La belle étoile de château Faugères

Ce cru classé de Saint-Émilion, propriété de l’homme d’affaires Silvio Denz, se fait une place parmi l’élite. Son style change, ses vins aussi


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La large appellation saint-émilion (5 400 hectares) est habilement organisée en différents secteurs. Celui où se trouve le château Faugères, cru classé depuis 2012, est situé à l’extrémité est de l’appellation, dans la commune de Saint-Étienne-de-Lisse, à la frontière avec l’appellation castillon-côtes-de-bordeaux. À cet endroit, le fameux plateau calcaire de Saint-Émilion chute de manière abrupte, proposant ainsi de splendides coteaux orientés vers le sud et l’est. Le vignoble de Faugères – l’un des plus importants de l’appellation avec 42 hectares – est planté à la fois sur ce plateau au sol calcaire et sur des coteaux argilo-calcaires. Le lieu forme ainsi un spectaculaire cirque de vignes, coiffé par l’arête du plateau, tacheté ici et là par quelques bosquets et découpé par des routes peu fréquentées.
Dans cet amphithéâtre, une croupe orientée encore plus directement vers le sud s’élève au milieu des coteaux. Autour de cette butte modeste qui profite d’un microclimat unique, sept hectares de merlot sont isolés du reste du vignoble pour produire le vin de Péby-Faugères. Reconnu cru classé lui aussi depuis 2012, le château Péby-Faugères profite désormais d’infrastructures neuves avec un chai dernier cri et fonctionnel qui regarde l’ensemble des vignobles : celui de Faugères lové dans le cirque, celui de Péby sur son promontoire et celui de Cap de Faugères, propriété de vingt hectares sur les coteaux de l’appellation castillon et point névralgique opérationnel autour duquel s’enroule tout ce « domaine de Faugères ». La chartreuse de Cap de Faugères est située au centre des trois vignobles, eux-mêmes dominés par l’impressionnant chai cathédrale de Faugères signé par l’architecte Mario Botta, où l’on vinifie et élève le grand vin du château et son second, Calice de Faugères.

Le très original chai cathédrale, inévitable dans le paysage, surplombe le vignoble de la propriété.

Exprimer la finesse
Ces trois crus distincts sont la propriété de Silvio Denz. Après avoir réussi dans l’univers de la parfumerie, l’homme d’affaires suisse a constitué progressivement un univers de marques liées à ses passions pour l’art, l’architecture et le vin dans le but affirmé de préserver les savoir-faire et l’artisanat d’exception. Il est ainsi devenu le propriétaire de la cristallerie alsacienne Lalique, de plusieurs hôtels de luxe et de quelques grandes tables (Villa René Lalique), mais aussi d’une importante société de négoce en vins en Suisse. À partir du milieu des années 2000, Denz investit d’abord dans des propriétés de la rive droite de Bordeaux, Faugères (2005) puis Rocheyron (2010), un cru situé sur le plateau calcaire dont il est copropriétaire avec Peter Sisseck. Vint ensuite la rive gauche avec l’acquisition en 2014 du château Lafaurie-Peyraguey à Sauternes, cru classé en 1855.
La gestion de cet ensemble viticole, auquel il faut ajouter une propriété en Toscane, a été confiée à Vincent Cruege, expérimenté directeur d’exploitation aidé par de jeunes directeurs techniques innovants. Les propriétés de Saint-Émilion dont il s’occupe ont bénéficié d’importants investissements pour leur permettre d’exprimer avec encore plus d’évidence les spécificités propres à leur terroir. Tri sévère au vignoble, recherche de rendements limités, travail en cuverie par gravité et réflexions nombreuses sur les élevages ont ainsi permis au vin du château Faugères d’évoluer vers un style plus équilibré. La situation topographique de son vignoble donne naturellement aux raisins, lors des bons millésimes, une maturité aboutie. La contrôler, dans les conditions actuelles du réchauffement climatique et en particulier dans les années d’excès (fortes chaleurs), est devenu un prérequis pour exprimer la fraîcheur et la finesse dont est capable ce terroir bien ventilé. Plus de suivi dans les prises de décision quant aux dates de récolte et aux schémas de cueillette des baies a permis à la propriété de gagner en précision.
Si le vignoble est dominé par une forte proportion de merlot, sa présence tend à se réduire dans les assemblage au profit de davantage de cabernet franc, donnant au vin une allure plus élancée, sans rien perdre de la volupté qui fait sa renommée auprès des amateurs internationaux. Un peu à l’écart de l’agitation du village, la propriété s’organise également, avec ses sœurs voisines, pour accueillir de plus en plus de visiteurs et leur faire découvrir ce secteur méconnu. Une ambition à la hauteur d’un groupe qui brille dans l’univers viticole pour ces réussites en matière d’œnotourisme haut de gamme.

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