout en maintenant une fraîcheur dans la liqueur qui le font admirer de tous les amoureux des grands vins liquoreux. Ce 1989 est sans doute le vin le plus accompli depuis 1976 et dans une forme glorieuse. M.B.

Laurent-Perrier, Réserve Grand Siècle n°17 (en jéroboam)
Grand Siècle est un assemblage savant et spirituel de trois années, avec toujours une dominante de la plus jeune. Chaque itération (nom donné par la maison à chaque série de millésimes) démontre l’incomparable talent de cet assemblage. Le brillant et complet 1995, le méconnu mais remarquable 1993 et l’éblouissant 1990 ont composé ici un trio formidablement expressif, d’une élégance juvénile et persistante. La générosité de la famille de Nonancourt, qui nous permit de déguster ce vin en jéroboam, a ajouté une dimension d’émotion et d’éblouissement qui demeure dans les mémoires. T.D.

Château Léoville Las Cases 1996, saint-julien
En Médoc, les années en six sont en général favorables à la maturité plus tardive des cabernet-sauvignon. Un été indien peaufine l’évolution des peaux et des pépins et permet d’obtenir dans les vins finis une qualité exemplaire du tannin. L’enclos de 50 hectares, qui chaque jour salue son vis-à-vis Latour, possède une grande proportion de vieux cabernet-sauvignon, plantés sur les meilleurs porte-greffe et cultivés avec intelligence. Le grand vin de Léoville est produit exclusivement sur ce terroir privilégié. Son microclimat de bord de Gironde aide encore à la lenteur et à la beauté de l’évolution du raisin, en maintenant entre le jour et la nuit une combinaison idéalement complémentaire de chaleur. Le bouquet magique de ce 1996 enrobe les notes de cèdre et de tabac havane, qui font le charme des vins de Saint-Julien nord et Pauillac sud, de réglisse et de senteurs océaniques uniques, avec un raffinement de texture idéal. Ce qui clouera le bec à ceux qui pensent qu’il n’y a pas de vrai terroir en Médoc. M.B.

Château Mont-Redon 1967, châteauneuf-du-pape
Propriété mythique s’il en est, Mont-Redon tire son nom de ce fameux plateau de galets roulés qui illustre si souvent l’appellation châteauneuf-du-pape. Longtemps, et c’était le cas en 1967, la propriété n’a produit qu’un seul vin qui porte le nom du château. Plus que d’autres, Mont-Redon est une expression de Châteauneuf fondée sur l’élégance de texture et sur l’équilibre en bouche plus que sur la puissance et le degré d’alcool. Ce 1967 conserve une intensité et une profondeur, mais aussi une fraîcheur qui en font un grand vin de pleine maturité. La générosité de Pierre Fabre, l’actuel représentant de la famille propriétaire, a permis de partager ces flacons rares et précieux avec un auditoire passionné. T.D.

Clos du Mont-Olivet 1978, châteauneuf-du-pape
L’un de mes premiers grands souvenirs avec les vins de Châteauneuf-du-Pape reste ce clos-du-mont-olivet 1978, en magnum, que l’on pouvait acheter (pas très cher) à la cave Reflets au cœur du village. Cette année, particulièrement réussie dans une décennie compliquée, possède le caractère à la fois chaleureux et racé des vins de la propriété, avec une structure tannique brillante et intense, mais aussi une générosité de saveur et une élégance de texture rares. J’ai souvent dégusté ce 1978 au cours des années 1980 et 1990. Le retrouver au Grand Tasting près d’un demi-siècle après sa naissance, démontrant une vigueur et une profondeur inentamées, constitua un grand moment. T.D.

Château Montrose 2003, saint-estèphe
Dans cette année fameuse de canicule, et non de sécheresse puisqu’il y eut au printemps ce qu’il fallait de pluies, Bordeaux a connu deux millésimes. Celui du « pin grillé », comme le surnomme Jacques Thienpont avec un bel humour, avec des merlots asséchés par six semaines de canicule et les vendanges les plus précoces depuis 1893 après les bonnes pluies de fin août et des deux premières semaines de septembre. Entre ces pluies, un soleil radieux pour les cabernet-sauvignon médocains, particulièrement sur les graves argileuses de Pauillac et de Saint-Estèphe. Grande vendange comparable à 1947 ou 1949. Montrose a bénéficié de cette chance et a veillé à la pureté aromatique du vin fini, malgré les acidités basses, justement échaudé par ce qui lui était arrivé avec son millésime 1990, pourtant triomphalement accueilli par la critique peu sensible à la chose. Le vin possède au plus haut niveau ce qu’on attend de ce cru : l’intensité du tannin, l’équilibre parfait du corps, l’ampleur du bouquet et ce petit quelque chose qui fait que l’on ressent le caractère unique donné par la climatologie de l’année. M.B.

Quinta do Noval, Nacional Vintage 1994, Porto
Nacional est un mythe. L’une des rares vignes pré-phylloxériques ayant résisté à cette invasion européenne de la fin du XIXe siècle. Ce vignoble installé en terrasse, qui fait face à une belle quinta qui domine la vallée du Douro, sur les hauteurs de Pinhão, est d’abord un souvenir extraordinaire pour ceux, dont je fais partie, qui ont eu la chance de visiter cet endroit et même d’y rester quelques heures. Vient ensuite la force des grands vintages du Douro. 1994 est un millésime légendaire, taillé pour vieillir largement un demi-siècle au moins avec une vigueur, une intensité et une profondeur sans pareil. Vin unique par sa dimension de finesse et de fougue qui n’appartient qu’à lui. Le bonheur de le partager rend le moment inoubliable. T.D.

Château Pavie 1999, saint-émilion grand cru
Tout dans la dégustation de ce vin renvoie bien sûr aux débuts extraordinairement brillants de Gérard Perse à Pavie, qu’il avait acquis un an plus tôt seulement. Dévoué corps et âme à sa viticulture et à ses crus, Perse étonna le monde avec un 1999 qui aujourd’hui encore n’impressionne pas seulement par son intense constitution, mais aussi par sa race, son élégance et son équilibre brillant. Bousculant les habitudes de l’époque, Perse et Pavie ravissaient les uns et troublaient les autres. Vingt ans plus tard, Pavie 1999 démontre avec classe que le travail de Gérard Perse ne faisait que révéler l’extraordinaire grandeur de son terroir. T.D.

Dom Pérignon, P2 Rosé 1995
Servi en magnum et raconté avec verve par son créateur Richard Geoffroy, à l’époque chef de cave de la maison, ce plénitude témoigna ce jour-là du magnifique éclat des rosés propre aux champagnes de la maison et de sa réussite spectaculaire dans ce millésime 1995. Élégant, aérien, complexe au nez, le vin révèle une saveur en bouche d’une richesse foisonnante. Malgré cette luxuriance d’arômes et de saveurs, sa fraîcheur demeure absolument unique. C’est une représentation quasi idéale du grand champagne spirituel. T.D.

Promontory 2012, Napa Valley
Bien avant de le présenter au Grand Tasting, nous avions dégusté ce vin à l’aveugle et sans le connaître préalablement. L’extraordinaire association de puissance et de finesse qu’il dégageait ainsi que l’impression aussi étonnante de déguster un grand vin comme on n’en avait jamais bu auparavant demeurent uniques. Création de la brillante famille Harlan, également créatrice du vin culte Harlan Estate, ce promontory est né sur les coteaux de schistes et d’ardoise qui enserrent la Napa Valley. Nous sommes fiers d’avoir fait découvrir au public français ce cru la fois extrême et civilisé, transmettant une inédite impression de dégustation. T.D.

Taittinger, Comtes de Champagne 1995
Comtes est une cuvée qui sait conjuguer deux notions rarement compatibles : celle du plaisir et celle de la complexité. Le plaisir de la dégustation, le ravissement de son bouquet, l’allégresse joyeuse de la bouche, la profondeur distinguée et veloutée et la parfaite fraîcheur finale s’y associent avec une diversité de nuances aromatiques florales, fruitées, minérales, une persistance longue et une spiritualité formidable de cette grande expression de la côte des Blancs. En révélant au vieillissement une distinction unique, la cuvée brille ici dans un grand millésime onctueux et profond, parfaitement épanoui. La déguster est toujours un moment revigorant, plein d’énergie, en particulier lorsqu’on le fait en compagnie de la famille qui lui a donné son nom et son destin. Elle sait en parler, avec éloquence et gaieté. T.D.

Vega Sicilia, El Unico 1994, Ribera del Duero
Chacun connaît le prestige unique de Vega Sicilia, cet incroyable cru de la vallée du Duero, en Espagne, repris par la famille Alvarez il y a maintenant plus de quarante ans. Son élevage, la puissance de ce terroir, ses vignes de cabernet-sauvignon et de tempranillo vinifiées dans des cuves de bois avant un séjour de plusieurs années dans des contenants en bois de taille et de nature différentes, puis en bouteilles avant une mise dans le commerce au minimum dix ans après la récolte, font de El Unico un vin d’une profondeur et d’une puissance inégalées. Il possède aussi une capacité à exprimer une palette aromatique riche et nuancée ainsi qu’une qualité de texture tannique d’une incomparable finesse. Si nous avons plusieurs fois présenté le domaine au public parisien, ce 1994 constitue un souvenir formidable de singularité et de personnalité. T.D.

Château d’Yquem 1949, sauternes
Au-delà d’un vin, c’est un lieu, un moment, une ambiance, une atmosphère, une pérennité extraordinaire que l’on déguste. Quand on se retrouve face à un tel monument, de surcroît dans un millésime aussi légendaire, on est à la fois impressionné, excité et subjugué. Le plus formidable est que la réponse correspond exactement à ce que l’on en attend. Richesse, onctuosité, nuances complexes de parfums éblouissants et interminables, d’une telle persistance en bouche que longtemps après, on se souvient de sa saveur et de ses arômes. Faire déguster un tel vin avec Pierre Lurton, le directeur du cru, et Sandrine Garbay, à l’époque en charge de la propriété, devant un public de grands amateurs, accentue encore l’émotion. Avec cette générosité du partage, sa dimension de complexité et de diversité nous envahit tous au même instant. T.D.

Photos : Fabrice Leseigneur

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