Gonzague de Lambert, partir à l’aventure

Copropriétaire du château de Sales, Gonzague de Lambert s’est mis tout entier au service du château de Ferrand, grand cru classé de Saint-Émilion, et de Pauline et Philippe Chandon-Moët, ses propriétaires. Et le fait rayonner à travers le monde. Par Philippe Bussang

Le vin coule dans le sang de Gonzague de Lambert depuis toujours. Ses ancêtres ont acheté le château de Sales, à Pomerol, en 1578. On ne serait pas étonné que le premier mot qu’il ait prononcé soit merlot plutôt que maman. Dès son plus jeune âge, il accompagnait son grand-père dans les chais et dans les vignes. Celui-ci, puis son père, qui reprit l’exploitation familiale en 1982, lui ont transmis le goût du vin et donné l’envie d’en faire un jour son métier. Même animé par cette perspective, Gonzague de Lambert reconnaît volontiers ne pas avoir été un élève particulièrement brillant. Il enchaîne un BTS viticulture-œnologie et un DUT de gestion et de comptabilité, avant de suivre une formation commerciale dans le vin, avec autant de plaisir que l’on avale une purge.
Mais, comme souvent, c’est sur le tard qu’il se révèle, avec un petit coup de pouce du destin. Alors que son premier poste le conduit en 2005 dans une société du Médoc, active à la fois dans le négoce et le conseil viticole, il reçoit un appel de Patrick Valette qui, après avoir vendu le château Pavie à Gérard Perse, lui demande de le seconder dans son activité de consulting au Chili. Ni une ni deux, le voilà, à 29 ans, qui embarque avec sa femme, sa fille et trois valises dans une épopée sud-américaine qui durera douze ans. « J’avais une âme un peu aventurière », admet-il. Là-bas, il crée puis dirige la bodega d’Alexander Vik, un milliardaire suédois, dans la vallée centrale, au sud de Santiago, ainsi qu’un complexe hôtelier de luxe. Il y plante 300 hectares de vigne en même temps que sa famille s’élargit avec la naissance de trois enfants. « Alexander Vik voulait faire le meilleur vin du monde. Il nous a donné les moyens d’y arriver. Les vins ont obtenu 100 points chez James Suckling il y a trois ans et le complexe viti-touristique a été élu meilleure bodega du monde en 2025. Cela veut dire que l’on a quand même bien bossé. » Toutes les choses ont une fin, même les plus belles aventures chiliennes. La progéniture commence à grandir et l’heure des retrouvailles avec la France a sonné. Gonzague de Lambert rentre en juin 2017 au moment même où son père quitte la direction du château de Sales.

Les choses du bon côté
« Avec mes sœurs, mes cousins et mes cousines, on s’est rapidement dit que pour éviter tout conflit familial, mieux valait recruter un directeur général extérieur. » C’est Vincent Montigaud, à qui Marie-Laure Latorre vient récemment de succéder, qui prend alors le poste tandis que le destin de Gonzague de Lambert se joue à nouveau sur un coup de fil. Le courtier Max de Lestapis l’avertit que le château de Ferrand cherche lui aussi son nouveau directeur général. La rencontre avec Pauline et Philippe Chandon-Moët, les propriétaires des lieux, tourne au coup de cœur. Il prend ses fonctions en septembre 2017 alors que débute la rénovation du château et de l’orangerie. « Ma mission peut se résumer en ces quelques mots : faire de grands vins. Et j’avoue que j’ai trouvé un lieu où tout est fait pour y parvenir. » Il est d’ailleurs immédiatement emballé par la qualité du terroir et son immense potentiel. « On dispose de 42 hectares d’un seul tenant, dont 32 de vignes. Pauline et Philippe nous ont donné les moyens d’entretenir et restructurer ce vignoble. Depuis quinze ans, un tiers a été replanté avec un positionnement assez fort sur le cabernet franc. » Sans parler de la conversion du domaine au bio, lancée en 2019 et certifiée en 2024. Un véritable travail de fond qui ne fait pas peur au marathonien qu’est Gonzague de Lambert. « Vous n’imaginez pas le bonheur que c’est de courir dans les vignes de Saint-Émilion. Quel endroit magnifique ! »
Depuis son arrivée, le directeur général a mis toute son énergie au service de Ferrand et de ses propriétaires, que le climat des affaires soit au beau fixe ou, comme actuellement, tourne à l’orage. « Il faut aujourd’hui redoubler d’effort pour faire connaître et vendre les vins de Ferrand. Je rentre ainsi d’un déplacement en Afrique où j’ai reçu un accueil incroyable. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Gabon sont des marchés en fort développement pour nos vins. » Gonzague de Lambert est ainsi plutôt du genre à prendre les choses du bon côté. « Peu importe le contexte, les vins de qualité comme ceux du château de Ferrand auront toujours leur place dans les caves et sur les tables. » On ne saurait mieux dire.

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